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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE00676

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE00676

jeudi 9 avril 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE00676
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLAFON FRANCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SAS Etablissements Landré a demandé, par deux requêtes distinctes, au tribunal administratif d'Orléans de prononcer, d'une part, la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2017 et de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 et, d'autre part, la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 dans les rôles de la commune d’Athée-sur-Cher (Indre-et-Loire), à raison d’une scierie qu’elle exploite et dont elle est propriétaire.

Par un jugement n°s 2102690, 2102705 du 12 janvier 2024, le tribunal administratif d'Orléans, après les avoir jointes, a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, la SAS Etablissements Landré, représentée par Me Lafon, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) de prononcer, d'une part, la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2017 et de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 et, d'autre part, la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 dans les rôles de la commune d’Athée-sur-Cher, à raison d’une scierie qu’elle exploite et dont elle est propriétaire ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les installations « Cantilever », dont la situation relève d’une appréciation au cas par cas comme l’a précisé la réponse ministérielle Mizzon n°2018 publiée au journal officiel le 27 janvier 2022, ne relèvent pas du 1° de l’article 1381 du code général des impôts tel qu’interprété par la doctrine administrative référencée BOI-IF-10-10-20 et constituent un bien d’équipement spécialisé au sens du 11° de l’article 1382 du code général des impôts : il s’agit d’un matériel industriel qui, bien que lourd, est aisément démontable, sans détérioration du bâti, les étagères pouvant être démontées, soutenues par un transpalette, par simple déboulonnage.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé n’est pas fondé.

Par une ordonnance n° 24VE00914, le président de la cour a transmis au Conseil d’Etat les conclusions de la requête de la SAS Etablissements Landré tendant à la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Hameau,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Etablissements Landré, qui exerce une activité de scierie (transformation de grumes en plots, avivés, bois de charpente, traverses, parquets) à Athée-sur-Cher, a fait l’objet, à la suite d’une vérification de comptabilité qui a donné lieu à deux propositions de rectification du 5 décembre 2016, de modifications de ses bases imposables à la cotisation foncière des entreprises pour les années 2013 à 2017 et à la taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2015 et 2016. Elle a contesté les compléments d’imposition en découlant ainsi que les cotisations primitives de taxe foncière établies au titre des années 2017 et 2018 à partir des bases résultant du contrôle. La société, qui conteste l’inclusion, dans les bases imposables à la taxe foncière sur les propriétés bâties et à la cotisation foncière des entreprises, des installations de type « Cantilever », a demandé au tribunal administratif d’Orléans de prononcer la décharge des impositions supplémentaires de cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2017 et de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016, d’un montant total de 5 571 euros, ainsi que la réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018. Elle fait appel du jugement du 12 janvier 2024 par lequel le tribunal a rejeté ses demandes. Ses conclusions en réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018 ont été transmises au Conseil d’Etat, compétent pour en connaître, par une ordonnance n° 24VE00914.

2. D’une part, aux termes de l’article 1380 du code général des impôts : « La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ». Selon l’article 1381 du même code : « Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication (…) ». Selon l’article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : « Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / (…) / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ; (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article 1495 de ce code, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : « Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation. ». Aux termes du II de l’article 324 B de l’annexe III au même code, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : « Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements [sic] ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ».

3. Pour apprécier, en application de l’article 1495 du code général des impôts et de l’article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d’assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l’article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d’exploitation d’un établissement industriel, c’est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d’un établissement qualifié d’industriel au sens de l’article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d’être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l’article 1381.

4. D’autre part, aux termes de l’article 1467 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : « La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d’une taxe foncière situés en France, à l’exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l’article 1382 (…) ».
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l’assujettissement à l’impôt ou, le cas échéant, s’il remplit les conditions légales d’une exonération.
Sur le terrain de loi fiscale :
6. Il résulte de l’instruction que les installations de type « Cantilever » en litige sont destinées à stocker des pièces de bois transformées ou semi-transformées par la scierie. Les parties s’accordent sur leurs grandes dimensions, qui ressortent d’ailleurs des photographies produites en appel par la requérante. Si ces immobilisations sont théoriquement démontables, au moyen d’importants engins de levage, elles ne sauraient être regardées, compte tenu de leur ancrage au sol sur des assises en béton, de leur importante capacité de stockage, de leurs grandes dimensions et de leur destination, comme amovibles ou mobiles. Compte tenu de ces caractéristiques, ces immobilisations, lesquelles n’ont pas vocation à être déplacées, doivent être regardées comme des installations destinées à stocker des produits au sens du 1° de l’article 1381 du code général des impôts et donc exclues du champ de l’exonération prévue par l’article 1382 du même code.
Sur le terrain de la doctrine :
7. La société requérante, qui ne se prévaut pas des dispositions de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ne saurait utilement invoquer la réponse ministérielle Mizzon n°2018 publiée au journal officiel le 27 janvier 2022 et la doctrine administrative référencée BOI-IF-10-10-20.

8. Il résulte de ce qui précède que la SAS Etablissements Landré n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande de décharge des impositions supplémentaires de cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2017 et de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2015. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Etablissements Landré est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Etablissements Landré et au ministre de l’action et des comptes publics.

Délibéré après l’audience du 24 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2026.


La rapporteure,
M. Hameau
La présidente,
L. Besson-Ledey

La greffière,
T. Tollim


La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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