jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE01323 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BEAUPOIL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D B A épouse C a demandé au tribunal administratif de Cergy - Pontoise d'annuler la décision du 2 mars 2022 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans et le rejet implicite de son recours gracieux introduit le 22 mars 2022 à l'encontre de cette décision.
Par un jugement n°2208017 du 16 mai 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces deux décisions, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout autre préfet compétent, de délivrer à Mme B A épouse C un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête du 16 juin 2023, régularisée le 1er août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée en première instance par Mme B A épouse C ;
3°) de mettre à la charge de Mme B A épouse C le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- contrairement à ce qu'ont estimé les premiers juges, Mme B A épouse C ne justifie pas avoir été en situation régulière entre le 18 juillet 2017 et le 17 novembre 2019, alors qu'elle a elle-même déclaré à ses services avoir été en situation irrégulière à compter de 2017 en raison de la séparation avec son conjoint ; les titres de séjour spéciaux qui lui ont été accordés ne sont pas des certificats de résidence algérien au sens des stipulations de l'accord franco- algérien ; elle n'était pas non plus en situation régulière entre le 18 mai 2020 et le 1er novembre 2020 ; les premiers juges ont commis une erreur d'appréciation ;
- les autres moyens soulevés devant le tribunal administratif ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2023, Mme B A épouse C, représentée par Me Beaupoil, avocat, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la confirmation du jugement attaqué en tant qu'il annule la décision du 2 mars 2022 et le rejet de son recours gracieux du 22 mars 2022 et en tant qu'il met à la charge de l'État une somme de 1 000 euros ;
3°) à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande de délivrance d'un premier certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;
4°) à ce qu'il soit mis à la charge de l'État à verser à Mme B A épouse C le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête du préfet est irrecevable dès lors qu'elle indique faire appel du jugement du 16 mai 2023 qui a annulé un arrêté du 2 mars 2023, qui est inexistant ;
- les premiers juges ont à bon droit considéré qu'elle résidait en situation régulière du 3 juillet 2010 au 17 juillet 2015, puis du 18 juillet 2017 au 17 novembre 2019, et enfin du 18 mai au 1er novembre 2020, dès lors que, conformément à l'article 15.I 4° de la loi n°2020-734 du 17 juin 2020, son récépissé valable jusqu'au 17 mai 2020 a été prolongé de 180 jours, soit jusqu'au 17 novembre 2020 et qu'un nouveau récépissé lui a été délivré dès le 2 novembre 2020 ;
- la décision du 2 mars 2022 n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle était bien en situation régulière du 15 septembre 2008 au 17 juillet 2019, ainsi qu'il ressort de l'attestation de l'ambassade d'Algérie en France ; elle a ensuite bénéficié de récépissés de demandes de titre de séjour ; justifiant de plus de seize ans de présence en France, la commission précité aurait dû être saisie ;
- la décision du 2 mars 2022 est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a résidé en France en situation régulière depuis le 15 septembre 2008 sans discontinuer ; elle pouvait donc bénéficier d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- le rejet implicite de son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 2 mars 2022 ne comporte aucune motivation et est illégal en raison de l'illégalité de la décision du 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B A, ressortissante algérienne née le 3 avril 1987, a demandé au préfet des Hauts-de-Seine la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ou, à défaut, le renouvellement de son certificat de résidence d'un an. Le 2 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans mais a renouvelé le certificat de résidence algérien d'un an dont elle disposait. Mme B A a contesté cette décision, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux qu'elle avait introduit le 22 mars 2022, devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise en tant qu'elle lui refusait la délivrance d'un certificat de dix ans. Par un jugement du 16 mai 2023, celui-ci a annulé ces deux décisions, a enjoint au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus de sa demande. Le préfet des Hauts-de-Seine fait appel de ce jugement en tant qu'il lui est défavorable.
Sur la recevabilité de l'appel du préfet :
2. Contrairement à ce que soutient Mme B A, l'appel du préfet tend expressément à l'annulation du jugement n° 2208017 du 16 mai 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise que le préfet a joint à sa requête et il n'est donc pas dirigé contre une décision inexistante. La circonstance qu'il ait, par une erreur de plume et à une seule reprise dans ses écritures, mentionné que ce jugement concernait une décision du 2 mars 2023, alors qu'elle était datée en réalité du 2 mars 2022, est, à cet égard, sans incidence.
