mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02627 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELAS NAUSICA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision du 28 juin 2023 par laquelle l'inspectrice d'académie, directrice académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Yvelines, l'a mise en demeure d'inscrire son fils C dans un établissement scolaire public ou privé dans un délai de quinze jours à compter de sa réception et de condamner l'académie de Versailles à lui verser la somme de 300 euros en réparation du préjudice moral causé à son fils.
Par un jugement n° 2306553 du 19 octobre 2023, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, Mme B, représentée par Me Fouret, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler la mise en demeure de scolariser son enfant dans un établissement scolaire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement est irrégulier en l'absence de signature du président-rapporteur, de l'assesseur et du greffier ;
- la mise en demeure d'inscription dans un établissement scolaire est irrégulière car elle méconnaît les dispositions de l'article L. 131-10 du code de l'éducation, prévoyant par un contrôle de s'assurer de l'acquisition progressive du socle commun de connaissances et de compétences, dès lors que les conditions de ce contrôle ne lui ont pas permis de s'exprimer ; l'obtention du diplôme national du brevet par son fils en juin 2023 établit qu'il possédait le niveau requis par le socle commun ; la circonstance que le rectorat ne demande pas le redoublement de son enfant établit aussi qu'il possède le niveau requis ; la décision est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'article R. 131-14 du code de l'éducation a été méconnu.
Par un mémoire, enregistré le 24 avril 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pilven,
- et les conclusions de Mme Villette, rapporteur publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B assure l'instruction à son domicile de son fils C, né le 28 février 2009. Le 6 décembre 2022, un premier contrôle pédagogique a été effectué dont les résultats ont été jugés insuffisants. Un second contrôle pédagogique a eu lieu le 26 avril 2023 afin de procéder à l'évaluation des connaissances et vérifier si des améliorations avaient été apportées à l'enseignement dispensé. Par un courrier du 28 juin 2023, la directrice académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Yvelines a transmis aux parents D le rapport d'évaluation par lequel les personnes chargées du contrôle ont estimé qu'il n'y avait pas d'amélioration et ont relevé que l'enseignement dispensé n'était pas conforme au droit de l'enfant à l'instruction, défini par le code de l'éducation, en portant un avis défavorable à la poursuite de l'instruction en famille. Elle les a mis en demeure d'inscrire leur fils dans un établissement scolaire public ou privé, dans un délai de quinze jours à compter de la réception de ce courrier. Mme B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler cette décision. Elle demande en appel l'annulation du jugement du 19 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement :
2. Il résulte de l'ampliation du jugement attaqué que la minute du jugement a été signée par le rapporteur, le président de la formation de jugement et le greffier d'audience. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué n'aurait pas été signé doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 131-1-1 du code de l'éducation : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté. / Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement. ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé (). Les familles domiciliées à proximité de deux ou plusieurs écoles publiques ont la faculté de faire inscrire leurs enfants à l'une ou l'autre de ces écoles, qu'elle soit ou non sur le territoire de leur commune, à moins qu'elle ne compte déjà le nombre maximum d'élèves autorisés par voie réglementaire. / Toutefois, lorsque le ressort des écoles publiques a été déterminé conformément aux dispositions de l'article L. 212-7, les familles doivent se conformer à la délibération du conseil municipal () déterminant le ressort de chacune de ces écoles () ". L'article L. 131-7 de ce code prévoit que : " L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation invite les personnes responsables de l'enfant à se conformer à la loi et leur fait connaître les sanctions pénales encourues ". Aux termes de l'article L. 131-10 du même code : " Les enfants soumis à l'obligation scolaire qui reçoivent l'instruction dans leur famille, y compris dans le cadre d'une inscription dans un établissement d'enseignement à distance, sont dès la première année, et tous les deux ans, l'objet d'une enquête de la mairie compétente, uniquement aux fins de vérifier la réalité des motifs avancés par les personnes responsables de l'enfant pour obtenir l'autorisation mentionnée à l'article L. 131-5, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille.(). Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. Elles sont également avisées des sanctions dont elles peuvent faire l'objet, au terme de la procédure, en application du premier alinéa de l'article 227-17-1 du code pénal. / Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. Les personnes responsables ainsi mises en demeure sont tenues de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire suivant celle au cours de laquelle la mise en demeure leur a été notifiée () ".
