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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01719

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01719

mercredi 28 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01719
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 13 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire le temps de cet examen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen et de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte.

Par un jugement n° 2306569 du 26 juin 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. A, représenté par Me Camus, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ou, subsidiairement, les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire le temps de cet examen et, à titre subsidiaire, de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen et de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire le temps de cet examen.

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a accompli des démarches pour régulariser sa situation administrative ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de risque de fuite ;

- cette décision est illégale par voie conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant tunisien né le 20 mai 1986 et entré, selon ses déclarations, sur le territoire français, en 2015, fait appel du jugement du 26 juin 2023 par lequel le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 mai 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, que le préfet des Hauts-de-Seine a indiqué les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour obliger M. A à quitter le territoire français. Il ressort, en outre, des mentions de cet arrêté, qui font état d'éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment sa relation avec une ressortissante marocaine avec laquelle il est pacsé, que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la mesure d'éloignement attaquée et de l'absence d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

5. M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce que le préfet des Hauts-de-Seine a indiqué, son conseil a sollicité un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'erreur entachant le cas échéant la décision attaquée en ce qu'elle relève que l'intéressé " n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative " n'est pas de nature à entacher d'illégalité ladite décision dès lors que le requérant, ainsi que l'a relevé le préfet, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et entrait par suite dans le cas prévu par les dispositions citées au point 4. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A soutient qu'il réside en France depuis 2015 et se prévaut d'une vie commune depuis 2017 avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résidence avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 31 mars 2022. Toutefois, alors que le pacte civil de solidarité était conclu seulement depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée, les pièces versées au dossier ne sont pas suffisantes pour établir l'ancienneté de la vie commune, depuis 2017, dont le requérant se prévaut. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait particulièrement inséré dans la société française, notamment sur le plan professionnel, ni qu'il y aurait noué des liens privés intenses. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et ses trois sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans au moins, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

9. Si M. A se prévaut des circonstances qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré, lors de son audition par les services de police le13 mai 2023, son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement lui faire obligation de quitter le territoire français sans délai en se fondant sur les dispositions citées au point 8.

10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an porterait au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été édictées. Par suite, le moyen tiré de ce que ces décisions auraient été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 28 février 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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