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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01722

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01722

jeudi 28 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01722
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 30 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en le munissant, durant ce réexamen et sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2307390 du 10 juillet 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, M. A, représenté par Me Chauvin-Hameau-Madeira, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation afin de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant ce réexamen et sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer son passeport ainsi que sa carte d'identité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé dès lors que le juge de première instance a écarté, d'une part, sans motif valable les justificatifs apportés pour démontrer sa participation à l'éducation et l'entretien de sa fille, d'autre part, de manière lapidaire, sa longue expérience professionnelle ;

- ce jugement est entaché d'une erreur de fait concernant la durée de son activité professionnelle ;

- il est entaché d'une omission à statuer dès lors qu'il n'a pas été répondu au moyen tiré de l'erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter des observations avant l'édiction de la mesure d'éloignement et qu'il justifiait d'éléments de nature à influencer la décision ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie d'attaches et de liens familiaux forts en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père d'un enfant français mineur résidant en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions fixant le pays de destination et portant retenue de son passeport et de sa carte d'identité sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant sénégalais né le 18 juillet 1993, fait appel du jugement du 10 juillet 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 30 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

3. En premier lieu, si M. A se prévaut d'insuffisances de motivation du jugement attaqué, il critique en réalité l'appréciation portée par le juge de première instance sur la réalité de sa participation à l'éducation et l'entretien de sa fille et sur la réalité de son insertion professionnelle. Ainsi, ces moyens se rapportent au bien-fondé du jugement attaqué et sont sans incidence sur sa régularité. Ils doivent, par suite, être écartés. Il en va de même du moyen tiré de ce que le jugement serait entaché d'une erreur de fait s'agissant de la date à partir de laquelle il a occupé un emploi de cuisinier.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que, contrairement à ce que soutient le requérant, le juge de première instance a répondu, au point 13 de sa décision, au moyen tiré de l'erreur de fait.

5. En troisième lieu, M. A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et du défaut d'examen sérieux préalable à la mesure d'éloignement. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le juge de première instance.

6. En quatrième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le rejet de la demande d'asile, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu devant l'OFPRA ainsi que devant la CNDA. En outre, il lui appartenait, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, de fournir spontanément à l'administration, notamment à la suite de la décision de rejet de l'OFPRA du 30 avril 2018 et de la décision de la CNDA du 16 novembre 2018, tout élément utile relatif à sa situation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été empêché de présenter les éléments relatifs à sa situation de manière utile et effective, notamment la naissance de sa fille le 28 septembre 2021 à Corbeil-Essonnes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.

8. En cinquième lieu, pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, de la naissance, en 2021, de son enfant de nationalité française et de son activité professionnelle. Toutefois, si l'intéressé déclare être entré en France le 10 mars 2017, il ne justifie pas de sa résidence habituelle sur le territoire français depuis cette date alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2019. Par ailleurs, si M. A, qui ne vit plus avec sa fille, se prévaut de ce qu'il participe financièrement à l'entretien de sa fille, il n'établit pas, par les pièces versées au dossier, l'intensité des liens qu'il aurait noués avec cet enfant. En outre, si l'intéressé produit des bulletins de salaires établissant qu'il travaille en qualité de cuisinier depuis le mois de juin 2021, il ne saurait toutefois être regardé, par la production de ces pièces, comme établissant une insertion professionnelle stable et ancienne en France. Enfin, le requérant ne conteste pas avoir conservé des attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans au moins et où sa fratrie réside toujours. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas commis d'erreur de fait, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise et n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

9. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne créent d'obligations qu'entre les Etats.

10. En septième lieu, le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il verse au dossier, qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci, soit le 28 septembre 2021, ou depuis au moins vingt-quatre mois à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues.

11. En huitième lieu, M. A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, le moyen soulevé en première instance et tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le juge de première instance.

12. En neuvième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant retrait de son passeport et de sa carte d'identité doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Enfin, M. A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'il a déjà fait valoir devant le tribunal administratif, les moyens soulevés en première instance et tirés de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le juge de première instance.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 28 mars 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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