jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02038 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | KWEMO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 10 mai 2023 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et l'espace Schengen, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 2308576 du 4 août 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté, enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 28 août 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis demande à la cour :
1°)d'annuler ce jugement ;
2°)de rejeter la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif.
Il soutient que :
- compte tenu du changement de circonstances de fait depuis le jugement du tribunal administratif du 7 juillet 2022, l'arrêté contesté n'a pas méconnu l'autorité de la chose jugée attachée à ce jugement ;
- les moyens invoqués par M. B en première instance ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, M. B, représenté par Me Kwemo, avocate, demande à la cour :
1°)de rejeter la requête du préfet de la Seine-Saint-Denis ;
2°)de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 10 mai 2023 contredit le dispositif du jugement du tribunal administratif du 7 juillet 2022 et méconnaît, en l'absence de changement de circonstances de fait, l'autorité de la chose jugée de ce jugement définitif ; il est entaché d'erreur de droit ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des faits ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 ; il réside en France depuis 2012 ; il travaille depuis 2013 ;
- l'obligation de quitter le territoire entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il entend exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'interdiction de retour ;
- l'interdiction de retour est disproportionnée et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Camenen a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Seine-Saint-Denis relève appel du jugement du 4 août 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 10 mai 2023 obligeant M. B, ressortissant tunisien né le 9 mars 1981, à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour en France pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Il résulte du point 3 du jugement attaqué que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif a annulé l'arrêté du 10 mai 2023 au motif qu'il contredit le dispositif du jugement n° 2200163 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 7 juillet 2022 et méconnaît, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait invoqué par l'autorité préfectorale, l'autorité de la chose jugée de ce jugement définitif qui a enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de trois mois.
3. Toutefois, le préfet de la Seine-Saint-Denis relève qu'une note blanche établie par les services spécialisés et transmise le 4 mai 2023 mentionne la proximité de M. B avec un groupe aux idées intégristes et considéré comme potentiellement dangereux. En outre, l'intéressé a présenté un passeport italien dont le caractère frauduleux a été établi postérieurement au jugement du 7 juillet 2022 ainsi qu'il ressort d'un échange d'informations avec les autorités italiennes le 4 mai 2023.
4. Compte tenu de ces éléments postérieurs au jugement du 7 juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée s'attachant à ce jugement, prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B.
5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis est fondé à soutenir que c'est à tort que le juge de première instance s'est fondé sur la méconnaissance de l'autorité de chose jugée pour annuler son arrêté du 10 mai 2023.
6. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B devant le tribunal administratif.
Sur la légalité de l'arrêté du 10 mai 2023 :
7. En premier lieu, M. B conteste les faits qui lui sont reprochés et fait valoir qu'il s'agit d'une erreur de personne. Il reconnaît avoir séjourné en Italie jusqu'en 2012 mais indique n'avoir été l'auteur d'aucun des faits allégués par le préfet. Il conteste avoir présenté à l'autorité préfectorale une fausse carte d'identité italienne et précise qu'il ne s'est pas présenté à la convocation des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 17 avril 2023 pour l'exécution d'un jugement dès lors qu'il ne résidait pas dans ce département, cette réserve figurant dans la convocation. Enfin, il indique résider en France depuis 2012, y travailler depuis 2013 et ne pas représenter une menace pour l'ordre public.
8. Toutefois, le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit à l'appui de sa requête la copie d'un passeport italien au nom de M. B dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'agit d'un document frauduleux, ce que confirment les autorités italiennes dans leur message du 4 mai 2023. La note blanche produite par le préfet est de nature à établir que la présence en France de M. B représente une menace pour l'ordre public. Ainsi, le moyen tiré de l'existence d'une " erreur manifeste d'appréciation des faits " doit être écarté.
9. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 qui se borne à énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
11. M. B produit de nombreux justificatifs de présence en France depuis 2012 et fait valoir qu'il travaille depuis 2013, notamment comme boulanger et cuisinier et en qualité de préparateur de commandes dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet. Il a également produit un contrat d'intégration républicaine Toutefois, ces éléments ne constituent pas à eux seuls un motif d'admission exceptionnelle d'admission au séjour, compte tenu notamment de la menace pour l'ordre public que représente la présence en France de M. B. Ainsi et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sureté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Les justificatifs de présence en France produits par M. B et les éléments relatifs à sa situation professionnelle ne suffisent pas à établir qu'il a noué en France des liens suffisamment stables et intenses. Il est célibataire et sans charge de famille. La seule présence d'un oncle ou d'un ami qui l'héberge en France ne suffit pas à établir que l'arrêté contesté porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté contesté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B telle que précédemment décrite.
14. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
15. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".
16. La situation de M. B, telle que précédemment décrite, ne révèle pas de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette mesure serait disproportionnée.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis est fondé à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 10 mai 2023.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 2308576 du 4 août 2023 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif et ses conclusions en appel sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Florent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
G. CAMENEN La présidente,
C. SIGNERIN-ICRE
La greffière,
C. RICHARD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026