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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00041

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00041

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00041
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL MEDEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme G D a demandé au tribunal administratif d'Orléans, d'une part, d'annuler la décision n° 85 du 14 avril 2021 par laquelle le directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure a refusé de reconnaître le caractère professionnel de sa maladie, à savoir une tendinopathie de l'épaule droite, ensemble les décisions des 27 avril et 27 mai 2021 par lesquelles le directeur des ressources humaines de la direction du Réseau La Poste de Seine et Eure a rejeté les recours gracieux formés contre cette décision et, d'autre part, d'enjoindre à la direction régionale du réseau La Poste de Seine et Eure de la rétablir dans ses droits notamment au regard des arrêts de travail lui ayant été prescrits à compter du 26 novembre 2019, dans un délai d'un mois.

Par un jugement n° 2102142 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif d'Orléans a annulé les décisions en litige, a enjoint au directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure de procéder au réexamen de la demande de Mme D dans un délai de trois mois, et a mis à la charge de La Poste une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles.

Procédure devant la cour :

I) Par une requête n° 24VE00041, enregistrée le 8 janvier 2024, la société La Poste, représentée par Me Soublin, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande de première instance de Mme D ;

3°) de mettre à la charge de Mme D la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre de la première instance et de l'appel.

La Poste soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularités faute pour le tribunal, d'une part, d'avoir sollicité des éléments complémentaires s'agissant du respect du quorum pendant l'instruction, et, faute d'avoir, d'autre part, rouvert l'instruction après la communication de deux notes en délibéré et renvoyé l'affaire ; à supposer même que le tribunal n'ait pas été dans l'obligation de rouvrir l'instruction à réception des notes en délibéré ou à supposer qu'il n'ait pas été dans l'obligation de solliciter des pièces complémentaires qui lui auraient manqué, il devait rouvrir l'instruction dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice ;

- il est insuffisamment motivé quant au caractère insuffisant des attestations pour démontrer que le quorum était atteint ;

- la procédure menée devant la commission de réforme est régulière dès lors que le quorum était atteint ; les avis étant émis à la majorité des membres présents, trois votes étaient nécessaires sur les quatre membres présents ; par ailleurs, il n'est aucunement démontré que l'intéressée aurait sollicité le dossier ni que la communication de son dossier lui aurait été refusée ; les dispositions de l'article 19, alinéa 10, du décret du 14 mars 1986 n'imposent pas de préciser l'heure de la séance de la commission ; la circonstance que les représentants du personnel, régulièrement convoqués, n'aient pas siégé à la commission de réforme n'a pas d'incidence sur la légalité de l'acte dès lors que le quorum est atteint ; la présence d'un médecin spécialiste n'était pas requise ; Mme D a été mise à même de présenter ses observations et de prendre connaissance de son dossier ;

- il n'existe pas de présomption d'imputabilité au service de la pathologie de Mme D puisqu'elle ne réalise pas les mouvements répétés mentionnés au tableau 57 A susceptibles de provoquer cette maladie ; à supposer même que l'agente d'accueil ait à lever les bras à 60° ou 90° d'abduction, elle ne le fait que quelques instants très courts et certainement pas deux heures par jour à 60° en cumulé ou une heure par jour à 90° ;

- en dépit de l'expertise du 22 janvier 2021, et au regard de la nouvelle I.R.M. et de la fiche de poste, il ne peut y avoir de lien entre les activités habituelles exercées à un guichet et la pathologie constatée par les différents experts ; dès lors que Mme D ne démontre pas que, par ailleurs, sa pathologie serait en lien direct avec le service, sa demande d'imputabilité au service ne pouvait qu'être rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré 28 mars 2024, Mme D, représentée par Me Marsault, avocate, conclut au rejet de la requête, à la confirmation de l'annulation des décisions en litige, à ce qu'il soit enjoint à La Poste de la rétablir dans ses droits, notamment au regard des arrêts de travail lui ayant été prescrits à compter du 26 novembre 2019, dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, et à la mise à la charge de La Poste d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est régulier ;

- la procédure devant la commission de réforme est viciée dès lors qu'il n'est pas justifié du quorum requis ; elle n'a pas pu obtenir la communication de son dossier par voie électronique, l'heure de la réunion de la commission de réforme ne lui a pas été précisée, aucun représentant du personnel n'a siégé, et aucun médecin spécialiste n'a participé à la séance ;

- elle réalise des mouvements répétés et des gestes mentionnés au tableau 57 A ;

- la décision contestée portant refus de reconnaître sa maladie imputable au service est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle établit que sa pathologie est directement causée par l'exercice de ses fonctions ;

- les moyens soulevés par La Poste ne sont pas fondés.

