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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01287

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01287

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01287
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

1°) M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions d'astreinte.

Par un jugement n° 2302242 du 10 mai 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2023, M. B, représenté par Me Dusen, avocate, demande à la cour :

1°) d'infirmer ce jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour, ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé et entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté en cause est entaché d'incompétence, insuffisamment motivé, et n'a pas été pris après un examen particulier de sa situation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les critères ; il a formé le 25 novembre 2022 une demande de régularisation sur le site démarches simplifiées dont le préfet ne pouvait ignorer l'existence et qui n'a pas été prise en considération par le premier juge, qui mentionne une demande d'admission exceptionnelle postérieure aux décisions attaquées ; il justifie résider de manière stable et habituelle en France depuis la fin de l'année 2016 et a fait preuve d'une parfaite intégration professionnelle en qualité de boulanger, métier qu'il exerce depuis plus de cinq ans et en qualité de co-gérant de la Sarl EHM avec un cousin, en étant à jour de ses obligations fiscales ;

- elle est également entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur de droit compte tenu de sa parfaite intégration sociale et professionnelle en France, où résident de nombreux membres de sa famille, de nationalité française ;

- la décision portant refus de départ volontaire est illégale par voie d'exception et entachée d'une insuffisante motivation, d'une erreur manifeste en ce qu'il dispose de sérieuses garanties de représentation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour est illégale, faute pour sa signataire de justifier de sa compétence ; le préfet ne justifie pas de la bonne compréhension par le requérant de la mesure qui lui a été notifiée ni de la régularité de son audition ; elle est entachée d'un défaut de motivation et excessive au regard de sa situation personnelle ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision portant désignation du pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la même convention compte tenu du sort réservé aux kurdes en Turquie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant turc né le 1er mai 1993, a déclaré être entré en France le 26 octobre 2016 aux fins d'y solliciter le bénéfice d'une protection internationale. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et du droit d'asile le 30 novembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 14 mai 2018. Il a ultérieurement saisi le préfet de l'Essonne d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejetée par une décision du 12 janvier 2021 de cette même autorité lui faisant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours. M. B a demandé l'annulation de cette décision devant le tribunal administratif de Versailles, puis la Cour administrative d'appel de Versailles, qui a rejeté ses conclusions par un arrêt du 25 octobre 2022. M. B s'est ensuite maintenu sur le sol français en étant dépourvu de tout titre de séjour et a été interpellé le 15 mars 2023 par les services de police d'Evry-Courcouronnes. Par un arrêté du 15 mars 2023, dont M. B a demandé l'annulation au tribunal administratif de Versailles, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, en assortissant cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. B relève appel du jugement du 10 mai 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Contrairement à ce que soutient M. B, la magistrate désignée, qui n'était pas tenu de répondre à l'ensemble de l'argumentation du requérant, a suffisamment motivé son jugement en ce qui concerne le moyen soulevé par ce dernier, et tenant à l'insuffisante motivation des décisions attaquées, en relevant que l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français assortie d'un signalement à fin de non-admission et que, dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation qu'auraient commise les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

5. Les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions en litige, de l'insuffisante motivation de ces décisions et de ce que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre les décisions attaquées, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels le requérant ne fait état d'aucun élément de nature ou qui suffise à remettre en cause l'appréciation de la première juge, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal et exposés aux points 2 à 4 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité au 3° () ".

7. Il ressort des pièces du dossier et des motifs de la décision en litige que M. B s'est maintenu sur le sol français sans avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire qui lui avait été précédemment faite le 12 janvier 2021 par le préfet de l'Essonne rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour après le rejet par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande de protection internationale, et malgré le rejet par la cour administrative d'appel de Versailles, le 25 octobre 2022, de ses conclusions dirigées contre ladite décision du préfet de l'Essonne. Il entre, par suite, dans le champ des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire.

8. En deuxième lieu, si M. B se prévaut encore en appel de son intégration professionnelle en France en qualité de boulanger et verse notamment au dossier des bulletins de salaires établis par une société sise à Brétigny-sur-Orge, dont le gérant est un cousin, et de sa qualité de co-gérant de cette entreprise, ainsi qu'un avis d'imposition faisant apparaître pour l'année 2021 des salaires perçus à hauteur de 15 575 euros, il ne justifie d'aucune formation particulière acquise dans ce domaine tandis que la société qui l'emploie n'a pas obtenu une demande d'autorisation de travail le concernant. M. B évoque aussi la durée et la stabilité de sa présence sur le sol français, où résident un frère en séjour régulier, sa belle-sœur et des cousins dont certains ont la nationalité française, mais il a expressément reconnu lors de son audition du 15 mars 2023 être célibataire et pourvoir à l'entretien d'un fils en Turquie lorsque ses ressources le lui permettent, tandis que sa compagne et ses parents résident également dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, et alors que M. B n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident son fils, sa compagne et ses parents, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, avec les objectifs en vue desquels la décision contestée a été prise. Pour les mêmes motifs également, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

9. En troisième lieu, M. B soutient qu'il aurait dû bénéficier d'un titre de séjour mention " salarié " ou mention " vie privée et familiale ", au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ne prévoyant pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, le requérant ne peut utilement se prévaloir de leur méconnaissance pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. La circonstance que M. B a déposé en novembre 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour avant la décision attaquée, en demandant un rendez-vous, demeure dès lors sans influence sur sa légalité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. Si M. B se borne à évoquer en des termes généraux la dérive autoritaire du régime prévalant en Turquie et les mauvais traitements auxquels est exposée la communauté kurde, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir les risques encourus personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, tandis que sa demande d'asile a, au demeurant, été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement du préfet de l'Essonne en date 12 janvier 2021, dont la légalité a été ultérieurement confirmée par la cour administrative d'appel de Versailles. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai, sans qu'y fasse obstacle les circonstances qu'il a exercé une activité professionnelle sur le sol français où résident des membres de famille et dispose d'un passeport en cours de validité ainsi que d'une adresse stable. Pour les motifs déjà énoncés au point 8. du présent arrêt, le préfet ne peut être regardé comme ayant entaché sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation ni d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-9 : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 "

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. En premier lieu, la compagne et le fils de M. B, ainsi que ses parents, résident en Turquie. Le requérant, ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à la décision du préfet portant interdiction de retour.

17. En second lieu, M. B, qui s'est délibérément soustrait à la décision du préfet de l'Essonne l'obligeant à quitter le territoire après le rejet par la cour administrative d'appel de Versailles de son recours, a aussi exercé une activité professionnelle sur le sol français, sans autorisation. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant le retour sur le sol français pensant une durée de trois ans, le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que sa compagne, ses parents et son fils résident en Turquie.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions présentées à fin d'annulation peuvent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 octobre 2023.

Le président de la 6ème chambre,

P.-L. Albertini

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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