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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE00626

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE00626

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE00626
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 10 février 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2301379 du 24 février 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, M. D, représenté par Me François, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été notifiée dans des conditions irrégulières dès lors qu'il n'a pas été assisté d'un interprète en langue arabe ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été notifiée dans des conditions irrégulières dès lors qu'il n'a pas été assisté d'un interprète en langue arabe ;

- le juge de première instance n'a pas statué sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- il justifie de circonstances particulières au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir accorder un délai de départ volontaire dès lors qu'il n'a pas réussi à obtenir un rendez-vous pour former une demande de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été notifiée dans des conditions irrégulières dès lors qu'il n'a pas été assisté d'un interprète en langue arabe ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D, ressortissant algérien né le 19 mai 1981 et entré en France, selon ses déclarations, en 2014, fait appel du jugement du 24 février 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 10 février 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

3. En premier lieu, si M. D soutient que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a omis de statuer sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire, il ressort toutefois de ses écritures de première instance que l'intéressé n'a pas soulevé de moyen particulier à l'encontre de cette décision et de l'examen du jugement attaqué que le juge de première instance a répondu aux moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions prises par l'arrêté attaqué et a rejeté les conclusions aux fins d'annulation dudit arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'omission à statuer doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, M. C B, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer l'arrêté attaqué par un arrêté n° 78-2022-09-23-00004 du 23 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-195 du même jour de la préfecture des Yvelines. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Il en résulte que la circonstance que l'arrêté litigieux aurait été notifié au requérant en français et non en arabe et sans l'assistance d'un interprète, est inopérante.

6. En quatrième lieu, pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prisé en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. D fait valoir qu'il serait présent sur le territoire français depuis 2013 et se prévaut de sa communauté de vie depuis 2018 avec une ressortissante algérienne, titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il s'est marié en septembre 2020 et dont il a eu un enfant le 9 août 2021. Toutefois, M. D n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la durée du séjour sur le territoire français dont il se prévaut. Par ailleurs, le requérant n'établit pas davantage en appel qu'en première instance la stabilité et l'ancienneté de sa vie commune avec la mère de son enfant, ni l'effectivité de sa participation à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. En tout état de cause, il n'établit l'existence d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine où résident ses parents et ses sœurs. Enfin, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet, le 23 décembre 2021, d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'éloignement attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, si M. D soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

8. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

9. En septième lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, le préfet des Yvelines a notamment relevé que l'intéressé ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour de sorte qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire. Si M. D fait état des difficultés pour obtenir un rendez-vous en ligne afin de présenter une demande de titre de séjour, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité des démarches alléguées. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus de délai de départ volontaire s'il s'était fondé sur ce seul motif. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que ce serait à tort que le préfet se serait également fondé sur la menace à l'ordre public que constitue la présence du requérant en France pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté comme inopérant. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.

10. En huitième lieu, il ressort de l'examen de la décision prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an que le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé de cette décision manque en fait. Il doit, par suite, être écarté.

11. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 16 novembre 2023.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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