Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme A... B... ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de leur accorder la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015, d’une part, et au titre de l’année 2016, d’autre part.
Par un jugement n° 2001472 et 2010675 du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 novembre 2023 et 5 mars 2024, M. et Mme B..., représentés par la SCP A. Bouzidi-Ph. B..., demandent à la cour :
1°) d’annuler le jugement attaqué du 12 septembre 2023 ;
2°) de les décharger des impositions en litige ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros à leur verser en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
le jugement est irrégulier car la procédure a méconnu les dispositions de l’article R. 711-3 du code de justice administrative, dès lors que la mise en ligne du sens des conclusions du rapporteur public n’a pas respecté ces dispositions ;
le jugement est irrégulier, faute pour le tribunal administratif d’avoir répondu au moyen tiré de la prise de position formelle de l’administration fiscale ;
l’administration fiscale a excédé les limites d’un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, sans leur envoyer un avis de vérification et a ainsi méconnu les dispositions de l’article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
la procédure d’imposition est irrégulière, faute pour l’administration fiscale de les avoir convoqués à la séance de la commission départementale des impôts ;
s’agissant des années 2013 et 2014, c’est à tort que l’administration fiscale a opposé à l’application de l’exonération pratiquée par la SCP Cohen B... sur le fondement des dispositions de l’article 44 octies A du code général des impôts la condition relative à la rémunération des salariés ;
s’agissant des années 2015 et 2016, c’est à tort que l’administration fiscale a opposé la condition relative à la résidence des salariés, s’agissant d’une activité crée avant le 1er janvier 2015, dès lors qu’elle n’a pas employé simultanément deux salariés sur une période supérieure à trois mois ;
la prise de position formelle du supérieur hiérarchique dans son compte rendu du 21 février 2017 fait obstacle aux redressements notifiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun moyen de la requête n’est fondé.
Par un mémoire distinct, enregistré le 5 mars 2024, M. et Mme B... demandent à la cour de transmettre au Conseil d’État la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions du 9ème alinéa du II de l’article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction issue de l’article 157 de la loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011.
Ils soutiennent que ces dispositions méconnaissent la liberté d’entreprendre, la liberté contractuelle ainsi que le principe d’égalité devant la loi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut à ce que la question prioritaire de constitutionnalité ne soit pas transmise.
Il fait valoir que la question posée est dépourvue de caractère sérieux.
Par ordonnance du 8 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 13 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Tar,
et les conclusions de M. Lerooy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
La société d’expertise comptable SCP Cohen B..., relevant de l’article 8 du code général des impôts, dont M. A... B... est associé à hauteur de 50 % des parts sociales, a fait l’objet d’un contrôle sur pièces au titre des années 2013 à 2016 à l’issue duquel l’administration fiscale a remis en cause partiellement le bénéfice de l’exonération fiscale prévue à l’article 44 octies du code général des impôts, institué pour la création d’activité dans les zones franches urbaines (ZFU). Des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu résultant de rehaussement des bénéfices non commerciaux, à concurrence de la quote-part de M. B... dans le capital de cette société, ont été mises à la charge de M. et Mme B.... Ceux-ci relèvent appel du jugement du 12 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leurs demandes de décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu au titre des années 2013 à 2016 et mises en recouvrement en 2018 et 2019.
Sur la question prioritaire de constitutionnalité :
Il résulte des dispositions combinées des premiers alinéas des articles 23-1 et 23-2 de l’ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel que la cour administrative d’appel, saisie d’un moyen tiré de ce qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution présenté dans un mémoire distinct et motivé, statue par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d’État et procède à cette transmission si est remplie la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu’elle n’ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et que la question ne soit pas dépourvue de caractère sérieux.
