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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00077

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00077

jeudi 15 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00077
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTAJ SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Par un jugement n° 2206071 du 12 décembre 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2023, M. A, représenté par Me Magbondo, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des articles combinés L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- il révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les premiers juges ont dénaturé les faits ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 142-2 et R. 142-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur quant au fondement de sa demande ;

- le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Versailles près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant angolais né le 20 octobre 1967 à Damba et qui a déclaré être entré en France le 9 octobre 2007, a sollicité le 25 janvier 2021 son admission au séjour au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement n° 2107121 en date du 7 décembre 2021 le tribunal administratif de Versailles a, d'une part, annulé l'arrêté en date du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination et, d'autre part, enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A. Par un arrêté du 4 juillet 2022, ledit préfet a refusé de l'admettre à nouveau au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. M. A relève appel du jugement du 12 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Le tribunal a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Il n'était tenu de répondre qu'aux moyens de la demande et non aux simples arguments. Au demeurant, le tribunal a expressément pris en compte le concubinage du requérant avec une compatriote en situation régulière, lien affectif dont il n'a pas remis en cause la réalité. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour demander l'annulation du jugement attaqué, le requérant ne peut donc utilement se prévaloir du défaut d'examen sérieux de sa situation par les premiers juges, des erreurs de droit ou d'appréciation d'une dénaturation des faits qu'auraient commises ceux-ci. Ces moyens, inopérants, doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

5. L'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A, il est suffisamment motivé.

6. Aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ". L'article R. 142-1 du même code dispose que : " Le ministère chargé des affaires étrangères et le ministre chargé de l'immigration sont autorisés à mettre en œuvre, sur le fondement du 1° de l'article L. 142-1, un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " VISABIO ". () ". Aux termes de l'article R. 142-5 de ce code : " Peuvent également accéder aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées dans le traitement mentionné à l'article R. 142-1, dans les conditions fixées à l'article L. 222-1 du code de la sécurité intérieure : / 1° Les agents des services de la police nationale et les militaires des unités de la gendarmerie nationale chargés des missions de prévention et de répression des actes de terrorisme, individuellement désignés et spécialement habilités respectivement par le directeur général dont ils relèvent ; () ".

7. M. A soutient que l'habilitation de l'agent ayant procédé à la consultation du " Visabio " exigée sur le fondement des dispositions de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas établie par le préfet et que cela procède d'une méconnaissance de l'article R. 142-4 de ce code. Toutefois, alors que les dispositions précitées désignent les agents des préfectures comme destinataires des données du traitement " Visabio " et qu'aucune pièce des dossiers ne laisse supposer que la consultation du fichier n'a pas été effectuée par un agent des services du préfet de l'Essonne, les seules allégations du requérant relatives à un prétendu défaut d'habilitation ne sont étayées par aucun élément, et, dès lors, ne sont pas de nature à faire naître un doute sur l'habilitation de l'agent qui a procédé à cette consultation. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier d'appel ni de première instance, et en particulier, du formulaire de demande de titre de séjour dont le requérant a saisi le préfet de l'Essonne, que M. A aurait effectivement indiqué demander un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, lorsqu'il est saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement d'une disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si un ressortissant étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement que celui invoqué dans la demande dont il est saisi, même s'il lui est toujours loisible de le faire, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, le requérant n'est fondé à soutenir ni que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné sa demande ni, d'ailleurs, que le préfet aurait dû examiner si un titre de séjour pouvait lui être délivré sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Le requérant soutient que le préfet aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour.

10. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges et exposés au point 7 du jugement attaqué, en ajoutant au surplus que le requérant ne justifie pas non plus de façon suffisante sa résidence habituelle en France au titre des années 2016 à 2018, le requérant n'est pas fondé à soutenir que sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans serait suffisamment établie pour caractériser le vice de procédure qu'aurait commis le préfet en s'abstenant de saisir préalablement la commission du titre de séjour.

11. D'autre part, le préfet a relevé, dans son arrêté, que le concubinage du requérant avec une compatriote en situation régulière n'emportait pas de plein droit la délivrance d'un titre de séjour. Il l'a fait en examinant la possibilité pour le requérant de bénéficier d'un titre de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non en examinant la possibilité pour le requérant d'être admis exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce faisant, il n'a donc commis aucune erreur de droit. Il ne saurait être regardé comme s'étant, corrélativement, abstenu d'exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation, alors qu'il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet, après avoir examiné la situation du requérant de façon très circonstanciée sous ses différents aspects personnels et professionnels, a notamment estimé qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

12. Enfin, le requérant se prévaut de l'ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire français, de son concubinage depuis 2007 avec une ressortissante congolaise titulaire d'une carte de résident, de ce qu'il n'aurait plus d'attaches en Angola et de la fragilité de son état de santé. Cependant, l'ancienneté de son séjour et, corrélativement, celle de son concubinage, ne sont pas suffisamment établies par les pièces du dossier, à savoir notamment, deux déclarations de vie commune et des attestations éparses de la caisse d'allocations familiales. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet n'a pas ajouté de condition légale en relevant que son couple n'a pas d'enfant commun, mais a seulement relevé, à juste titre, ce fait dans le cadre de son appréciation générale de la vie privée et familiale du requérant. Par ailleurs, le requérant n'allègue pas entretenir de liens avec ses deux enfants majeurs demeurant en France, et ne justifie pas ne plus avoir d'attaches en Angola. Le requérant ne justifie pas ailleurs d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière. Il fait certes état de la fragilité de son état de santé, caractérisé notamment par une maladie rénale chronique qui justifierait, selon un certificat médical daté du 9 octobre 2021, qu'un " projet de greffe " soit " en cours ". Cependant, il ne ressort pas des certificats médicaux produits, eu égard à leur teneur et à l'imprécision de leurs termes, que l'état de santé du requérant aurait nécessité, à la date de l'arrêté litigieux, une prise ne charge dont le défaut emporterait des conséquences d'une gravité exceptionnelle et que cette prise en charge ne serait pas effectivement accessible en Angola.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles combinés L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 15 février 2024.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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