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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02532

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02532

mardi 8 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02532
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2207016 du 12 mai 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, M. A, représenté par Me Abassade, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte, dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation de son conseil à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux, qui ne cite pas l'ancienneté de sa résidence sur le territoire, est insuffisamment motivé ; s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire, la motivation ne fait pas état de la prise en compte des quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation ;

Sur l'arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire :

- il porte atteinte de façon disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il vit en France depuis onze ans, y est très investi dans la vie associative et a été élu pour siéger au sein du conseil régional des personnes accueillies (CRPA) ; il n'a plus aucune attache au Sénégal ;

- pour les mêmes motifs, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne peut être éloigné dès lors qu'il avait de grandes chances d'obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 423-23 du même code ; il a été empêché de déposer une demande de titre de séjour ;

Sur l'arrêté en tant qu'il lui refuse un délai de départ volontaire :

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public et présente des garanties de représentation suffisantes ; il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

- pour les mêmes motifs, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'arrêté en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire :

- il porte atteinte de façon disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il répond aux exigences pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne pourra plus exercer son mandat au CRPA ;

- pour les mêmes motifs, il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le délai d'un an est disproportionné.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 24 février 1975, a fait l'objet d'un arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Il fait appel du jugement du 12 mai 2023 du tribunal administratif de Versailles qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'obligation de quitter le territoire et le refus de délai de départ volontaire :

2. Il résulte des visas de l'arrêté attaqué que le préfet a indiqué les dispositions légales et conventionnelles qui en constituaient le fondement légal, ainsi que les principaux faits motivant ses décisions. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner tous les faits portés à sa connaissance, a notamment indiqué que l'intéressé s'était soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire et a repris certains de ses propos tenus lors de son audition par les services de police du 14 septembre 2022. Il a ainsi suffisamment mentionné les considérations de droit et de fait fondant l'obligation de quitter le territoire et le refus de délai de départ volontaire, quand bien même la durée de présence sur le territoire du requérant ne serait pas précisée, permettant à M. A de contester utilement l'arrêté litigieux. Il a également, ainsi, bien examiné la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, le requérant se prévaut de sa durée de présence sur le territoire de onze ans, de son investissement dans le monde associatif et de ce qu'il a le centre de ses intérêts privés en France. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier qu'il participe régulièrement à des actions en faveur de plusieurs associations et qu'il a été élu en décembre 2021 comme délégué au conseil régional des personnes accueillies, M. A ne justifie d'aucun emploi, d'aucune formation professionnelle, ni d'aucune ressource depuis son entrée sur le territoire en juin 2011. En outre, il est célibataire, sans charge de famille et s'il mentionne la présence de cousins sur le territoire français, il ne justifie pas de la nature et de l'intensité de leur relation. De plus, il ressort du procès-verbal de son audition du 14 septembre 2022 qu'il a indiqué devant les services de police que son frère et sa sœur continuaient de résider au Sénégal où il a lui-même vécu longtemps. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

5. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire.

6. Pour les mêmes motifs qu'indiqués au point 3, M. A ne remplissait pas les conditions d'octroi d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, M. A ne peut utilement soutenir qu'il aurait pu bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il n'a, au demeurant, pas demandé et qui ne sont pas de plein droit. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait pas procéder à son éloignement dès lors qu'il était éligible à un titre de plein droit doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré à plusieurs reprises devant les services de police, lors de son audition du 14 septembre 2022, qu'il ne retournerait pas au Sénégal en cas d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. En outre, il ne conteste pas avoir déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 septembre 2019, qu'il n'a pas exécutée. Par suite, pour ces seuls motifs, le préfet pouvait légalement considérer qu'il y avait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet et lui refuser un délai de départ volontaire, quand bien même il aurait eu des garanties de représentation suffisantes, que son comportement n'aurait représenté aucune menace à l'ordre public ou qu'il aurait tenté de déposer une demande de titre de séjour. Par suite, en refusant un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent.

Sur l'interdiction de retour :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. D'une part, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment celles des articles L. 612-6 et L.612-10 et mentionne qu'en application des dispositions de l'article L. 612-6 de ce code, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'est accordé, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour. Elle précise que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et que la durée de l'interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Cette motivation atteste de la prise en compte des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

12. D'autre part, pour les mêmes motifs qu'indiqués au point 3, et compte tenu de la précédente obligation de quitter le territoire français non exécutée, ainsi qu'il a été dit au point 8, en interdisant à M. A le retour sur le territoire pour une durée d'un an, le préfet n'a pas pris une décision disproportionnée et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre d'État, ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

M. de Miguel, premier conseiller ,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

La rapporteure,

C. Liogier La présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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