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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE01998

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE01998

jeudi 4 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE01998
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination, et d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Par un jugement n° 2208851 du 9 mars 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces nouvelles, enregistrées respectivement le 22 août 2023, les 29 novembre 2023 et 19 décembre 2023, M. B, représenté par Me Maillard, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail pendant la fabrication de son titre sous la même astreinte ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail pendant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Maillard au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé dès lors que le tribunal administratif n'a pas mentionné les certificats médicaux établis par les docteurs Fodil et Ferrah, ni sa situation de grande vulnérabilité, et s'est borné à examiner la disponibilité de la prise en charge médicale requise par son état de santé dans son pays d'origine ;

- le tribunal administratif a entaché son jugement d'une dénaturation des pièces du dossier s'agissant de l'avis émis par le collège des médecins, d'une omission à statuer relative au moyen tiré des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant du défaut de traitement médical et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il a commis une erreur d'appréciation en rejetant les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessité une prise en charge médicale dont le défaut emportera des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra bénéficier effectivement d'un traitement et d'une prise en charge au Sénégal, d'autre part, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, enfin, de l'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué, qui se fonde sur l'article L. 425-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- il méconnaît l'article 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et les dispositions des articles L. 612-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de ce que le préfet des Yvelines s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement et du Conseil relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant sénégalais né le 17 juin 1965, a sollicité, le 1er octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Il fait appel du jugement du 9 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 3 mars 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

3. En premier lieu, il ressort des mentions du jugement attaqué et, en particulier, de son point 9, que le tribunal administratif, qui n'était pas tenu de citer tous les certificats médicaux produits par le requérant, a suffisamment motivé sa réponse au moyen tiré de de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en mentionnant en particulier que les documents produits étaient insuffisamment circonstanciés pour établir qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'état de santé de M. B nécessitait des soins dont le défaut serait de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'omission à répondre à un moyen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le tribunal administratif a dénaturé les pièces du dossier, entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et commis une erreur d'appréciation en rejetant les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, de tels moyens, qui se rattachent au bien-fondé du jugement attaqué, ne sont pas de nature à affecter la régularité de ce jugement. Ils doivent, par suite, être écartés.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des mentions de l'arrêté attaqué et de celles du mémoire en défense produit en première instance, que c'est par une erreur de plume que le préfet des Yvelines a mentionné l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté attaqué et non l'article L. 425-9 de ce code. Dès lors qu'il a bien examiné si M. B remplissait les conditions posées par les dispositions de l'article L. 425-9, cette erreur n'est pas de nature à entacher l'arrêté attaqué d'illégalité. Les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut de base légale doivent ainsi être écartés.

6. En quatrième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que le préfet a précisé les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Par suite, le moyen tiré de que la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée doit être écarté. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant manque en fait.

7. En cinquième lieu, M. B soutient que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été victime de deux accidents vasculaires cérébraux en 2018 et en 2020, qui ont entraîné des séquelles neurologiques définitives, qu'il souffre d'une épilepsie complexe et sévère et qu'en raison de ces pathologies, il nécessite un traitement et un suivi régulier. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé nécessite un suivi régulier et est pris en charge depuis mai 2020 au sein d'un centre hospitalier de réadaptation et de rééducation fonctionnelle, les pièces versées au dossier, qui sont dénuées de précisions suffisantes, ne sont pas de nature à établir que, contrairement à ce qu'ont estimé les médecins de l'OFII dans leur avis du 3 janvier 2022, l'état de santé du requérant nécessitait, à la date de l'arrêté en litige, une prise en charge médicale dont le défaut pouvait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où il a résidé au moins jusqu'à l'âge de quarante-huit ans et où résident toujours son épouse et ses quatre enfants. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur la situation personnelle du requérant.

9. En septième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B ne démontre pas que son état de santé nécessitait des soins dont l'absence serait de nature à entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors qu'à la date de l'arrêté contesté, ce texte avait été transposé en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont dénués des précisions nécessaires pour en apprécier la portée.

10. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ou que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, elle doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.

Fait à Versailles, le 4 avril 2024.

La présidente de la 5ème chambre,

Corinne Signerin-Icre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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