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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02652

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02652

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02652
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré pour fraude sa carte de résident, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2200351 du 30 juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Mileo, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de cette notification et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation par les premiers juges ;

- la décision de retrait est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant au nombre de ses enfants à la date à laquelle elle a été prise ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît celles de l'article L. 435-1 du même code ;

- elle méconnaît celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Versailles près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 23 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B est une ressortissante congolaise née le 9 avril 1989 à Kinshasa, qui est entré irrégulièrement en France le 2 juin 2014. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire délivrée le 31 juillet 2017 et d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 17 août 2018 et enfin d'une carte de résident de dix ans valable du 15 juillet 2020 au 14 juillet 2030. Par un arrêté du 21 décembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré pour fraude sa carte de résident, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Mme B relève appel du jugement du 30 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. La requérante soutient que le tribunal n'aurait pas sérieusement examiné sa situation. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement. Il est donc sans incidence sur sa régularité et doit être écarté.

4. La décision de retrait en litige est motivée par la fraude au bénéfice de laquelle la requérante a obtenu une carte de résident. Ce motif de fraude suffit à motiver la décision contestée en droit et en fait. De plus, l'arrêté contesté vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise qu'elle ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée avec ses objectifs, alors que par ailleurs il n'existe pas d'obstacle à ce que la vie familiale se poursuive dans le pays d'origine de la requérante. Elle est ainsi suffisamment motivée.

5. Si le préfet a mentionné à tort que la requérante était " mère d'un enfant mineur " alors qu'elle était déjà mère de deux enfants à la date de la décision litigieuse, au cas d'espèce, cette circonstance n'a pas eu d'incidence sur le sens de cette décision et n'en a donc pas affecté la légalité. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit ainsi être écarté.

6. La requérante soutient qu'elle vit en France depuis 2014. Ses trois enfants y sont nés en 2015, 2017 et 2023 et, pour les deux plus âgés, scolarisés. Sa fratrie y réside également. Elle serait bien intégrée, socialement et professionnellement, au sein de la société française. En dépit de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, la requérante ne justifie pas, cependant, d'une qualité d'intégration particulière par les attestations de proches et les preuves d'emploi, notamment comme femme de chambre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée daté de 2019, qu'elle produit en appel. Elle ne justifie d'aucun obstacle à ce que ses jeunes enfants, qui ne sont pas de nationalité française, la suivent et poursuivent leur scolarité dans son pays d'origine où elle a passé la plus grande partie de sa vie. La requérante, qui ne justifie donc pas de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels d'admission au séjour, n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée non plus à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante, laquelle situation a été sérieusement examinée au préalable, ainsi que le révèlent les termes de cet arrêté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance, par l'obligation de quitter le territoire français en litige, des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que celui tiré de ce que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 25 janvier 2024.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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