mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE01131 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Par un jugement n° 2302000 du 26 avril 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, M. A, représenté par Me Desouches, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement et l'arrêté du 8 mars 2023 du préfet de Seine-et-Marne ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant à tort qu'il n'avait pas déposé de demande de titre de séjour et que l'arrêté litigieux ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié d'une délégation de signature régulière ni de sa publication ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en fait sur sa situation personnelle et professionnelle en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations préalablement à la mesure d'éloignement litigieuse ni d'être assisté d'un conseil, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été édictée sans contrôle de proportionnalité au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement () des cours, () peuvent () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant sénégalais, né le 20 novembre 1993 à Toumbougel, entré en France le 9 septembre 2019 selon ses déclarations, relève appel du jugement du 26 avril 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 8 mars 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
3. En premier lieu, les moyens tirés de ce que le jugement attaqué serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation pour avoir considéré à tort qu'il n'avait pas déposé de demande de titre de séjour et que l'arrêté litigieux ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale, relèvent du bien-fondé de ce jugement et sont sans incidence sur sa régularité.
4. En deuxième lieu, par un arrêté n° 23/BC/021 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-01-03-2023 le 1er mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme F B, cheffe adjointe du bureau de l'éloignement, pour signer, notamment, toute mesure de refus de séjour et d'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent, il est, par suite, suffisamment motivé, alors même que le préfet, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation du requérant, n'a pas fait mention de son activité professionnelle ni de la présence en France de son père.
6. En quatrième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition établi par les services de police le 8 mars 2023, avant que ne soit pris l'arrêté contesté, que M. A a été interrogé sur son identité, sa situation administrative, personnelle, professionnelle et familiale, ses conditions d'entrée et de séjour en France, ses conditions d'hébergement et ses moyens d'existence. Il lui a également été précisé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire et demandé s'il avait l'intention, dans ce cas, de regagner son pays d'origine. L'intéressé, qui ne saurait valablement soutenir que ce procès-verbal d'audition, qu'il a signé sans observations, n'aurait pas retranscrit l'intégralité de ses déclarations, a été ainsi mis en mesure de faire connaître, de manière utile et effective, tous les éléments relatifs à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes du même procès-verbal d'audition qu'il a été informé, au titre de la notification de ses droits, de son droit d'être assisté d'un avocat et qu'il y a renoncé.
7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté, non stéréotypés, que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si M. A se prévaut d'une présence habituelle en France depuis le 9 septembre 2019, d'une activité professionnelle depuis novembre 2019 et sous un contrat à durée indéterminée depuis décembre 2019, ainsi que de la présence en France de son père et de son frère, titulaires d'une carte de résident, sa résidence en France est relativement récente, son activité professionnelle, sur un emploi sans qualification, et exercée sous une fausse identité, l'est également, il est célibataire, sans charge familiale, ne justifie d'aucune intégration sociale particulière ni de l'intensité de ses liens avec les membres de sa famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu longtemps et où résident sa mère, trois de ses frères et ses quatre sœurs. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A ne remplissant pas les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de cet article, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté litigieux sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
10. En septième lieu, les éléments relatifs à sa situation familiale et personnelle mentionnés au point précédent ne constituent ni des considérations humanitaires, ni des motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance à M. A d'une carte de séjour temporaire en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de cet article ne peut en tout état de cause qu'être écarté.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. Pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire, le préfet a constaté la date d'entrée récente en France de M. A, qu'il était célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France n'étaient pas anciens, ni intenses et stables, qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 7 juillet 2020 non exécutée et qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière. Ainsi le préfet a tenu compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à ce qui précède et alors que M. A ne justifie pas de l'existence de circonstances humanitaires, le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, ni d'erreur de droit, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Versailles, le 23 janvier 2024.
La présidente de la 3ème chambre,
L. Besson-Ledey
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026