jeudi 25 septembre 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE01123 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | AYARI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler :
l’arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
l’arrêté du même jour par lequel cette autorité l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et lui a interdit de sortir du département des Yvelines ;
la décision par laquelle la même autorité a ordonné la remise de son passeport.
Par un jugement n° 2402182 du 28 mars 2024, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. B..., représenté par Me Ayari, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d'annuler ces arrêtés et cette décision ;
3°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer, d’une part, un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois suivant la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, d’autre part, un titre de séjour de séjour dans l’attente de ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif a omis de répondre au moyen tiré de ce que l’arrêté portant assignation à résidence méconnaissait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle, en ce qu’elle a été prise sans que le préfet se soit préalablement prononcé sur sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français ;
elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation en ce qu’elle dispose qu’il n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour alors qu’il avait précisément déposé une demande sur le fondement de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le préfet aurait dû, avant d’édicter la mesure d’éloignement en litige, analyser sa demande de titre de séjour ;
il ne pouvait faire l’objet d’une mesure d’éloignement, dès lors qu’il est parent d’un enfant résidant sur le territoire français et qu’il remplissait les conditions pour obtenir le regroupement familial sur place ;
l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entrainera, par voie de conséquence et en application de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’annulation des autres mesures prises à son encontre ;
la décision de refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, qui se fonde sur les dispositions du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, est entachée d’une erreur de fait dès lors qu’il avait sollicité la délivrance d’un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation en ce qu’il présente des garanties de représentation suffisantes au sens de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en ce qu’il justifie de circonstances particulières de nature à remettre en cause la présomption légale de fuite ;
elle est entachée d’une erreur de droit, le préfet ayant procédé à une mauvaise interprétation de ce texte et d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
c’est à tort que le juge de première instance a fait droit à la demande de substitution de base légale présentée par le préfet dès lors qu’il justifie de circonstances particulières de nature à renverser la présomption de risque de soustraction ;
la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle méconnaît les règles figurant aux articles L. 732-1 et L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
les décisions portant assignation à résidence, interdiction de sortie du département des Yvelines et rétention de son passeport seront annulées par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
La requête a été communiquée le 6 juin 2024 au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Bahaj a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien né le 24 mai 1991, déclare être entré en France en décembre 2021. Par deux arrêtés du 11 mars 2024, le préfet des Yvelines l’a, d’une part, obligé à quitter sans délai le territoire français et, d’autre part, assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en lui interdisant de sortir du département sans autorisation. L’intéressé a demandé au tribunal administratif de Versailles l’annulation de ces deux arrêtés ainsi que celle de la décision par laquelle le préfet des Yvelines avait prescrit la rétention de son passeport. Il relève appel du jugement du 28 mars 2024 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement attaqué :
Il ressort du point 5 du jugement attaqué que le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles n’a pas omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance, par l’arrêté portant assignant à résidence, des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de cette omission doit être écarté.
Sur la légalité des décisions contestées :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (…) ».
