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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00080

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00080

mardi 17 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00080
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Par un jugement n° 2114869 du 15 décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces deux décisions et a enjoint au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer, dans un délai de deux mois, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise demande à la cour d'annuler le jugement attaqué et de rejeter les demandes de M. A.

Il soutient que son appréciation de la situation de M. A n'est caractérisée par aucune méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que celui-ci représente une menace suffisante à l'ordre public pour que, même en tenant compte de son insertion professionnelle et de sa vie familiale en France, l'atteinte portée par les décisions litigieuses à son droit au respect de sa vie privée et familiale ne soit pas disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, M. A, représenté par Me Thomas, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée au vu des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, tant en fait qu'en droit ;

-cette décision, qui a été prise sans tenir compte de sa qualité de parent d'enfant français, n'a pas été précédée de l'examen de son droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît ces dispositions, dès lors qu'il en remplit les conditions, ou tout du moins est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

-cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie d'une vie familiale et d'une insertion professionnelle en France particulièrement dense, à tout le moins, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

-cette décision méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New York du 26 janvier 1990 sur les droits de l'enfant, dès lors que son exécution priverait ses deux filles mineures de la présence de leur père ;

-cette décision est illégale car elle se fonde sur une décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;

-cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est père d'enfants français.

Des pièces, enregistrées le 29 septembre 2023, ont également été produites par M. A

Vu le jugement attaqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention internationale des droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

-le code des relations entre le public et l'administration,

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Tar a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant sénégalais né le 12 avril 1984, affirme être entré en France le 3 septembre 2012. Il a demandé au préfet du Val-d'Oise de l'admettre au séjour le 5 novembre 2019 sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office. Le préfet du Val-d'Oise relève appel du jugement du 15 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté et lui a fait injonction de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

2.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, et la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".

3.En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour et de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

4.Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A vit en concubinage avec une ressortissante française, avec laquelle il a eu trois enfants de nationalité française, nés respectivement en avril 2018, décédée depuis lors, en mars 2019 et en mai 2020, et qu'il travaille en tant qu'assistant banquier pour un salaire d'environ 1 800 euros par mois. Si le préfet soutient que la présence en France de M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public pour justifier l'atteinte portée par les décisions contestées au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en France, il ressort des pièces du dossier que la dernière condamnation de l'intéressé date de l'année 2017, tandis qu'il est constant que les faits plus récents cités par le préfet, qui datent du 26 juillet 2021 et dont M. A conteste par ailleurs la matérialité, n'ont pas donné lieu à des poursuites.

5.Dans ces conditions, les premiers juges ont à bon droit estimé que l'arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6.Il résulte de ce qui précède que le préfet du Val-d'Oise n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 3 novembre 2021.

7.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête du préfet du Val-d'Oise est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B A. Une copie en sera transmise pour information au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente de chambre,

Mme Dorion, présidente-assesseure,

M. Tar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

G. TAR

La présidente,

F. VERSOLLa greffière,

S. LOUISERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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