M. et Mme B... soutiennent que les dispositions du 9ème alinéa du II de l’article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction issue de l’article 157 de la loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011, aux termes desquelles « Pour les contribuables qui créent des activités dans une zone franche urbaine à compter du 1er janvier 2012 et emploient au moins un salarié au cours de l’exercice ou de la période d’imposition au titre desquels l’exonération s’applique, le bénéfice de l’exonération est subordonné à la condition que l’entreprise ait bénéficié de l’exonération prévue à l’article 12 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville. Cette condition est appréciée à la clôture de l'exercice ou de la période d'imposition au titre desquels l'exonération s'applique. Lorsque le contribuable n'a pas bénéficié de l'exonération mentionnée au même article 12 de façon permanente au cours d'un exercice ou d'une période d'imposition, le bénéfice exonéré est corrigé proportionnellement à la période au cours de laquelle l'exonération mentionnée audit article 12 s'est appliquée. (…) » méconnaissent la liberté d’entreprendre, la liberté contractuelle ainsi que le principe d’égalité devant la loi, en tant qu’elles subordonnent le bénéfice de l’exonération au bénéfice de l’exonération prévue à l'article 12 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville, aux termes duquel : « Les gains et rémunérations (…) versés au cours d'un mois civil aux salariés employés par un établissement implanté dans une des zones franches urbaines (…) sont, dans les conditions fixées aux II, III et IV, exonérés des cotisations à la charge de l'employeur au titre des assurances sociales, des allocations familiales ainsi que du versement de transport et des contributions et cotisations au Fonds national d'aide au logement (…). A partir du 1er janvier 2009, le montant de l'exonération décroît de manière linéaire lorsque la rémunération horaire est supérieure au salaire minimum de croissance majoré de 40 % et devient nul lorsque la rémunération horaire est égale à (…) deux fois le salaire minimum de croissance à partir du 1er janvier 2011 ».
Les requérants soutiennent que la condition relative au plafonnement des rémunérations méconnaît la liberté d’entreprendre, en ce qu’elle limite la capacité des employeurs à déterminer les salaires en fonction de la valeur du travail, de la performance, et de la compétitivité de leur entreprise, ainsi que la liberté contractuelle, en dictant les modalités de rémunération et en entravant ainsi la flexibilité nécessaire à la conclusion de contrats de travail. Toutefois, en prévoyant, par l’article 157 de la loi du 28 décembre 2011, de subordonner, pour les contribuables qui créent des activités en zone franche urbaine à compter du 1er janvier 2012, le bénéfice de l’exonération fiscale au bénéfice de l’exonération sociale prévue à l’article 12 de la loi du 14 novembre 1996, lequel suppose que la rémunération horaire des salariés employés par un établissement implanté dans une des zones franches urbaines soit inférieure à deux fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance, le législateur a seulement entendu favoriser l’emploi des personnes domiciliées dans les zones franches urbaines, dont le niveau de qualification est plus faible que dans les territoires limitrophes de cette zone. Il a ainsi poursuivi un but d’intérêt général sans qu’il en résulte une atteinte à la liberté d’entreprendre ou à la liberté contractuelle
La différence de traitement instituée par les dispositions précitées entre les contribuables dont les salariés perçoivent des salaires inférieurs à deux fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance et ceux dont les salariés perçoivent un salaire supérieur à ce seuil est directement en rapport avec l’objet de ces dispositions, qui est de favoriser l’emploi peu qualifié dans les zones franches urbaines. En outre, toutes les entreprises souhaitant bénéficier de l’exonération sociale sont soumises au même régime. Il n’en résulte ainsi aucune rupture d’égalité devant la loi.
Il résulte de ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité posée par M. et Mme B... doit être regardée comme dépourvue de caractère sérieux. Il n’y a pas lieu de la transmettre au Conseil d’État.
Sur la régularité du jugement :
En vertu des dispositions de l'article L. 7 du code de justice administrative, le membre de la juridiction, chargé des fonctions de rapporteur public, expose publiquement, et en toute indépendance, son opinion sur les questions que présentent à juger les requêtes et sur les solutions qu'elles appellent. Et en vertu des dispositions de l'article R. 711-3 du même code, les parties ou leurs mandataires sont mis en mesure de connaître, avant la tenue de l'audience, le sens de ces conclusions sur l'affaire qui les concerne, lorsque le jugement de cette affaire doit intervenir après le prononcé de conclusions du rapporteur public.
