jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE02859 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP BOIVIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
L'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " a demandé au juge des référés du tribunal administratif d'Orléans, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de déterminer les caractéristiques de la pollution du site affectant le sol et les eaux de la ZAC " Parc Technologique de Sologne ", de préciser toutes les indications et prescriptions nécessaires à la dépollution du site dans la perspective d'une installation industrielle sollicitée par la société Virtuo Vierzon SARL, d'en déterminer le montant, de donner son avis sur les mesures à exécuter d'urgence, d'établir un plan d'intervention visant à la dépollution du site en indiquant les tâches et les responsabilités dévolues aux différents propriétaires, d'évaluer la pertinence de la mesure de compensation proposée, et de manière générale, de produire son appréciation sur tout élément de responsabilité.
Par une ordonnance n° 2303256 du 12 décembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 27 décembre 2023, l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! ", représentée par Me Legrand, avocat, demande au jugé des référés de la Cour :
1°) d'annuler cette ordonnance ;
2°) de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de déterminer les caractéristiques de la pollution affectant le sol et les eaux du site de " La Gratouille ", zone de compensation située à 2,5 kilomètres de la ZAC " Parc Technologique de Sologne ", de préciser toutes les indications et prescriptions nécessaires à la dépollution du site dans le cadre des mesures de compensation de l'emprunte écologique de l'installation industrielle sollicitée par la société Virtuo Vierzon SARL sur le site de la ZAC " Parc Technologique de Sologne ", d'en déterminer le montant, de donner son avis sur les mesures à exécuter d'urgence, d'établir un plan d'intervention visant à la dépollution du site en indiquant les tâches et les responsabilités dévolues aux différents propriétaires, d'évaluer la pertinence de la mesure de compensation proposée, et de manière générale, de produire son appréciation sur tout élément de responsabilité ;
3°) de réserver les dépens.
Elle soutient que :
- le juge des référés de première instance disposait de tous les éléments pour caractériser la perspective contentieuse principale dès lors que l'objet de l'expertise est une zone naturelle faisant l'objet de travaux d'aménagement au titre d'une mesure de compensation écologique, que ce site est notoirement pollué et que la société adverse a produit l'autorisation environnementale autorisant son exploitation ;
- deux recours ont depuis été intentés le 12 décembre 2023 portant, d'une part, sur l'autorisation environnementale, et, d'autre part, sur le permis de construire délivré à la société Virtuo Vierzon SARL, qui viennent confirmer l'utilité d'une expertise étant donné le manque de connaissance sur l'exact état des sols et des cours d'eau et la dangerosité potentielle du site choisi au titre des mécanismes de compensation ;
- le commissaire-enquêteur a préconisé une dépollution du site de " La Gratouille " avant toute opération d'aménagement, mais sans que l'étendue de ces pollutions soient connues ;
- l'utilité de l'expertise résulte également de la vocation qu'a ce site à compenser la destruction de zones humides d'une superficie totale de 13,5 hectares et du danger de compenser une zone naturelle saine par une zone naturelle polluée ;
- les dommages que risquent d'entraîner une pollution des cours d'eau présents sur ce site qui, contrairement à ce qu'indique le dossier du pétitionnaire, sont au nombre de trois et non de un, impliquent que cette pollution soit évaluée de façon précise avant d'envisager des mesures de prévention de ces dommages ;
- la réalisation d'une dépollution du site avant toute opération d'aménagement n'est possible que si une méthode de dépollution est établie, qu'une évaluation financière est prévue et que le rôle des différents acteurs est organisé ;
- l'expertise permet de contribuer à l'identification des responsabilités de cette pollution et de déterminer le cadre d'intervention des différentes parties dans le cadre de la dépollution du site.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la société Virtuo Vierzon SARL, représentée par Me Boivin et Me Gubler, avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les demandes de l'association requérante tendant à ce qu'il soit demandé à l'expert de donner son avis sur les travaux à réaliser et à en fixer le coût, à ce qu'il indique les tâches et les responsabilités dévolues aux différents propriétaires et ce qu'il donne son avis sur la pertinence de la mesure de compensation en indiquant notamment si la zone de " La Gratouille " correspond à une zone humide viables sont irrecevables dès lors qu'elles conduisent l'expert à porter une appréciation juridique ;
- les analyses et informations sollicitées dans le cadre de la demande en référé-expertise ont déjà été réalisées par la société Thema Environnement et présentées au public dans le cadre du dossier de demande d'autorisation environnementale du projet Virtuo ;
- la société Solpol, qu'elle a mandatée pour analyser précisément les remblais présents sur le site de La Gratouille, a pu identifier, quantifier et hiérarchiser les éventuels impacts environnementaux sur le sol résultant de la présence de déchets sur le site et fournir l'ensemble des informations nécessaires à la détermination précise de la nature des déchets présents et leurs filières d'évacuation ;
- il résulte du rapport de la société Solpol que les remblais et sous-sol du site de La Gratouille sont exempts de pollution significative à l'exception de certaines zones remblayées où sont anormalement présents des métaux lourds entre 1 et 3 mètres de profondeur ;