II) Par une requête n° 24VE00042, enregistrée le 8 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 25 septembre 2024, la société La Poste, représentée par Me Sublin, avocat, demande à la cour :

1°) de prononcer le sursis à exécution du jugement n° 2102142 rendu le 16 novembre 2023 par le tribunal administratif d'Orléans ;

2°) de mettre à la charge de Mme D une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, en reprenant les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n° 24VE00041, que les dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative trouvent à s'appliquer au regard de l'existence de moyens propres à justifier l'infirmation de la solution retenue par les premiers juges, ainsi que le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées en première instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, Mme D, représentée par Me Marsault, avocate, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de La Poste d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2011-619 du 31 mai 2011 modifié ;

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;

- l'arrêté du 9 janvier 1992 portant création d'un comité médical et d'une commission de réforme auprès de La Poste ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Danielian,

- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,

- et les observations de Me Justal, avocate, substituant Me Soublin, pour La Poste.

Considérant ce qui suit :

1. Fonctionnaire de La Poste depuis 1996, Mme D a occupé les fonctions de factrice jusqu'en 2013, guichetière de 2013 à 2016, puis de chargée de clientèle depuis 2016. Affectée au bureau postal de Vernouillet depuis le mois de février 2019, de manière habituelle à l'agence des Corvées et de manière exceptionnelle à l'agence Plein Sud, elle souffre, depuis novembre 2019, d'une tendinopathie chronique de l'épaule droite avec fissure distale du supra-épineux et des longs biceps. Le 26 décembre 2019, puis le 26 novembre 2020, elle a sollicité la reconnaissance de sa pathologie au titre du tableau 57 A des maladies professionnelles. A la suite de l'avis défavorable émis par la commission de réforme territoriale de La Poste de la DSCC Beauce Sologne le 8 avril 2021, le directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure a, par une décision du 14 avril 2021, refusé de reconnaître le caractère professionnel de la pathologie dont elle souffre. Les deux recours administratifs formés par l'intéressée les 15 avril et 4 mai 2021 ont été respectivement rejetés les 27 avril et 27 mai 2021. Par la requête n° 24VE00041, La Poste fait appel du jugement du 16 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a annulé ces trois décisions, a enjoint au directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure de procéder au réexamen de la demande de Mme D dans un délai de trois mois, et a mis à la charge de La Poste une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles. Par la requête n° 24VE00042, La Poste demande, en outre, à la cour, de prononcer le sursis à exécution du même jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, si La Poste soutient que le jugement attaqué est entaché d'irrégularité faute pour le tribunal d'avoir mis en œuvre ses pouvoirs d'instruction en sollicitant des éléments complémentaires s'agissant du moyen tiré du non-respect du quorum requis, il est constant que ce moyen a été soulevé par Mme D dans son mémoire du 18 juillet 2023 et il appartenait ainsi à La Poste d'apporter toutes précisions et tout document utile afin d'établir la régularité de la procédure menée devant la commission de réforme, sans que le juge ne soit tenu de mettre en œuvre ses pouvoirs d'instruction à cet égard, ni pallier une carence du défendeur sur ce point. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 741-2 du code de justice administrative : " La décision mentionne que l'audience a été publique, sauf s'il a été fait application des dispositions de l'article L. 731-1. Dans ce dernier cas, il est mentionné que l'audience a eu lieu ou s'est poursuivie hors la présence du public. () / Mention est également faite de la production d'une note en délibéré. ".

4. Lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction et au prononcé des conclusions du rapporteur public, d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant la séance au cours de laquelle sera rendue la décision. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans la note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si cette note contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

5. Il ressort des termes du jugement attaqué que celui-ci a visé les notes en délibéré enregistrées au greffe du tribunal administratif d'Orléans les 2 et 6 novembre 2023 par lesquelles La Poste a produit deux attestations. Or il n'est ni établi ni même allégué par La Poste, qu'elle n'aurait pas été en mesure de produire de telles attestations avant la clôture de l'instruction, intervenue trois jours francs avant l'audience du 17 octobre 2023. De ce seul fait, les premiers juges n'étaient pas tenus de prononcer la réouverture de l'instruction et de prendre en compte ces documents qui, au demeurant, ne font état d'aucune circonstance de droit nouvelle ou que les premiers juges auraient dû relever d'office. Par suite, le tribunal administratif, qui n'était tenu ni de rouvrir l'instruction ni de renvoyer l'affaire, n'a pas entaché sa décision d'irrégularité sur ce point.