Sur le moyen retenu par les premiers juges :
3. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France () ".
4. Pour refuser la délivrance du certificat de résidence de dix ans sollicité, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que Mme B A ne justifiait pas de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France. Pour annuler sa décision du 2 mars 2022 et le rejet implicite du recours gracieux formé à l'encontre de cette décision, les premiers juges ont estimé que le préfet avait ainsi commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation, Mme B A produisant plusieurs documents justifiant de cette résidence.
5. Pour justifier de cette résidence, Mme B A apporte la copie des titres de séjour spéciaux valables du 26 septembre 2005 au 2 avril 2008, du 3 juillet 2008 au 2 juillet 2010, puis du 18 juillet 2015 au 17 juillet 2017, des récépissés de demandes de titres de séjour valables, contrairement à ce qu'ont mentionné les premiers juges, du 18 novembre 2019 au 17 mai 2020 et du 2 novembre 2020 au 1er février 2021, un certificat de résidence valable du 23 novembre 2020 au 22 novembre 2021 et, enfin, un récépissé de demande de titre du 23 novembre 2021 au 22 mai 2022. S'il est vrai que le récépissé de Mme B A expirant le 17 mai 2020 a été automatiquement prolongé par les dispositions du I de l'article 15 de la loi du 17 juin 2020 relative à diverses dispositions liées à la crise sanitaire, à d'autres mesures urgentes ainsi qu'au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, ces documents ne suffisent toutefois pas à établir, à la date de l'arrêté attaqué, une résidence régulière de cinq années continue sur le territoire français, dès lors qu'elle s'est trouvée en situation irrégulière entre le 17 juillet 2017 et le 18 novembre 2019. La circonstance qu'elle aurait, dans les faits, résidé habituellement sur le territoire depuis son arrivée en 2005 est, contrairement à ce qu'elle soutient, sans incidence, au regard des stipulations précitées, qui exigent une résidence ininterrompue de cinq années en situation régulière. En outre, l'attestation d'un conseiller de l'ambassade d'Algérie du 21 mars 2023, postérieure aux décisions attaquées, mentionnant qu'elle détenait un titre de séjour spécial du 15 septembre 2008 au 17 juillet 2019, est insuffisamment probante dès lors que, d'une part, elle n'émane pas des services chargés de la délivrance de tels titres destinés aux diplomates résidant sur le territoire français et leur famille et que, d'autre part, elle est en contradiction avec les propres déclarations de Mme B A auprès de la préfecture dans lesquelles elle indiquait, en 2019, que son titre expirant en 2017 n'avait pas été renouvelé. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet est fondé à soutenir que c'est à tort que, pour annuler ses décisions, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est fondé sur les moyens d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
6. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme B A devant le tribunal administratif.
7. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les textes visés par cet article ou les stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B A ne remplissait pas les conditions prévues par l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, l'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation du rejet implicite du recours gracieux introduit par Mme B A le 22 mars 2022, ainsi que celui tiré de l'illégalité de ce rejet implicite, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision du 2 mars 2022, sont inopérants et ne peuvent qu'être rejetés.
9. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Hauts-de-Seine est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé sa décision du 2 mars 2022 et le rejet implicite du recours gracieux formé à l'encontre de cette décision, lui a enjoint de délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à Mme B A et a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
10. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme B A en appel, doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
13. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que, si une personne publique n'a pas eu recours au ministère d'avocat, elle peut néanmoins demander au juge l'application de cet article au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance. Or, dans la présente instance, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'était pas représenté, ne fait état d'aucun frais lié à l'instance. Par suite, sa demande tendant à l'application, à son bénéfice, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peut qu'être rejeté.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n°2208017 du 16 mai 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulé.
Article 2 : La demande de Mme B A épouse C présentée devant le tribunal administratif de Cergy- Pontoise, ainsi que ses conclusions d'appel sont rejetées.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du préfet des Hauts-de-Seine est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D B A épouse C et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Danielian, présidente,
M. de Miguel, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
I. Danielian
La greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière ,
N°23VE01323
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026