En l’espèce, l’arrêté du 11 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français vise les textes sur lesquels il se fonde et notamment l’article L. 611-1 (1°) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile qu’il cite d’ailleurs intégralement. Il indique ensuite, après avoir précisé les éléments relatifs à l’identité du requérant, que ce dernier a déclaré être entré irrégulièrement en France en décembre 2021 et qu’il a fait l’objet le 31 janvier 2022 d’une obligation de quitter sans délai le territoire français prise par le préfet de l’Hérault en dépit de laquelle il s’est maintenu sur le territoire. Il précise également que si M. B... s’est marié le 8 décembre 2023 avec une ressortissante française, il ne dispose pas d’un visa de long séjour et ne peut donc bénéficier de la procédure de dépôt de demande de visa auprès de l’autorité préfectorale réservée aux conjoints de français entrés régulièrement sur le territoire français. Il en résulte que la mesure d’éloignement en litige est suffisamment motivée au regard des exigences de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. B... avait déposé, le 5 mars 2024 soit antérieurement à l’édiction de la décision en litige, une demande de titre de séjour auprès des services du préfet des Yvelines, ce qu’il avait précisé à l’officier de police en charge de son audition le 11 mars 2024. Si l’arrêté attaqué énonce à tort, par un motif surabondant, que l’intéressé a déclaré n’avoir effectué aucune démarche depuis son arrivée en France et n’a, a fortiori, sollicité la délivrance d’aucun titre de séjour, une telle erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se fonde sur les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et relève également que le requérant s’est maintenu irrégulièrement en France. Il en résulte que M. B... ne peut utilement soutenir que la mesure d’éloignement en litige serait, de ce fait, entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation. Par ailleurs, compte tenu de la motivation de l’arrêté attaqué telle qu’elle a été rappelée au point 4, l’erreur de fait précitée ne saurait, à elle seule, caractériser un défaut d’examen de la situation personnelle de l’intéressé, alors au demeurant que le seul dépôt d’une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l’autorité administrative prenne une mesure d’éloignement à l’encontre d’un étranger qui, étant en situation irrégulière à la date de cette demande, se trouve dans le cas mentionné au 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En troisième lieu, selon l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version applicable au litige, seul l’étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. B... ne peut utilement soutenir qu’étant parent d’un enfant mineur résidant sur le territoire national, il ne pouvait faire l’objet d’une mesure d’éloignement, alors, au demeurant, que cet enfant ne possède pas la nationalité française.
En quatrième lieu, un étranger qui remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ne peut faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français.
D’une part, et à supposer un tel moyen soulevé, il est en tout état de cause constant que M. B..., qui est entré irrégulièrement sur le territoire français, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en qualité de conjoint de français sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. D’autre part, l’intéressé ne peut utilement soutenir qu’il remplissait les conditions pour être admis au séjour au titre du regroupement familial, cette procédure ayant vocation à bénéficier aux familles de ressortissants étrangers en situation régulière sur le territoire français et non aux conjoints de ressortissants français, comme c’est le cas en l’espèce.
En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
En l’espèce, à supposer que M. B... soit entré en France au mois de décembre 2021 comme il le soutient, il ne serait en mesure de justifier d’une durée de présence sur le territoire français que de deux ans et trois mois à la date de l’arrêté attaqué. S’il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu’il a épousé le 8 décembre 2023 à Argenteuil une ressortissante française, ce mariage était très récent à la date de l’arrêté contesté, alors que l’attestation établie par son épouse postérieurement à cette décision ne suffit pas à établir l’antériorité de cette relation. Si le requérant est le père d’une petite fille de nationalité algérienne née à Nice le 24 août 2018, qu’il a reconnue le 3 février 2022 à l’âge de 3 ans et demi et qui a, à cette date, pris son nom de famille, la seule attestation établie par la mère de cet enfant postérieurement à la décision contestée est insuffisante pour établir que M. B..., qui réside d’ailleurs à Guyancourt dans les Yvelines alors que sa fille réside à Nice dans les Alpes-Maritimes, entretiendrait avec cette dernière une relation intense et stable ou contribuerait de manière effective à son entretien ou son éducation. Par ailleurs, la seule circonstance que le requérant suive une formation d’agent de sécurité incendie ne saurait suffire à caractériser une insertion professionnelle en France. Enfin, l’intéressé avait fait l’objet, le 31 janvier 2022, d’une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d’une interdiction de retour de six mois prises par le préfet de l’Hérault, auxquelles il n’a pas déféré. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet des Yvelines n’a pas porté au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En sixième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. (…) ».
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’annulation de cette décision devrait entraîner, par voie de conséquence, celle des autres mesures prises à son encontre.
En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » et aux termes de l’article L. 612-3 suivant : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (…) / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement (…) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts (…) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».
