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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00505

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00505

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00505
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2205184 du 9 février 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Halpern, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui fixer un rendez-vous pour ce faire dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de délivrer à Mme A, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le jugement est irrégulier dès lors que le tribunal a mis près de dix mois à statuer sur le litige, en méconnaissance des articles R. 776-13-3 du code de justice administrative et L. 614-5 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- le jugement est également irrégulier en ce que le tribunal a omis de statuer sur les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour et n'était pas soumise à l'obligation de visa ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son ancienneté de séjour et de la présence en France de membres de sa famille ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant car n'étant pas de même nationalité que le père de son enfant, ce dernier sera séparé de l'un de ses parents ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'elle a été prise en vertu d'une décision l'obligeant à quitter le territoire elle-même illégale.

Par une ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire, postérieurement à la clôture de l'instruction, indiquant qu'il s'en remet à ses écritures de première instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020 -1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () 7° Rejeter, (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). ".

2. Mme B A, ressortissante albanaise née le 20 mars 1990, est entrée pour la dernière fois en France en août 2017 selon ses déclarations. Par un arrêté du 30 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation du jugement du 9 février 2023 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2022.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, Mme A soutient que le jugement est irrégulier dès lors qu'il méconnait les dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative qui précise que " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue dans un délai de six semaines prévu à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Toutefois ce délai n'étant imparti ni à peine de nullité, ni à peine de dessaisissement, l'expiration de ce délai est sans influence sur la régularité du jugement. Par conséquent, le moyen doit donc être écarté.

4. En second lieu, il ressort du jugement attaqué que la magistrate désignée du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné concomitamment la légalité des décisions d'éloignement et fixant le pays de destination, s'agissant des moyens communs à ces deux décisions et a ainsi examiné la légalité de l'ensemble de l'arrêté au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant aux points 5 et 6 de son jugement. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé ou aurait omis de statuer sur ces moyens s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ".

6. Mme A soutient que le préfet du Val-d'Oise ne pouvait pas prendre la décision attaquée à son encontre dès lors que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à titre salarié, déposée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 20 avril 2021, était en cours d'examen par les services de la préfecture. D'une part toutefois, il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, Mme A n'était pas titulaire d'un titre de séjour et que sa demande, formulée par courrier, a été adressée à la préfecture plus de trois ans après l'expiration de son droit au séjour. D'autre part, la requérante n'établit pas comme elle l'allègue avoir donné suite à la demande de complément qui lui a été adressée par les services de la préfecture le 17 novembre 2021 et que les documents qu'elle aurait envoyés, notamment ceux relatifs à son activité professionnelle, ont bien été réceptionnés par la préfecture. Par suite, Mme A ne justifiant pas avoir valablement saisi le préfet d'un dossier de demande de titre de séjour complet, n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, sans statuer au préalable sur sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En second lieu, Mme A reprend en appel les moyens, qu'elle avait invoqués en première instance, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'illégalité de la décision de renvoi, par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, sans faire état d'éléments nouveaux, ni produire davantage de pièces que devant le premier juge. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise aux points 5 à 8 de son jugement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Enfin, en application de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 et alors au surplus que Mme A ne justifie pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu d'accorder à l'intéressée le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

ORDONNE :

Article 1er : La demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme A est rejetée.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles le 17 janvier 2024.

Le président de la 6ème chambre,

P.-L. ALBERTINI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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