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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01737

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01737

mercredi 28 février 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01737
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et l'a obligée à remettre son passeport à l'autorité administrative, et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Par un jugement n° 2216001 du 28 juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, Mme A, représentée par Me Dandaleix, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une contradiction entre les motifs et le dispositif ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant remise de passeport aux autorités préfectorales est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante marocaine née le 27 février 1988 et entrée sur le territoire français pour la dernière fois le 19 décembre 2017, a sollicité, le 10 mai 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ainsi que des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et l'a obligée à remettre son passeport à l'autorité administrative. Mme A fait appel du jugement du 28 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a suffisamment répondu, au point 4 de sa décision, au moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour en relevant que la motivation de cette décision était suffisante alors même qu'elle ne visait pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, il ressort du point 8 du jugement attaqué, qui fait état de la durée de séjour de Mme A, de sa situation personnelle et de son intégration professionnelle, et du point 11 de ce jugement, que le tribunal administratif a également suffisamment motivé sa réponse tant au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'au moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, si Mme A conteste la réponse apportée par les juges de première instance au moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, elle critique ainsi non le caractère suffisamment motivé du jugement attaqué mais le bien-fondé de ce jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a estimé, ainsi qu'il vient d'être dit, que la motivation de la décision de refus de titre de séjour était suffisante alors même qu'elle ne visait pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, contrairement à ce que Mme A soutient, ce jugement n'est pas entaché d'une contradiction entre ses motifs et son dispositif.

5. En troisième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine a indiqué les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort également des mentions de cet arrêté que le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, s'est livré à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre la décision en litige. Si l'arrêté ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant, une telle circonstance ne révèle pas un défaut d'examen de la situation de la requérante alors que le préfet des Hauts-de-Seine a relevé, dans sa décision, que l'intéressée est mère d'un enfant né en France le 6 juin 2021 et issu de sa relation avec un ressortissant marocain en situation régulière. Par suite, les moyens tirés du caractère insuffisamment motivé de la décision portant refus de titre de séjour et du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, Mme A soutient qu'entrée en France le 19 décembre 2017, elle vit depuis janvier 2021 en concubinage avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour pluriannuel avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité le 21 décembre 2021 et a eu un enfant le 6 juin 2021. Elle fait également valoir que son compagnon est père d'un enfant français sur lequel il exerce de manière conjointe avec sa mère l'autorité parentale, disposant d'un droit de visite et lui versant une pension alimentaire. Toutefois, ainsi que le préfet l'a relevé en première instance, les pièces produites par l'intéressée ne suffisent pas pour établir qu'elle résiderait habituellement en France depuis décembre 2017. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie de la requérante avec son concubin et le pacte civil de solidarité qu'ils ont conclu étaient encore récents à la date de l'arrêté attaqué d'octobre 2022. En outre, la circonstance que la requérante dispose d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'esthéticienne depuis le 7 septembre 2019, ne saurait démontrer une insertion professionnelle significative en France. Enfin, la requérante n'est pas dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident ses parents et ses sept frères et sœurs et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

7. En cinquième lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 6 tenant, en particulier, au caractère récent de la communauté de vie de la requérante avec le père de son enfant, à la durée et aux conditions de son séjour en France et aux liens familiaux dont elle dispose encore dans son pays d'origine, et eu égard au très jeune âge de son enfant, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme ayant porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

8. En sixième lieu, pour les motifs exposés aux points 6 et 7, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante et méconnaissent les stipulations des article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

9. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ni que la décision l'obligeant à restituer son passeport doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Enfin, Mme A reprend en appel, sans apporter de précisions supplémentaires et pertinentes par rapport à celles qu'elle a déjà fait valoir en première instance, les moyens tirés de ce que la décision l'obligeant à restituer son passeport a été prise par une autorité incompétente, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 28 février 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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