En premier lieu, pour refuser d’accorder à M. B... un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines s’est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en relevant notamment que l’intéressé, qui ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’avait, depuis lors, pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu’il a été dit au point 6, que M. B... avait déposé, le 5 mars 2024, une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de française. Par suite, la décision en litige ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Toutefois, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... avait déjà fait l’objet, par un arrêté du 31 janvier 2022 pris par le préfet de l’Hérault, d’une obligation de quitter sans délai le territoire français, assortie d’ailleurs d’une interdiction de retour de six mois, à laquelle il n’a pas déféré, ainsi que le précise l’arrêté attaqué du 11 mars 2024. Il s’ensuit que la décision contestée trouve son fondement légal dans les dispositions du 5° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors, en premier lieu, que s’étant soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement, M. B... se trouvait dans la situation où, en application des dispositions du 5° de l’article L. 612-3 précité, le préfet des Yvelines pouvait refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n’a pour effet de priver l’intéressé d’aucune garantie et, en troisième lieu, que l’administration dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’une ou l’autre de ces dispositions. Par suite, c’est à bon droit que le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a procédé à la substitution de base légale sollicitée par le préfet des Yvelines. Il en résulte que le moyen tiré de l’erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée, en ce qu’elle dispose que l’intéressé n’avait sollicité la délivrance d’aucun titre de séjour doit, compte tenu de la substitution de base légale à laquelle il a été procédé, être écarté comme inopérant.
En deuxième lieu, la décision attaquée ayant été prise sur le fondement des dispositions du 5° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et non sur celui des dispositions du 8° de ce texte, M. B... ne peut utilement soutenir qu’il présentait des garanties de représentation suffisantes, en ce qu’il avait remis son passeport aux autorités compétentes et transmis les renseignements relatifs à son identité ainsi qu’à son adresse permanente en France.
En troisième lieu, la seule circonstance que M. B... dispose, en vertu de sa qualité de conjoint de française, du droit à la délivrance d’un visa de long séjour en cas de retour en Algérie, ne saurait constituer, à elle seule et compte tenu du caractère récent du mariage en cause, une circonstance particulière de nature à faire regarder le risque de fuite au sens des dispositions citées au point 15 comme n’étant pas établi en l’espèce. Par suite, les moyens tirés des erreurs de droit et d’appréciation ainsi que du défaut d’examen de la situation personnelle de l’intéressé dont serait entachée la décision contestée, dès lors qu’elle considère que M. B... ne justifie d’aucune circonstance particulière au sens des dispositions de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étranges et du droit d’asile, doivent être écartés.
En quatrième lieu, à supposer que M. B... ait entendu soulever, à l’encontre de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, ceux-ci doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13 du présent arrêt.
En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire ayant été écartés, M. B... n’est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que l’annulation de cette décision devrait entraîner, par voie de conséquence, celle des décisions portant respectivement assignation à résidence, interdiction de sortie du département des Yvelines sans autorisation et rétention de son passeport, également prises à son encontre.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) » et aux termes de l’article L. 732-1 de ce code : « Les décisions d'assignation à résidence (…) sont motivées. ».
L’arrêté portant assignation à résidence attaqué vise les textes sur lesquels il se fonde, particulièrement les articles L. 731-1 et L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il précise ensuite, notamment, que le requérant fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français du 11 mars 2024 notifiée le jour même et que l’autorité administrative peut prendre une décision portant assignation à résidence à l’égard de l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé, en dépit de l’absence de référence expresse aux dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés du défaut d’examen de la situation personnelle de l’intéressé et de la méconnaissance des dispositions citées au point 23 doivent également être écartés.
En deuxième lieu, et en l’absence d’une argumentation distincte développée par le requérant, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent être écartés, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13 du présent arrêt.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Délibéré après l’audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente de chambre,
Mme Bruno-Salel, présidente assesseure,
Mme Bahaj, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.
La rapporteure,
C. Bahaj
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
C. Richard
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026