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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02327

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02327

mardi 16 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02327
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2213858 du 10 mai 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Charles, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et l'arrêté du 26 octobre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice l'aide juridictionnelle.

Mme B soutient que :

- l'arrêté litigieux portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire est entaché d'un défaut de motivation et d'examen particulier ;

- il est entaché d'une erreur de fait quant au lieu de résidence de ses parents et à sa maîtrise de la langue française ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté litigieux portant interdiction de retour est illégal en raison de l'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- il méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas examiné l'ensemble des critères sur lesquels il doit se prononcer et l'interdiction de retour d'un an étant disproportionnée au regard de sa situation privée et familiale.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement () des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A B, ressortissante algérienne née le 9 août 1992, qui a déclaré être entrée en France en avril 2014, sous couvert d'un visa de court séjour pour l'Espagne, a sollicité, le 6 octobre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an. Par un jugement du 10 mai 2023, dont elle relève appel, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Il résulte de ces dispositions que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs.

4. Il ressort de l'examen de l'arrêté litigieux portant refus de titre et obligation de quitter le territoire qu'il vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que ceux de l'accord franco-algérien sur lesquels il se fonde et mentionne les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il comporte également les motifs de fait, rappelant les conditions d'entrée sur le territoire français de l'intéressée, sa situation administrative, personnelle et familiale, notamment qu'elle a déclaré vivre en concubinage avec un ressortissant égyptien, que le couple a eu deux enfants en 2016 et en 2020 et que la cellule familiale peut se reconstituer au pays d'origine des intéressés, qu'elle ne justifie d'aucune activité salariée depuis son entrée en France ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux respecte dès lors l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et L. 613- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même il ne vise pas la convention relative aux droits de l'enfant qui ne constitue pas son fondement légal. Il résulte des motifs mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis sept ans, où résident également ses parents, qu'elle maîtrise le français, qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant égyptien, que deux enfants sont nés de leur union en 2016 et en 2022, et que l'aîné est scolarisé depuis 2019. Toutefois, elle ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière, son concubin est en situation irrégulière en France et elle ne fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, son pays d'origine, ou en Egypte, pays d'origine de son conjoint, ni à la poursuite de la scolarité de son jeune enfant dans l'un de ces deux pays. Elle n'est, par ailleurs, pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ou réside sa fratrie et où elle-même a vécu longtemps. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis, et méconnaîtrait, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

7. En troisième lieu, la circonstance que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur de fait quant au lieu de résidence de ses parents et à sa connaissance de la langue française est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux, ces erreurs n'étant pas de nature à modifier l'appréciation du préfet au regard du droit au séjour de l'intéressée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Comme évoqué précédemment, Mme B ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale hors de France, dans son pays d'origine ou dans celui de son concubin. Ainsi, dès lors que l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de contraindre Mme B à se séparer de ses enfants, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux aurait méconnu les stipulations précitées de la convention relative aux droits de l'enfant.

10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par Mme B à l'encontre des décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire du préfet des Hauts-de-Seine n'est fondé. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612- 11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

12. Il ressort des termes de la décision contestée que pour la prendre le préfet a constaté la situation administrative, sociale et professionnelle de l'intéressée, ses liens familiaux sur place et ceux qu'elle conserve dans son pays d'origine et a estimé que la décision litigieuse ne portait pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, telle qu'elle ressortait d'un examen approfondi et en l'absence de circonstance humanitaire, une atteinte disproportionnée. Cette motivation atteste, contrairement à ce que fait valoir la requérante, de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'étant pas tenu de préciser qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni qu'elle ne portait pas atteinte à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux, tels que rappelés, que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation de l'intéressée pour prendre, dans son principe et dans sa durée, la mesure contestée.

13. Eu égard aux motifs énoncés au point 6 et en l'absence de circonstance humanitaire, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de la requérante une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il s'ensuit que les moyens tirés d'une violation des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, sa requête doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, en conséquence, des conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991,

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2ème : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B.

Fait à Versailles, le 16 juillet 2024.

La présidente de la 3ème chambre,

L. Besson-Ledey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

N°23VE02327

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