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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00261

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00261

vendredi 28 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00261
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSARL HUBERT VEAUVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler la décision implicite de rejet du 10 mai 2021 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de protection fonctionnelle et de mettre à la charge du SDIS d'Indre et Loire la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2102337 du 28 novembre 2023, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, M. B, représenté par Me Gueret, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de rejet du 10 mai 2021 rejetant sa demande de protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre au président du conseil d'administration du SDIS 37 de lui accorder la protection fonctionnelle ;

4°) de condamner le SDIS d'Indre-et-Loire à lui verser la somme de 30 000 euros au titre du préjudice subi du fait de son harcèlement moral ;

5°) de mettre à la charge du SDIS d'Indre-et-Loire la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les premiers juges ont commis une erreur de droit en faisant exclusivement reposer sur M. B la charge de la preuve ;

- la décision en cause méconnaît les articles 6 quinquies et 11 de la loi du 13 juillet 1983 dès lors qu'il subit des faits de harcèlement n'ayant fait l'objet d'aucune enquête interne de la part du SDIS ;

- il a subi un préjudice dont il justifie, résultant de ce harcèlement moral, à hauteur d'une somme de 30 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, le service départemental d'incendie et de secours d'Indre-et-Loire a conclu au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B occupait les fonctions de sergent-chef au sein du SDIS d'Indre-et-Loire et était affecté depuis 2016 au sein du centre de secours principal (CSP) de Tours Nord Agglomération lorsque le 1er mars 2021,1 il a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral que lui ferait subir l'adjoint au CSP Tours Nord Agglomération. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite de la part du président du conseil d'administration du SDIS d'Indre-et-Loire, dont M. B a demandé l'annulation au tribunal administratif d'Orléans. M. B relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel M. B ne peut donc utilement se prévaloir de l'erreur de droit qu'aurait commise les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " () IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

5. Il en résulte, d'une part, que des agissements de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.

6. D'autre part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe ensuite à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Par ailleurs pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

7. M. B soutient qu'il est victime de harcèlement moral dans une lettre du 27 décembre 2019 par laquelle il expose qu'il présente un mal être au travail, en raison du comportement de l'un des agents du SDIS, adjoint du chef de service, qui aurait commis à son égard des agissement constitutifs de faits de harcèlement moral. Ainsi, il indique notamment qu'il a subi des pressions et des critiques de sa part devant ses autres collègues, dans le cadre de la réalisation de manœuvres et surtout que les plannings de garde ont été modifiés et qu'un jour de congé lui a été retiré sans son accord, les sollicitations pressantes et intempestives de cet agent étant ainsi destinées à le déstabiliser. En outre, il fait état d'une attestation établie par l'un de ses collègues, le 6 octobre 2020, par laquelle ce dernier indique que des propos injurieux ont été tenus à son égard, et mentionne un sondage réalisé le 11 février 2021 au sein du SDIS, à l'initiative du syndicat des sapeurs-pompiers, dont il ressort que les agents interrogés attestent globalement d'une dégradation de leurs conditions de travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et particulièrement d'attestations établies par l'agent auquel il est reproché d'avoir commis des faits de harcèlement moral, par deux lettres du 14 janvier 2020 et du 1er septembre 2021, que les modifications du planning, des congés et de la garde de M. B qu'il dénonce s'expliquent par les nécessités du service, qu'il faut concilier avec l'exercice de ses fonctions à temps partiel depuis du 1er janvier 2018. Il ressort en outre des précisions apportées par cet agent et des pièces du dossier que la réalisation des manœuvres des sapeurs-pompiers n'a fait l'objet d'aucune évaluation de sa part, que M. B n'était pas de garde lors de la semaine où ces manœuvres ont été réalisées et qu'il n'a pas fait l'objet de propos injurieux. Les supérieurs hiérarchiques de M. B ont par ailleurs attesté qu'il n'y avait aucune tension entre ces deux agents, qui ont d'ailleurs peu de gardes en commun. M. B a aussi été invité par l'autorité hiérarchique à se diriger vers le service " mission pilotage de la ressource ", afin de l'accompagner dans la résolution de ses problèmes en lien avec la conciliation de son temps de travail et de sa vie personnelle et sa demande de mise en disponibilité pour une période de trois ans, comprise entre le 5 décembre 2020 et le 4 décembre 2023 inclus a été acceptée.

8. Dans ces conditions, ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal administratif sans faire peser la charge de la preuve sur M. B, les agissements en cause sont justifiés par des considérations propres à l'intérêt et aux nécessités du service, sans qu'il soit besoin d'envisager une enquête interne de la part du président du conseil d'administration du SDIS, les faits mis en avant par l'intéressé n'étant pas susceptibles de faire présumer d'un harcèlement moral à son encontre. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le refus implicite de sa demande de protection fonctionnelle serait illégal et méconnaitrait les textes susvisés. Par suite, les conclusions de M. B aux fins d'annulation de la décision rejetant sa demande de protection fonctionnelle et d'indemnisation d'un préjudice consécutif au harcèlement moral fautif qu'il invoque doivent être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation et d'indemnisation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme sollicitée par M. B soit mise à la charge du SDIS d'Indre-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme sollicitée par le SDIS d'Indre-et-Loire sur le fondement des mêmes dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) d'Indre-et-Loire sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) d'Indre-et-Loire.

Fait à Versailles, le 28 juin 2024.

Le président de la 6ème chambre,

Paul-Louis Albertini

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,00

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