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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01008

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01008

mardi 13 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01008
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2302958 du 14 avril 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2023, M. A, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans le délai de sept jours suivant cette même notification, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure déloyale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le risque de fuite n'est pas établi ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A est un ressortissant tunisien né le 25 septembre 1996 à Djerba qui a déclaré être entré en France depuis 2017. Par un arrêté du 3 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans. M. A relève appel du jugement du 14 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. La décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, elle est suffisamment motivée.

4. Pour décider d'éloigner le requérant, le préfet s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Si le requérant prétend être entré en France en 2017, il ne conteste pas l'avoir fait dans des conditions irrégulières. Il ne conteste pas davantage s'être maintenu sur le territoire national en étant dépourvu de titre de séjour. A cet égard, la circonstance que la préfecture l'a convoqué le 6 décembre 2022 afin d'instruire sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, toujours pendante à la date de la décision contestée, ne caractérise pas de déloyauté de la part de l'autorité préfectorale, ne préjuge pas de la décision de cette autorité de l'admettre au non au séjour ou d'abroger une précédente interdiction de retour sur le territoire français. La demande d'admission exceptionnelle dont le requérant a saisi le préfet est, par ailleurs, sans incidence sur la possibilité dont disposait ce préfet de l'éloigner sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, à la date de la décision d'éloignement en litige, le préfet n'avait pas encore répondu à la demande dont M. A l'avait saisi à fin d'abrogation de la précédente interdiction de retour sur le territoire français dont il avait fait l'objet, une telle circonstance est également sans incidence sur la légalité de ladite décision d'éloignement qui n'est pas fondée sur cette interdiction.

5. Le requérant soutient qu'à la date de la décision d'éloignement litigieuse, il vivait en France depuis cinq ans. Il allègue travailler dans le secteur de la restauration depuis 2018. Il se prévaut de la présence sur le territoire national de ses deux frères en situation régulière. Cependant le requérant ne justifie pas d'une intégration sociale ni professionnelle d'une qualité particulière en alléguant de l'existence de son compte bancaire et de son emploi par cinq sociétés, successivement et ponctuellement, entre 2018 et 2020, et ce même si la Sarl La Mia Storia, qui l'emploie comme aide cuisinier polyvalent depuis le 1er septembre 2020 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, a saisi l'autorité préfectorale d'une demande d'autorisation de travail le concernant. Il est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Tunisie où il a passé la plus grande partie de sa vie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle du requérant, laquelle situation a été sérieusement examinée au préalable, ainsi que le révèlent les termes de la décision litigieuse.

Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

8. M. A conteste le risque de fuite sur lequel le préfet s'est fondé pour prendre la décision en litige, en soutenant qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes, en particulier d'une résidence stable et effective. Il ajoute qu'à la date de cette décision, ses demandes d'admission exceptionnelle au séjour et d'abrogation de la précédente interdiction du territoire français dont il a fait objet étaient encore pendantes. Toutefois, il ressort des termes du refus d'accorder à M. A un délai de départ volontaire que pour le prendre, le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance, quant à elle non contestée, selon laquelle le requérant s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Ce motif suffisait à lui seul à justifier la décision en litige en vertu du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le refus d'accorder à M. A un délai de départ volontaire ne méconnaît pas les dispositions L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Compte tenu des éléments exposés au point 5 de la présente ordonnance, et notamment de ce que le requérant est célibataire et sans charge de famille, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en l'obligeant à quitter sans délai le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

10. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Il ressort des termes de la décision contestée, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, tenant compte des éléments exposés au point 5 de la présente ordonnance, a estimé à juste titre que le requérant ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet était, dès lors, tenu de prendre cette interdiction.

12. Pour en fixer la durée, le préfet a constaté la précédente mesure d'éloignement dont le requérant a fait l'objet, sa situation irrégulière en France, la durée de son séjour dans ce pays, ses liens personnels sur place et a estimé que la décision litigieuse ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée. Le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a suffisamment motivé la durée de cette interdiction à l'issue d'un examen préalable sérieusement mené. Compte-tenu des éléments exposés au point 5 de la présente ordonnance, et notamment de ce que le requérant est célibataire et sans charge de famille, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'il a fixé cette durée à deux ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 13 février 2024.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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