En application de ces dispositions, la communication aux parties du sens des conclusions a pour objet de mettre les parties en mesure d'apprécier l'opportunité d'assister à l'audience publique, de préparer, le cas échéant, les observations orales qu'elles peuvent y présenter, après les conclusions du rapporteur public, à l'appui de leur argumentation écrite et d'envisager, si elles l'estiment utile, la production, après la séance publique, d'une note en délibéré. En conséquence, les parties ou leurs mandataires doivent être mis en mesure de connaître, dans un délai raisonnable avant l'audience, l'ensemble des éléments du dispositif de la décision que le rapporteur public compte proposer à la formation de jugement d'adopter, à l'exception de la réponse aux conclusions qui revêtent un caractère accessoire, notamment celles qui sont relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Cette exigence s'impose à peine d'irrégularité de la décision rendue sur les conclusions du rapporteur public. De plus, pour l'application de l'article R. 711-3 ci-dessus analysé et eu égard aux objectifs de cet article, il appartient au rapporteur public de préciser, en fonction de l'appréciation qu'il porte sur les caractéristiques de chaque dossier, les raisons qui déterminent la solution qu'appelle, selon lui, le litige, et notamment d'indiquer, lorsqu'il propose le rejet de la requête, s'il se fonde sur un motif de recevabilité ou sur une raison de fond, et, de mentionner, lorsqu'il conclut à l'annulation d'une décision, les moyens qu'il propose d'accueillir. La communication de ces raisons n'est toutefois, quant à elle, pas prescrite à peine d'irrégularité de la décision.
Il ressort du relevé de l'application « Sagace » que le rapporteur public a porté à la connaissance des parties, le 26 août 2023, à 9 heures, pour une audience qui s’est tenue le 29 août suivant, à 13 heures 45, qu'il envisageait de conclure au rejet, en spécifiant « au fond ». Ainsi, tant par le délai écoulé entre la communication du sens des conclusions et la tenue de l’audience, que par la formulation du motif de rejet, le rapporteur public a satisfait aux exigences de l'article R. 711-3 du code de justice administrative.
Il ressort du jugement attaqué que celui-ci énonce, au point 13, que « Les requérants ne sont pas davantage fondés à se prévaloir de l’analyse qu’aurait un temps retenue l’administration à l’occasion de leurs échanges, laquelle ne constitue pas une prise de position formelle au sens des articles L. 80 A ou L. 80 B du livre des procédures fiscales. ». Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le tribunal administratif aurait omis de statuer sur le moyen tiré de la prise de position formelle de l’administration fiscale doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la régularité de la procédure d’imposition :
Aux termes de l’article L. 10 du livre des procédures fiscales : « L’administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l’établissement des impôts, droits, taxes et redevances. Elle contrôle également les documents déposés en vue d’obtenir des déductions, restitutions ou remboursements. A cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications, ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés. ». Aux termes de l’article L. 47 du même livre : « Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d’une personne physique au regard de l’impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l’envoi ou la remise d’un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix (…) ».
L’administration procède à la vérification de comptabilité d’une entreprise ou d'un membre d’une profession non commerciale lorsqu’en vue d’assurer l’établissement d’impôts ou de taxes totalement ou partiellement éludés par les intéressés, elle contrôle sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par cette entreprise ou ce contribuable en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont elle prend alors connaissance et dont le cas échéant elle peut remettre en cause l’exactitude. L’exercice régulier du droit de vérification de comptabilité suppose le respect des garanties légales prévues en faveur du contribuable vérifié, au nombre desquelles figure notamment l’envoi ou la remise de l’avis de vérification auquel se réfère l’article L. 47 du livre des procédures fiscales.
Il résulte de l’instruction, notamment de la proposition de rectification du 12 septembre 2016, que les rectifications en litige procèdent exclusivement de la vérification de l’exactitude des déclarations automatisées de données sociales unifiées de la SCP Cohen B... au cours des années 2013 à 2015. Les impositions litigieuses ont donc été établies à l’issue d’un contrôle sur pièces qui n’avait pas à être précédé de l’envoi de l’avis de vérification prévu par les dispositions de l’article L. 47 précité du livre des procédures fiscales. Le moyen tiré de ce que l’administration fiscale aurait engagé des opérations de vérification de comptabilité sans l’envoi d’un avis de vérification, dès lors que, pour établir les rehaussements litigieux, elle se serait fondée sur les éléments recueillis lors de l’enquête effectuée en juillet et août 2016, dans les locaux de la SCP Cohen B..., sur le fondement des dispositions des articles L. 80 F et L. 80 H du livre des procédures fiscales, enquête au cours de laquelle les demandes de l’administration fiscale aurait excédé le cadre légale prévu par ces articles, doit être écarté.