6. En dernier lieu, La Poste soutient que le jugement est insuffisamment motivé quant au caractère insuffisant des attestations, produites par note en délibéré devant le tribunal, tendant à démontrer que le quorum était atteint. Toutefois, le tribunal n'ayant pas, à bon droit, soumis ces attestations au contradictoire, ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne pouvait en faire état ni motiver les raisons pour lesquelles il ne les a pas retenues. En toute hypothèse, le tribunal a suffisamment motivé, en son point 5, les raisons pour lesquelles il a estimé fondé le moyen tiré de ce que le quorum requis n'était pas atteint et qu'ainsi la procédure suivie devant la commission de réforme était entachée d'un vice susceptible d'avoir privé la requérante d'une garantie. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la requête n° 24VE00041 aux fins d'annulation du jugement attaqué :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires tel que créé par l'ordonnance du 19 janvier 2017 et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat.() () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau () ". Le tableau n° 57 - A- "Epaule " annexé au code de la sécurité sociale, en application de l'article L. 461-1, désigne notamment " la tendinopathie chronique non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs objectivée par IRM " dès lors qu'elle est provoquée par des : " Travaux comportant des mouvements ou le maintien de l'épaule sans soutien en abduction : / - avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins deux heures par jour cumulé ou / - avec un angle supérieur ou égal à 90° pendant au moins une heure par jour en cumulé " le délai de prise en charge étant fixé à six mois sous réserve d'une durée d'exposition de six mois.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, droitière, s'est vue diagnostiquer le 26 novembre 2019 une tendinopathie chronique de l'épaule droite avec fissure distale du supra-épineux et des longs biceps de son épaule droite, laquelle a été objectivée par une IRM du 18 décembre 2019. Une déclaration de maladie professionnelle fondée sur le tableau 57 A dédié aux affections périarticulaires affectant l'épaule provoquées par les gestes et postures au travail, et inscrite aux tableaux des maladies professionnelles prévus à l'article R. 461-3 du code de la sécurité sociale telle que figurant en annexe II de ce code, a été formalisée par certificat médical du Dr C le 26 décembre 2019, puis à nouveau par déclaration le 26 novembre 2020. Une première expertise a été diligentée, le 7 décembre 2020, à la demande de La Poste, aux termes de laquelle le Dr F B, médecin agréé, a conclu à l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la survenue de l'affection et l'exercice par l'intéressée de ses fonctions, a expressément précisé qu'il s'agissait bien d'une maladie présumée professionnelle et a indiqué que tous les arrêts de travail étaient à prendre en charge strictement au titre de la maladie en cause et qu'il n'existait pas d'état antérieur. Sur demande expresse de la commission de réforme réunie le 7 janvier 2021, l'avis d'un médecin spécialiste agréé a été requis, ainsi que la réalisation d'une IRM actualisée. Cette IRM, réalisée le 20 janvier 2021, montre une perforation intérieure de 7 mm avec un acromion agressif avec un probable conflit sous acromial amincissant la coiffe entre le sus et le sous épineux et une tendinopathie distale de 1'infra épineux et du sous scapulaire. Par une seconde expertise, réalisée par le Dr E A, rhumatologue agréé, le 22 janvier 2021, ce dernier a confirmé le diagnostic de tendinopathie de l'épaule droite et a conclu que la maladie était à prendre en charge au titre du tableau 57 A du régime général des maladies professionnelles, que l'état de Mme D n'était pas consolidé et qu'une reprise était possible en mi-temps thérapeutique pendant 3 mois en évitant les gestes au-dessus de l'horizontale. A l'occasion de sa séance du 8 avril 2021, la commission de réforme territoriale a toutefois émis un avis défavorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle au motif que le " Poste de travail n'est pas en rapport avec la maladie professionnelle sollicitée ". La décision en litige du 14 avril 2021 en a déduit qu'eu égard à la fiche de poste, il ne peut y avoir de lien entre les activités habituelles exercées à un guichet et la pathologie constatée par les différents experts.

