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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE03434

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE03434

mardi 8 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE03434
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Par une ordonnance n° 2412401 du 29 novembre 2024, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande sur le fondement des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2024, M. B, représenté par Me Besse, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise pris à son encontre et de lui enjoindre de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire et de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à Me Besse, celle-ci renonçant, le cas échéant, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'arrêté en tant qu'il lui refuse un titre de séjour :

- il est entaché d'une erreur de fait ; il est entré régulièrement en France pendant la durée de validité de son visa ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile; il est marié à une ressortissante française avec laquelle il réside depuis octobre 2022 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte de façon disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis 4 ans et avec son épouse de nationalité française ;

Sur l'arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire :

- il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne pouvait donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte de façon disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'état de santé de sa femme nécessite sa présence à ses côtés.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 17 juin 2025, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt à intervenir était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence du juge de première instance pour statuer par ordonnance sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 20 avril 1975, a fait l'objet d'un arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Il fait appel de l'ordonnance du 29 novembre 2024 par laquelle le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, sur le fondement des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité de l'ordonnance :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

3. A l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 5 avril 2024, le requérant soutenait notamment qu'il était entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et portait atteinte de manière disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, faisant valoir, d'une part, son entrée sous couvert d'un visa délivré par les autorités françaises et, d'autre part, son mariage et sa vie commune avec une ressortissante française. Ces moyens, qui n'étaient pas inopérants, étaient assortis de faits susceptibles de venir à leur soutien, contrairement à ce qu'a estimé le premier juge, quand bien même ils n'auraient pas été assortis des pièces justificatives suffisantes. Par suite, la demande de M. B n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et ne pouvait être examinée que par une formation collégiale. Il suit de là que l'ordonnance du président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 29 novembre 2024 est entachée d'irrégularité et doit être annulée pour ce motif.

4. Il y a lieu, par suite, d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par le requérant devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Sur la légalité de l'arrêté du 5 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise :

5. En premier lieu, il résulte des visas de l'arrêté litigieux que le préfet a indiqué les dispositions légales et conventionnelles qui en constituaient le fondement légal, ainsi que les principaux faits motivant sa décision, à savoir, notamment, l'absence de visa de long séjour et d'entrée régulière sur le territoire et la situation privée et familiale de l'intéressé portée à sa connaissance. Ce faisant, il a précisé les considérations de droit et de fait fondant son arrêté, permettant au requérant de le contester utilement. En outre, le préfet a spontanément examiné la possibilité de régulariser la situation de M. B, au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

7. Pour refuser un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet a considéré que le requérant ne disposait pas d'un visa de long séjour et qu'il ne justifiait pas être entré en France lors de la durée de validité de son visa. Le requérant soutient qu'il serait entré pendant la durée de validité du visa qui lui avait délivré pour la période du 15 août 2019 au 14 août 2020. Toutefois, d'une part, le visa dont il se prévaut est un visa " C " de court séjour, ne remplissant pas les exigences de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a quitté le territoire marocain le 17 février 2020 et qu'il est entré sur le territoire espagnol le 18 février 2020, les pièces qu'il produit, à savoir un certificat médical de février 2020 et une attestation listant des transferts d'argent qui ne portent, au demeurant, pas son numéro de passeport, ne suffisent pas à établir qu'il n'a pas quitté la France après cette date et avant son mariage avec une ressortissante française en juin 2023, alors qu'il effectue des allers et retours fréquents entre la France et le Maroc de façon régulière depuis 2016. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait ni qu'il méconnaîtrait tant les dispositions de l'article L. 423-1 que celles de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, eu égard à ce qui précède, le requérant ne remplissait pas les conditions pour l'obtention d'un titre de plein droit sur le fondement des dispositions citées au point précédent. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Le requérant se prévaut principalement de son mariage et de sa vie commune avec une ressortissante française. Toutefois, sa résidence habituelle sur le territoire n'est attestée par des pièces concordantes qu'à compter de l'automne 2021, soit un an et demi avant l'arrêté litigieux. En outre, s'il est constant qu'il est marié depuis le 17 juin 2023 avec une ressortissante française, seulement huit mois avant l'arrêté litigieux, leur vie commune n'est justifiée que par des documents administratifs peu probants, fondés sur ses propres déclarations, tels que les quittances de loyer, les factures d'électricité et des documents d'assurance, tous datés de 2023 au plus tôt, soit seulement un an avant l'arrêté litigieux. Avant cette date, les seules attestations de son épouse, sous la forme de formulaires, ne permettent pas de justifier de leur vie commune à compter d'octobre 2022, ainsi qu'il le prétend. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que son épouse est invalide et que son état nécessite sa présence, les seuls certificats médicaux qu'il produit, postérieurs à l'arrêté en litige, sont peu circonstanciés et ne permettent pas de l'établir. Enfin, le requérant ne justifie d'aucun emploi, ni d'aucune ressource et il ne conteste pas qu'au moins trois de ses enfants et sa mère résident au Maroc, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. En conséquence, en édictant l'arrêté attaqué, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant de façon disproportionnée au regard des buts poursuivis par cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté litigieux n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2024 du préfet du Val-d'Oise. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'ordonnance n° 2412401 du 29 novembre 2024 du président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulée.

Article 2 : La demande de M. B présentée devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et le surplus des conclusions de sa requête sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

La rapporteure,

C. Liogier La présidente,

L. Besson-Ledey La rapporteure,

C. LIOGIERLa présidente,

L.Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La greffière,

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 2

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