Il résulte de l’instruction que, par deux courriers du 17 juillet 2018, envoyés par un unique pli recommandé, dont l’accusé de réception comporte la signature d’un représentant de la SCP Cohen B..., retourné à l’administration fiscale le 31 juillet 2018, cette société a été, d’une part, informée de la tenue de la réunion du 11 septembre 2018 de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d’affaires et, d’autre part, interrogée sur la désignation d’un représentant à cette réunion. Le moyen tiré de ce que l’administration fiscale aurait entaché la procédure d’imposition d’une irrégularité, faute pour elle d’avoir convoqué cette société à cette réunion, doit être écarté comme manquant en fait.
Sur le bien-fondé des impositions :
Aux termes de l’article 44 octies A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d’imposition en litige : « Les contribuables qui, entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2014, créent des activités dans les zones franches urbaines (…) sont exonérés d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices provenant des activités implantées dans la zone jusqu'au 31 décembre 2010 pour les contribuables qui y exercent déjà une activité au 1er janvier 2006 ou, dans le cas contraire, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui du début de leur activité dans l'une de ces zones. (…) / Le bénéfice exonéré ne peut excéder 100 000 € par contribuable et par période de douze mois, majoré de 5 000 € par nouveau salarié embauché à compter du 1er janvier 2006 domicilié dans une zone urbaine sensible ou dans une zone franche urbaine et employé à temps plein pendant une période d'au moins six mois. Cette condition est appréciée à la clôture de l'exercice ou de la période d'imposition au titre duquel ou de laquelle l'exonération s'applique. / Pour les contribuables qui créent des activités dans une zone franche urbaine à compter du 1er janvier 2012 et emploient au moins un salarié au cours de l'exercice ou de la période d'imposition au titre desquels l'exonération s'applique, le bénéfice de l'exonération est subordonné à la condition que l'entreprise ait bénéficié de l'exonération prévue à l'article 12 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville. Cette condition est appréciée à la clôture de l'exercice ou de la période d'imposition au titre desquels l'exonération s'applique. Lorsque le contribuable n'a pas bénéficié de l'exonération mentionnée au même article 12 de façon permanente au cours d'un exercice ou d'une période d'imposition, le bénéfice exonéré est corrigé proportionnellement à la période au cours de laquelle l'exonération mentionnée audit article 12 s'est appliquée. (…) ».
Aux termes de l'article 12 de la loi n° 96-987 du 14 novembre 1996 relative à la mise en œuvre du pacte de relance pour la ville : « Les gains et rémunérations (…) versés au cours d'un mois civil aux salariés employés par un établissement implanté dans une des zones franches urbaines (…) sont, dans les conditions fixées aux II, III et IV, exonérés des cotisations à la charge de l'employeur au titre des assurances sociales, des allocations familiales ainsi que du versement de transport et des contributions et cotisations au Fonds national d'aide au logement (…). A partir du 1er janvier 2009, le montant de l'exonération décroît de manière linéaire lorsque la rémunération horaire est supérieure au salaire minimum de croissance majoré de 40 % et devient nul lorsque la rémunération horaire est égale à (…) deux fois le salaire minimum de croissance à partir du 1er janvier 2011 ». Aux termes de l’article 13 de la même loi, dans sa version résultant de l’article 26 de la loi n° 2014-173 du 21 février 2014 : « (…) III. ― Pour les entreprises créées ou implantées dans une zone franche urbaine - territoires entrepreneurs à compter du 1er janvier 2012, le bénéfice de l'exonération mentionnée au I de l'article 12 est subordonné, lors de toute nouvelle embauche, à la condition qu'à la date d'effet de cette embauche : 1° Le nombre de salariés remplissant les conditions fixées au IV du même article 12, dont l'horaire prévu au contrat de travail est au moins égal à une durée minimale fixée par décret, et résidant dans l'une des zones franches urbaines - territoires entrepreneurs ou dans l'un des quartiers prioritaires de la politique de la ville de l'unité urbaine dans laquelle est située la zone franche urbaine - territoire entrepreneur soit égal au moins à la moitié du total des salariés employés dans les mêmes conditions ; 2° Ou le nombre de salariés, embauchés à compter de la création ou de l'implantation de l'entreprise et remplissant les conditions décrites au 1° du présent III, soit égal à la moitié du total des salariés embauchés dans les mêmes conditions, au cours de la même période. Ces dispositions s'appliquent pendant une période de cinq ans à compter de la création ou de l'implantation de l'entreprise dans une zone franche urbaine - territoire entrepreneur. En cas de non-respect de la proportion mentionnée aux 1° et 2°, constaté à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la date d'effet de l'embauche, l'exonération n'est pas applicable aux gains et rémunérations versés jusqu'à la date d'effet des embauches nécessaires au respect de cette proportion. ».