- la commune de Vierzon a procédé, dans le cadre d'une opération de police environnementale qui s'est déroulée entre les mois d'avril et août 2023, à l'identification, à la localisation et au retrait des déchets sauvages présents à différents endroits du site, notamment les matériaux présentant une écotoxicité ;
- la société Virtuo Vierzon SARL entend prendre à sa charge l'évacuation des remblais encore présents sur le site et de tout déchet qui serait abandonné sur ce terrain dans le futur ;
- l'autorisation environnementale du 25 août 2023 règle définitivement la question de la prise en charge de l'ensemble des déchets présents sur le site de " La Gratouille " à ses articles 1.6.2 et 9.2.3.6 en obligeant l'exploitant à évacuer dans des filières réglementaires les déchets présents sur le site et en la chargeant du terrassement avec exports en filière appropriée de l'ensemble des zones de remblais repérés ;
- les risques de pollution du site sont également identifiés et traités par l'autorisation environnementale dans le cadre de la détermination des mesures de compensation ;
- l'association requérante ne démontre pas en quoi les mesures sollicitées présenteraient un caractère d'utilité différent de celles que pourrait ordonner le tribunal administratif d'Orléans dans le cadre de l'instruction des recours pour excès de pouvoir dont il a été saisi alors que les mêmes mesures d'expertise ont été sollicitées devant lui.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, la commune de Vierzon, représentée par la SCP Gerigny et associés, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
3. La société Virtuo Vierzon SARL a sollicité un permis de construire ainsi qu'une autorisation environnementale pour implanter une plateforme logistique sur le site de la ZAC du Parc technologique de Sologne de la Communauté de Communes Vierzon-Sologne-Berry. En raison de l'impact environnemental de ce projet, impliquant l'artificialisation de 13,5 hectares de zones humides, des mesures d'évitement, de réduction et de compensation de l'empreinte écologique ont été envisagées, parmi lesquelles l'amélioration et l'extension d'une zone de compensation sur le site de " La Gratouille ", situé à 2,5 kilomètres du projet. Une étude d'impact obligatoire ainsi qu'une enquête publique ont été réalisées en mars et avril 2023. Par un arrêté du 13 juillet 2023, le maire de la commune de Vierzon a délivré le permis de construire sollicité. Par un arrêté du 25 août 2023, le préfet du Cher a délivré l'autorisation environnementale n° 2023-1436, requise pour la réalisation du projet. L'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " fait appel de l'ordonnance n° 2303256 du 21 novembre 2023 par lequel le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise aux fins de décrire la situation du site " La Gratouille " et des polluants à identifier, de mener les investigations nécessaires et indiquer les travaux de dépollution de nature à remettre le site en état, d'en évaluer le montant et donner son appréciation sur la pertinence du choix dudit site comme mesure de compensation ainsi que sur les responsabilités en cause.
4. Il résulte de l'instruction que, sur les sollicitations de la société Virtuo Vierzon SARL, deux rapports ont été réalisés en septembre et novembre 2023 par les sociétés Thema Environnement et Solpol, toutes deux spécialisées en ingénierie de l'environnement. Ces diagnostics environnementaux identifient précisément les terres polluées sur le site de " La Gratouille ", en particulier les zones de remblais, et proposent différentes solutions en vue de leur évacuation vers des filières adaptées. En outre, un rapport d'information de la police de l'environnement, daté du 11 septembre 2023, fait état de l'évacuation de l'ensemble des déchets visibles sur le site de compensation de " La Gratouille ", à l'exception de cabanes composées de palettes et de planches de bois, qui ne présentent pas d'écotoxicité. Au surplus, il est constant que l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " a introduit deux recours devant le tribunal administratif d'Orléans tendant à l'annulation, d'une part, du permis de construire délivré par la commune de Vierzon le 13 juillet 2023, et, d'autre part, de l'autorisation environnementale n° 2023-1436 accordée par le préfet du Cher le 25 août 2023. Dans ces conditions, l'association requérante ne démontre ni l'utilité des mesures d'expertise sollicitées au regard des études environnementales déjà réalisées, ni que ces mesures présenteraient un caractère d'utilité différent de celles pouvant être ordonnées par le tribunal administratif d'Orléans dans le cadre de l'examen des deux recours précités.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir opposée par la SARL Virtuo Vierzon SARL, que l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande d'expertise comme dépourvue d'utilité. Par suite, sa requête en référé doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
7. Les dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Vierzon ou de la société Virtuo Vierzon SARL, qui ne sont pas, dans la présente instance, des parties perdantes, le versement des frais exposés et non compris dans les dépens ainsi que les entiers dépens demandés par l'association requérante. Il y a lieu en revanche dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " une somme de 1 500 euros à verser respectivement à la société Virtuo Vierzon SARL et à la commune de Vierzon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " est rejetée.
Article 2 : L'association " Hangars, tout camion, c'est non ! " versera respectivement à la société Virtuo Vierzon SARL et à la commune de Vierzon la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association " Hangars, tout camion, c'est non ! ", à la commune de Vierzon, à la société Virtuo Vierzon SARL, au préfet du Cher et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Fait à Versailles, le 7 mars 2024.
Le premier vice-président de la Cour,
président de la 2ème chambre,
B. EVEN
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026