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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01398

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01398

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01398
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantHERDEIRO CARLA;SELAS LPA CGR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du préfet des Yvelines du 21 décembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2301179 du 23 mai 2023, le tribunal administratif de Versailles a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet des Yvelines ou à tout autre préfet compétent de procéder à un nouvel examen de la demande de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédures devant la cour :

I. - Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, sous le n° 23VE01398, le préfet des Yvelines demande à la cour :

1°)d'annuler ce jugement ;

2°)de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif.

Il soutient que M. A a expressément sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant ; il n'était pas tenu d'examiner s'il pouvait prétendre à un titre de séjour sur un autre fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, M. A, représenté par Me Herdeiro, avocate, demande à la cour :

1°)de rejeter la requête du préfet des Yvelines ;

2°)de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral et de la perte de chance de poursuivre des études supérieures ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a initialement été saisi d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; sans explication, il a orienté son dossier sur un fondement étudiant ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est contenté de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ne lui permettant pas de travailler et n'a pas réexaminé sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; il en résulte pour lui un préjudice considérable.

Par un courrier du 3 novembre 2023, les parties ont été informées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de rejeter les conclusions indemnitaires de M. A comme nouvelles en appel.

II. - Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, sous le n° 23VE01399, le préfet des Yvelines demande à la cour de surseoir à l'exécution du jugement n° 2301179 du tribunal administratif de Versailles du 23 mai 2023 sur le fondement de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il justifie de moyens sérieux de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, M. A, représenté par Me Herdeiro, avocate, demande à la cour :

1°)de rejeter la requête du préfet des Yvelines ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de sursis à exécution n'est fondée ni justifiée par aucun motif impérieux, d'urgence ou de cas de force majeure ;

- il a demandé initialement un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ; cette demande a été réorientée par erreur en demande de titre de séjour en qualité d'étudiant ; son frère se trouve dans une situation identique à la sienne et a obtenu un récépissé au titre de la vie privée et familiale.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Camenen,

-les conclusions de Mme Janicot, rapporteure publique,

-et les observations de Me Herdeiro, pour M. A, présent.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Yvelines relève appel, sous le n° 23VE01398, du jugement du 23 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a annulé son arrêté du 21 décembre 2022 rejetant la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant tunisien né le 9 février 2004, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office. Le préfet des Yvelines demande, sous le n° 23VE01399, de prononcer le sursis à exécution de ce jugement. Ces deux requêtes sont dirigées contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un même arrêt.

Sur les conclusions indemnitaires de M. A :

2. Ces conclusions sont nouvelles en appel et, par suite, irrecevables. Elles doivent, dès lors, être rejetées.

Sur l'appel du préfet des Yvelines :

3. Le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 21 décembre 2022 refusant à M. A la délivrance d'une carte de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'il était entaché d'un défaut d'examen faute pour le préfet des Yvelines d'avoir examiné la demande de carte de séjour mention " vie privée et familiale " de M. A.

4. Toutefois, s'il est établi que, par un courriel du 15 avril 2022, M. A, par l'intermédiaire de son conseil, a adressé au service des étrangers de la préfecture des Yvelines une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", accompagnée d'un questionnaire complété et signé par M. A le 17 mars 2022 , il ressort des pièces du dossier que, lors de sa convocation en préfecture pour le dépôt de sa première demande de titre de séjour le 16 mai 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Si M. A soutient que le préfet aurait " orienté " sa demande en lui envoyant, à la suite de son courriel du 15 avril 2022, un dossier de demande de carte de séjour en qualité d'étudiant, il n'en demeure pas moins que l'intéressé a rempli et remis à l'administration le formulaire de demande de titre de séjour en qualité d'étudiant en y joignant les pièces justificatives réclamées pour ce type de carte de séjour, sans se référer aucunement à une demande de carte de séjour mention " vie privée et familiale ". L'intéressé s'est d'ailleurs vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour mentionnant uniquement une demande de " délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention étudiant ", valable du 16 mai au 15 novembre 2022. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines a estimé qu'il était saisi d'une demande de carte de séjour en qualité d'étudiant et non d'une demande de carte de séjour mention " vie privée et familiale ". Par suite, le préfet des Yvelines est fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a annulé son arrêté du 21 décembre 2022 au motif qu'il n'a pas examiné la demande de titre de séjour de M. A au titre de sa vie privée et familiale.

5. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. A devant le tribunal administratif de Versailles.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, pour refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " à M. A, le préfet a indiqué tout d'abord qu'il n'était pas entré sur le territoire français sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois. Il s'est ainsi implicitement mais nécessairement fondé sur les dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il a également examiné si M. A pouvait se voir délivrer cette carte de séjour sans que cette condition de visa de long séjour lui soit opposable sur le fondement du deuxième alinéa du même article, cette circonstance ne permet pas de considérer qu'il aurait entaché l'arrêté contesté d'erreur de droit, alors même que M. A justifierait du caractère sérieux de ses études et de moyens d'existence suffisants.

8. En deuxième lieu, si M. A soutient que, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, il dispose de moyens d'existence suffisant, il résulte de l'instruction, en particulier des écritures en défense du préfet, que ce dernier aurait pris la même décision de refus à l'égard de M. A en se fondant uniquement sur le motif tiré de l'absence de visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit, en tout état de cause, être écarté.

9. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

10. M. A, qui est né en France, fait valoir qu'il y est revenu à l'âge de quinze ans, qu'il y est scolarisé depuis cette époque et qu'il vit sur le territoire national avec son frère et sa mère. Toutefois, si cette dernière justifie d'un visa de circulation valable jusqu'au 3 septembre 2023, elle ne dispose pas d'un titre lui permettant d'effectuer un long séjour en France. Le frère de M. A ne justifie pas davantage résider régulièrement sur le territoire français. Il ressort, en outre, des termes non contestés de l'arrêté attaqué que son père réside en Tunisie. Dans ces conditions, M. A étant célibataire, sans charge de famille et ne faisant pas état d'autres attaches en France, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors même qu'il indique notamment souffrir d'une scoliose. Les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le préfet des Yvelines est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a annulé son arrêté du 21 décembre 2022, lui a enjoint de procéder à un nouvel examen de la demande de M. A et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions de M. A à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur la requête à fin de sursis à exécution du jugement attaqué :

12. La cour statuant par le présent arrêt sur les conclusions de la requête n° 23VE01398 tendant à l'annulation du jugement attaqué, les conclusions de la requête n° 23VE01399 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont privées d'objet. Il n'y pas lieu, par suite, d'y statuer.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2301179 du tribunal administratif de Versailles du 23 mai 2023 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Versailles et ses conclusions en appel sont rejetées.

Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 23VE01399 du préfet des Yvelines.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B A. Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,

M. Camenen, président assesseur,

Mme Houllier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

G. CamenenLa présidente,

C. Signerin-Icre La greffière,

C. Fourteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nos 23VE01398, 23VE01399

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