4. Mme B soutient que les deux contrôles pédagogiques réalisés les 6 décembre 2022 et 19 avril 2023, aux termes desquels l'enseignement dispensé en famille a été reconnu comme insuffisant, sont erronés et que le niveau de connaissance de son enfant n'a pas été correctement apprécié dès lors que son fils a obtenu en juin 2023 le diplôme national du brevet, ce qui établit qu'il avait acquis les instruments fondamentaux du savoir, les connaissances de base, les éléments de la culture générale requis par les dispositions de l'article L. 131-1-1 du code de l'éducation. Toutefois, lors du contrôle réalisé le 6 décembre 2022, les inspecteurs ont relevé que si son expression était fluide en anglais, les réponses apportées en sciences étaient confuses et que le travail de la langue écrite devait être renforcé et, lors du contrôle réalisé le 19 avril 2023, que les réponses en physique-chimie manquaient de précision, que cet enfant n'était pas parvenu à résoudre une des deux équations mathématiques de sorte qu'il convenait d'approfondir le calcul littéral. Ces appréciations ne sont pas remises en cause par les résultats obtenus au diplôme national du brevet où le fils de Mme B a certes obtenu une moyenne de 207,5 points sur 400, mais grâce à un bon résultat en anglais de 80/100 compensant ses faiblesses en français, mathématiques, histoire et sciences où, dans ces derniers domaines, il a obtenu des notes inférieures à la moyenne, révélatrices de certaines carences relevées lors des deux contrôles pédagogiques. Par ailleurs, la circonstance que le rectorat n'ait pas demandé le redoublement de l'enfant n'établit aucunement qu'il aurait acquis les connaissances et compétences requises, ces contrôles n'ayant pour seul objet que de se prononcer sur l'acquisition ou non des domaines du socle commun de connaissances et de compétences et non sur l'orientation scolaire et le niveau de classe requis par l'enfant. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.
5. Enfin, aux termes de l'article R. 131-14 du code de l'éducation : " Lorsque l'enfant reçoit l'instruction dans la famille, le contrôle de l'acquisition des connaissances et compétences prescrit par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation se déroule sous la forme d'un entretien avec au moins l'une des personnes responsables de l'enfant soumis à l'obligation scolaire, le cas échéant en présence de ce dernier. Les personnes responsables de l'enfant précisent notamment à cette occasion la démarche et les méthodes pédagogiques qu'elles mettent en œuvre. Afin d'apprécier l'acquisition par l'enfant des connaissances et des compétences mentionnées aux articles R. 131-12 et R. 131-13, l'une au moins des personnes responsables de l'enfant présentent à la personne chargée du contrôle des travaux réalisés par l'enfant au cours de son instruction et l'enfant effectue des exercices écrits ou oraux, adaptés à son âge et à son état de santé ".
6. Mme B soutient que les contrôles se sont déroulés dans des conditions difficiles, en raison notamment du refus des personnels en charge du contrôle d'établir un dialogue avec elle, Toutefois, le rapport du contrôle du 6 décembre 2022 énonce que " La mère explique qu'elle établit ce qui est à travailler en définissant un ordre du jour []. Elle indique qu'il peut y avoir une certaine souplesse, l'objectif étant de rendre C autonome []. La mère explique les difficultés D à réaliser des travaux écrits, ". Il évoque également les manuels, documents et classeurs présentés pour attester des travaux réalisés par l'enfant. Enfin, le rapport de contrôle du 19 avril 2023 fait aussi état des supports pédagogiques présentés et évoque la présentation du projet pédagogique par la mère de l'enfant ainsi que de nombreuses interventions de sa part qui auraient compliqué l'échange avec l'enfant. L'absence d'un tel dialogue n'est donc pas établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 131-14 du code de l'éducation doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur les frais liés à l'instance :
8. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions de Mme B tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera délivrée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président de chambre,
M. Pilven, président-assesseur,
Mme Pham, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
J-E. PilvenLe président,
F. EtienvreLa greffière,
F. Petit-Galland
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026