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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02113

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02113

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02113
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCOIN-CHASSANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme B... et A... Guyot-Sionnest ont demandé, par une requête et deux réclamations adressées au directeur départemental des finances publiques du Val-d’Oise, transmises au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par application de l’article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2016 et de prononcer le remboursement de la garantie hypothécaire versée.

Par un jugement nos 1909400, 2001240 et 2001241 du 11 juillet 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, après en avoir prononcé la jonction, a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2023, M. et Mme Guyot-Sionnest, représentés par Me Marcoin-Chassang, demandent à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majoration, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2016 ;

3°) d’ordonner la restitution de la garantie hypothécaire d’un montant de 111 335 euros versée auprès du pôle de recouvrement de Nanterre le 11 février 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l’État le remboursement des frais de procédure sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

la procédure de rectification dont a fait l’objet la SAS CGS Conseil est irrégulière, car le dégrèvement décidé le 21 janvier 2019 ne lui a été notifié que postérieurement à la seconde mise en recouvrement des sommes en litige, le 30 septembre 2019, date à laquelle elle n’avait pas été informée de ce que l’administration persistait dans son intention de l’imposer ; les rehaussements mis à leur charge au titre des revenus distribués résultant des rectifications dont a fait l’objet la SAS CGS sont donc infondés ;

les impositions en litige ont été établies à l’issue d’une procédure irrégulière, dès lors que le service a refusé de faire droit à leur demande de recours hiérarchique, de telle sorte que le 3° de l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration, la doctrine administrative énoncée sous la référence BOI-CF-PGR-30-10 et les exigences du débat oral et contradictoire ont été méconnus ; de plus, dans le cadre de reprise d’une procédure après dégrèvement pour irrégularité de la procédure initiale, l’administration ne peut légalement mettre en recouvrement les impositions consécutives aux redressements envisagés par le vérificateur sans que le supérieur hiérarchique ou l’interlocuteur départemental ait, au préalable, reçu le contribuable qui fait appel à lui.


Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Hameau,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. La SAS CGS Conseil exploite un cabinet d’expertise comptable. Elle a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos les 30 juin des années 2013 à 2016. Des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés par proposition de rectification du 7 novembre 2017. L’administration a ensuite estimé, à l’issue d’un contrôle sur pièces diligenté sur le dossier fiscal de M. Guyot-Sionnest, président de la société et associé à hauteur de 75% des parts, que celui-ci avait été, entre 2014 et 2016, le bénéficiaire de revenus distribués par sa société. L’administration a réintégré ces distributions au revenu imposable du foyer fiscal de M. Guyot-Sionnest, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l’article 109 du code général des impôts et du c de l’article 111 du même code. Les rectifications correspondantes ont été portées à la connaissance de M. et Mme Guyot-Sionnest, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, par une proposition de rectification du 7 novembre 2017. Les intéressés les ont contestées par une réclamation du 8 février 2019 rejetée le 20 juin suivant. Deux autres réclamations ont ensuite été présentées, qui ont été soumises d’office au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 30 janvier 2020. M. et Mme Guyot-Sionnest font appel du jugement de ce tribunal rendu le 11 juillet 2023, par lequel ont été rejetées leurs demandes en décharge des impositions supplémentaires mises à leur charge et en remboursement de la garantie hypothécaire qu’ils avaient versée.

2. Les moyens relatifs à la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société soumise au régime d'imposition des sociétés de capitaux sont inopérants au regard des impositions personnelles mises à la charge de l'un de ses associés. Par suite, le moyen tiré de ce que le dégrèvement des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SAS CGS Conseil, décidé le 21 janvier 2019, n’aurait été notifié à la société, de manière irrégulière, que postérieurement à la seconde mise en recouvrement des sommes en litige, le 30 septembre 2019, et qu’à cette dernière date, elle n’avait donc pas été informée de ce que l’administration persistait dans son intention de l’imposer, est en tout état de cause sans influence sur le rehaussement des impositions de M. et Mme Guyot-Sionnest. Il doit être écarté.

3. M. et Mme Guyot-Sionnest, qui ont fait l’objet d’un contrôle sur pièces, ne peuvent utilement se prévaloir de la garantie de procédure tenant à la faculté pour le contribuable de former un recours hiérarchique ou de saisir l’interlocuteur départemental, instituée par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée à l’article L. 10 du livre des procédures fiscale, dès lors que cette garantie, ne pouvait, à la date de la proposition de rectification du 7 novembre 2017, n’être invoquée que dans le cadre d’un litige consécutif aux procédures de vérification de comptabilité et d’examen d’ensemble de la situation fiscale personnelle prévues aux articles L. 12 et L. 13 de ce livre. De la même manière, ils ne se prévalent pas utilement de la méconnaissance de la garantie tenant à un débat oral et contradictoire, propre aux vérifications de comptabilité.

4. Aux termes de l’article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / (…) ».

5. Les requérants ne peuvent invoquer utilement l’article précité du code des relations entre le public et l’administration au motif que le service a refusé de faire droit à leur demande de recours hiérarchique, dès lors que la proposition de rectification, objet de cette saisine, ne constitue pas une décision au sens de ces dispositions.

6. M. et Mme Guyot-Sionnest ne sauraient utilement se prévaloir, sur le fondement de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative énoncée sous la référence BOI-CF-PGR-30-10 publiée le 30 octobre 2019, d’ailleurs postérieurement à la proposition de rectification du 7 novembre 2017, qui est relative à la procédure d’imposition.

7. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme Guyot-Sionnest ne sont pas fondés à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leurs demandes. Leurs conclusions en décharge doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin de restitution de garantie hypothécaire et d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, au demeurant non chiffrées.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. et Mme Guyot-Sionnest est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme B... et A... Guyot-Sionnest et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Délibéré après l’audience du 4 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.


La rapporteure,

M. Hameau
La présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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