Il n’est pas contesté, d’une part, que la rémunération des salariés employés par la SCP Cohen-Bouhanna en 2013 et 2014 était supérieure au double du salaire minimum interprofessionnel de croissance. Par suite, en application des dispositions précitées de l’article 12 de la loi du 14 novembre 1996, les rémunérations en cause ne bénéficiaient pas de l’exonération mentionnée à cet article et l’administration était, par voie conséquence, fondée à remettre en cause l’exonération pratiquée par la SCP sur le fondement de l’article 44 octies A du code général des impôts au titre des exercices clos en 2013 et 2014. D’autre part, comme le fait valoir l’administration, il est constant qu’aucun des trois salariés ayant été employés par la société entre son installation dans la zone franche urbaine et la fin de l’année 2016 ne résidait dans l'une des zones franches urbaines - territoires entrepreneurs ou dans l'un des quartiers prioritaires de la politique de la ville de l'unité urbaine dans laquelle est située la zone franche urbaine - territoire entrepreneur en cause. Par suite, la SCP ne respectait, en 2015 et 2016, aucune des deux conditions alternatives prévues par les dispositions précitées du III de l’article 13 de la loi du 14 novembre 1996, s’appréciant au regard, pour la première, de l’unique salarié employé en 2015 et 2016 et, pour la seconde, de l’ensemble des salariés ayant été embauchés entre 2012 et 2016. La SCP ne pouvait pas, en conséquence, bénéficier de l’exonération mentionnée à l’article 12 de la loi précitée en 2015 et 2016. L’administration était dès lors fondée à remettre en cause l’exonération pratiquée par la SCP sur le fondement de l’article 44 octies A du code général des impôts au titre des exercices clos en 2015 et 2016.
Aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration./ Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification.(…) ». Aux termes de l’article L. 80 B du même livre : « La garantie prévue au premier alinéa de l’article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l’administration a formellement pris position sur l’appréciation d'une situation de fait au regard d’un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu’elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi (…) ».
Il résulte de l’instruction que, par courrier du 21 février 2017, l’administration fiscale a formellement pris position sur la situation de fait de la SCP Cohen B... au regard des dispositions de l’article 44 octies A et en a déduit qu’il convenait d’abandonner les rehaussements au titre de l’année 2015. Toutefois, l’administration fiscale est revenue sur cette interprétation, par un courrier du 4 avril suivant, dont il n’est pas contesté qu’il a été reçu par les contribuables. Dans ces conditions, cette interprétation était rapportée lorsque M. et Mme B... s’en sont prévalus et ceux-ci ne sont pas fondés à soutenir que c’est en méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 80 B du livre des procédures fiscales que les rehaussements au titre de l’année 2015 ont été mises en recouvrement.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu, y compris les intérêts de retard, doivent être rejetées, ainsi que les conclusions aux fins d’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de transmettre au Conseil d’État la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. et Mme B....
Article 2 : La requête de M. et Mme B... est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme A... B... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente de chambre,
M. Tar, premier conseiller,
Mme. Troalen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2026.
Le rapporteur(e),
G. Tar
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.