9. Pour justifier que sa maladie est imputable au service, Mme D se prévaut, outre des deux expertises concordantes des médecins agréés ayant reconnu le caractère professionnel de sa pathologie, du document unique d'évaluation des risques (DUERP) de Vernouillet Les Corvées, où elle travaille de manière habituelle, qui indique que les " 2 agents du guichet manipulent des colis pouvant peser jusqu'à 30 kg plusieurs fois par jour ". La seule circonstance dont se prévaut La Poste et tirée de ce que cette agence de petite taille attire moins de cent clients par jour, sur des plages horaires restreintes et que l'intéressée peut se faire aider par son binôme n'est pas de nature à justifier d'une absence de lien entre les activités habituelles exercées à un guichet et la pathologie constatée, d'autant que le DUERP produit par La Poste relatif à l'Agence Plein Sud, où Mme D est également affectée, précise que " Tous les jours, des clients viennent poster ou récupérer leurs colis, les chargés de clientèle peuvent effectuer des opérations de transport ou de soutien de charges, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement exige l'effort physique, les colis peuvent peser jusqu'à 30 kgs ". Il résulte en outre des photographies de chargés de clientèle et du descriptif des gestes et postures auxquelles ils sont exposés que, travaillant derrière un guichet plaçant l'agent à distance du client, il est indispensable de tendre le bras en effectuant un angle entre 60° en abduction de façon latérale et à plus de 90° en abduction de façon antérieure. A cet égard, si la décision attaquée fait référence à la fiche de poste dédiée aux agents employés en qualité de " chargé de clientèle " celle-ci ne vise, ainsi que le fait valoir Mme D, que les missions et compétences génériques attendues de l'agent, abstraction faite des sujétions et contraintes posturales s'y rapportant. Enfin, Mme D justifie qu'en considération des contraintes physiques inhérentes à son emploi de chargée de clientèle, le médecin du travail a conditionné, le 4 février 2021, sa reprise à temps partiel thérapeutique sur la base de 4h par jour maximum en prohibant expressément les gestes répétitifs du bras droit tendu en avant, en hauteur ou levé vers le latéral, privilégiant l'aide, et en préconisant le repositionnement de la souris pour éviter la torsion de l'épaule vers le latéral, et la limitation du port de charges à 5 kgs avec les coudes serrés au tronc et à 2 kgs avec le bras droit dans une autre posture. Dans ces conditions, et à supposer même qu'il n'existerait pas une présomption d'imputabilité, faute de correspondre aux gestes et travaux limitativement mentionnés dans le tableau 57 A précité des maladies professionnelles, l'ensemble de ces éléments, qui ne sont contredits par aucun justificatif tangible de l'employeur, sont de nature à établir, en l'absence d'état antérieur préexistant, que la tendinopathie chronique de l'épaule droite, dont est affectée Mme D, pour laquelle le médecin du travail a recommandé une adaptation du poste de travail, a été directement causée par l'exercice de ses fonctions de chargée de clientèle. Par suite, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie, le directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure a commis une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que La Poste n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a annulé la décision du 14 avril 2021 du directeur régional du réseau La Poste de Seine et Eure, ensemble les décisions des 27 avril et 27 mai 2021 rejetant les recours administratifs exercés par Mme D.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent arrêt, il y a lieu d'enjoindre à la direction régionale du réseau La Poste de Seine et Eure de reconnaître l'imputabilité au service de la tendinopathie chronique de l'épaule droite dont souffre Mme D et de rétablir cette dernière, ainsi qu'elle le demande, dans ses droits attachés à cette reconnaissance, notamment au regard des arrêts de travail lui ayant été prescrits à compter du 26 novembre 2019, dans un délai d'un mois.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de La Poste une somme de 2 000 euros à verser à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, Mme D n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme demandée à ce titre par La Poste.

Sur la requête n° 24VE00042 aux fins de sursis à exécution du jugement attaqué :

13. La cour statuant par le présent arrêt sur les conclusions de la requête n° 24VE00041 de La Poste tendant à l'annulation du jugement attaqué, les conclusions de sa requête n° 24VE00042 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont privées d'objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 24VE00041 de La Poste est rejetée.

Article 2 : Il est enjoint à La Poste de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie professionnelle de Mme D et de rétablir cette dernière dans ses droits attachés à cette reconnaissance, dans un délai d'un mois.

Article 3 : Le jugement du tribunal administratif d'Orléans du 16 novembre 2023 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 4 : La Poste versera à Mme D une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 24VE00042 de la Poste tendant à ce qu'il soit sursis à exécution du jugement n° 2102142 du tribunal administratif d'Orléans du 16 novembre 2023.

Article 6 : Les conclusions présentées par Mme D dans l'instance n° 24VE00042 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à la société La Poste et à Mme G D.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente-assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2024.

I. La rapporteure,

I. DanielianLa présidente,

L. Besson-LedeyLa présidente,

II. I. DanielianLa greffière,

A. Audrain Foulon

La greffière,

A. Audrain FoulonLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nos 24VE00041, 24VE0004

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