jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE01784 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté, du 8 juillet 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, d'annuler l'arrêté, en date du 8 juillet 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois et a fixé les modalités de contrôle de cette assignation, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de retirer son signalement aux fins de non admission sur le système d'information Schengen.
Par un jugement n° 2309339 du 19 juillet 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, M. C, représenté par Me Masilu, demande à la cour :
1°) d'infirmer ce jugement ;
2°) d'annuler pour excès de pourvoir, cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de retirer son signalement aux fins de non-admission sur le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat à lui verser la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- il est insuffisamment motivé ;
- le premier juge n'a pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- elle est aussi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée de l'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance : () ; 7° Rejeter, (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. (). ".
2. M. C, ressortissant pakistanais né 28 décembre 1987, est entré sur le territoire français en 2003, selon ses déclarations. Par un premier arrêté du 8 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. Par un second arrêté du 8 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités de contrôle de cette assignation à résidence. M. C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise l'annulation de ces deux arrêtés. Par la présente requête, M. C relève appel du jugement du 19 juillet 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du jugement attaqué : " Les jugements sont motivés. "
4. Il ressort des termes du jugement attaqué que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a visé et suffisamment répondu aux moyens soulevés par M. C dans sa demande de première instance. En particulier, il a répondu au moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant, au titre duquel il avait évoqué la question de sa vie privée et familiale et l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement attaqué doit être écarté.
5. En second lieu, si M. C soutient aussi que le premier juge n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de sa situation personnelle, un tel moyen est relatif au bien-fondé du jugement attaqué et est sans influence sur sa régularité.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la légalité des arrêtés en litige :
6. Par un arrêté n° 2023-037 du 1er mai 2023, publié au recueil des actes administratifs, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à M. B A, sous-préfet, chargé de mission auprès du préfet des Hauts-de-Seine, délégation permanente à l'effet de signer " tous documents et décisions se rapportant à la situation et au séjour des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application et comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et des termes même de la décision attaquée, dans laquelle le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas à faire apparaître la situation exhaustive du requérant, qu'il ne se serait pas livré à un examen particulier de sa situation avant de décider d'obliger M. C à quitter le territoire. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier sur sa situation personnelle doivent être écartés.
8. En second lieu, M. C soutient encore en appel qu'il est entré sur le territoire français en 2003. Toutefois, il ressort seulement des pièces dossier que l'intéressé y réside, de manière irrégulière, seulement depuis octobre 2014 et qu'il a aussi fait l'objet, le 23 juillet 2019 d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français, à laquelle il ne s'est pas conformé. Par ailleurs, en se bornant à justifier, au titre de périodes récentes, d'un emploi d'ouvrier, du 9 juillet 2020 au 1er juin 2021, puis d'un emploi de peintre, du 2 novembre 2022 au 30 juin 2023, M. C n'établit pas travailler de manière continue depuis son entrée en France en précisant qu'il a bénéficié en dernier lieu d'un contrat à durée indéterminée. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France, et qu'il dispose encore d'attaches familiales au Pakistan, son pays d'origine. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
11. Tout d'abord, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 sur les conditions et la durée de séjour irrégulier de M. C, les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Hauts-de-Seine a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C requérant d'une telle interdiction.
12. Ensuite, eu égard aux circonstances indiquées au point 8 du présent arrêt, dont il ressort que M. C ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France, en dépit de sa durée de présence sur le territoire français, et a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, le préfet des Hauts-de-Seine, en fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni n'a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :
13. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans charge de famille. En outre, il exerçait une activité de peintre en bâtiment à la date de la décision en litige, au demeurant sans y avoir été autorisé, et n'apporte aucune précision sur ses éventuelles missions, lieux et horaires de travail pendant la période d'assignation à résidence. Dans ces conditions, M. C, qui déclare résider à Asnières-sur-Seine, dans le département des Hauts-de-Seine, ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département prise à son encontre avec obligation d'être présent à son domicile le vendredi de 19 h 00 à 20 h 00 et le samedi de 8 h 00 à 10 h 00, ainsi que de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi, à 10 h 00, au commissariat d'Asnières-sur Seine, présenterait un caractère disproportionné. Il ressort au surplus des termes de l'arrêté attaqué que les horaires précités pourront être modifiés par l'administration sur justification, par l'intéressé, d'impératifs de vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Versailles le 26 octobre 2023.
Le président de la 6ème chambre,
P.-L. ALBERTINI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026