mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE00415 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 du préfet du Val-d'Oise lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Par un jugement n° 2307748 du 11 janvier 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 12 février, 23 avril, 24 avril et 14 mai 2024, M. A, représenté par Me Monconduit, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué et les décisions contestées ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec
autorisation de travail dans le délai de sept jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qui concerne la réponse à ses moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté préfectoral du 15 mai 2023 et du défaut d'examen de sa situation personnelle et professionnelle ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; il ne prend pas en compte son insertion professionnelle en qualité d'ouvrier agricole, métier qui connaît des difficultés de recrutement, depuis le 20 mai 2019, ni ses attaches familiales en France ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être consultée ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit, en s'étant estimé lié par l'avis de la plateforme interrégionale de la main-d'œuvre étrangère ; il n'a pas examiné sa demande au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;
- il a commis une erreur de fait, dès lors que l'ensemble des pièces demandées par la plateforme de la main-d'œuvre étrangère lui ont été fournies ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 2 mai 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente-assesseure de la 1ère chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. A, ressortissant marocain né en 1970, entré en France le 2 mai 2011 muni d'un visa long séjour valant titre de séjour suite à son mariage avec une ressortissante française, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de Français jusqu'au 28 avril 2013, dont il n'a pas demandé le renouvellement. Par un arrêté du 21 août 2018, le préfet du Val-d'Oise a rejeté une première demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, qui n'a pas été exécutée. Le 10 mars 2022, il a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 8 octobre 1987 et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 15 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. A relève appel du jugement du 11 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d'annulation de ces deux décisions.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Aux termes de l'article 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés. "
4. Pour écarter les moyens soulevés par M. A, tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et du défaut d'examen de sa situation personnelle et professionnelle, le tribunal a relevé que l'arrêté attaqué comportait les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qu'il ne ressortissait pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé. Le tribunal a, ainsi, suffisamment motivé sa décision, alors qu'il n'a pas repris, pour écarter ces moyens, les termes de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
5. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. Il ressort des mentions de l'arrêté que, d'une part, celui-ci vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que ceux de l'accord franco-marocain sur lesquels il se fonde et mentionne les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et, d'autre part, il comporte des motifs de fait non stéréotypés, rappelant les conditions d'entrée sur le territoire français de l'intéressé, sa situation administrative, personnelle et familiale, notamment qu'il ne remplit pas les conditions posées par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qu'il est divorcé et sans charge de famille, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et la majeure partie de sa famille, qu'il ne peut justifier d'une expérience professionnelle sur la période allant de mai 2019 à octobre 2022, et qu'il ne peut justifier de sa présence habituelle sur le territoire français au titre des années 2014, 2016 et 2017. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a suffisamment exposé les motifs pour lesquels il a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas de ces motifs que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, ni qu'il se serait cru lié par l'avis défavorable émis par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
9. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord franco-marocain n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
10. D'une part, si M. A soutient que la commission du titre de séjour devait être consultée, il ne justifie de sa présence en France au titre de l'année 2013 que par la seule production de son titre de séjour valable du 29 avril 2012 au 29 avril 2013. La possession d'un titre de séjour en cours de validité ne justifie pas de la présence en France de l'intéressé au cours de l'année 2013. La première preuve de présence au titre de l'année 2014 est constituée par le renouvellement de son passeport, le 20 mai 2014, par le consulat du Maroc à Pontoise. Au titre de l'année 2017, il ne produit qu'une facture de consultation dentaire du 7 février, une ordonnance du 14 avril et des courriers bancaires d'octobre, novembre et décembre 2017 qui ont pu être reçus en son absence à l'adresse de son frère. Dans ces conditions, M. A n'établissant pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté contesté, le moyen ne peut qu'être écarté.
11. D'autre part, M. A se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de son insertion professionnelle depuis le 20 mai 2019 en qualité d'ouvrier agricole, métier qui connaît des difficultés de recrutement, et de la présence en France de son frère et de sa sœur de nationalité française. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, la continuité de son séjour en France n'est pas établie, la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis un avis défavorable au motif que ses demandes de renseignements complémentaires étaient demeurées sans réponse et l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses autres frères et sœurs, et où lui-même a vécu jusqu'à, au moins, l'âge de 41 ans. Si le requérant soutient avoir répondu aux sollicitations de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, une activité salariée exercée depuis quatre ans à la date d'édiction de la décision attaquée ne peut, en tout état de cause, constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour, alors que M. A a fait l'objet d'un précédent arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, pris à son encontre par le préfet du Val-d'Oise le 21 août 2018, qui n'a pas exécuté. Dans ces conditions, eu égard notamment à cette précédente mesure d'éloignement restée sans effet, en refusant d'admettre au séjour à titre exceptionnel M. A et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, si le requérant soutient avoir répondu aux sollicitations de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, cette erreur de fait, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise aurait pris la même décision au vu des conditions de séjour de l'intéressé et de la durée de son activité professionnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Versailles, le 16 juillet 2024.
La présidente-assesseure de la 1ère chambre
de la cour administrative d'appel de Versailles,
,
O. DORION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026