Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Par un jugement n° 2409330 du 2 avril 2025, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 mai 2025, M. B..., représenté par Me Besse, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler cet arrêté ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
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la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
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elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
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elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière dès lors que le préfet du Val-d’Oise aurait dû consulter la commission du titre de séjour en application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
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elle est entachée d’une erreur de fait, dès lors qu’elle mentionne à tort qu’il ne justifie pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine ;
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le préfet a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
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elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d’illégalité du refus de séjour ;
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la circonstance qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile fait obstacle à son éloignement ;
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elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
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la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
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l’accord franco‑marocain du 9 octobre 1987 modifié ;
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le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
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le code des relations entre le public et l’administration ;
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le code de justice administrative.
Par une décision en date du 1er septembre 2025, la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a désigné M. Camenen, président, pour statuer par ordonnance en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les (…) magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
M. B..., ressortissant marocain né le 17 novembre 1979, entré en France au mois de février 2011 muni d’un visa Schengen valable du 31 janvier 2011 au 19 février 2011 selon ses déclarations, a présenté le 5 mars 2024 une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par l’arrêté contesté du 30 mai 2024, le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. M. B... relève appel du jugement du 2 avril 2025 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande d’annulation de cet arrêté.
En premier lieu, l’arrêté contesté vise l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne que si M. B... déclare séjourner en France depuis le mois de février 2011, il n’établit sa présence de façon probante qu’à compter de l’année 2023, et que l’intéressé ne justifie d’aucune considération humanitaire ni d’aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation au titre de la vie privée et familiale. Il précise en outre que M. B..., qui est célibataire et sans charge de famille, n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine et ne remplit donc pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision portant refus de séjour est, ainsi, suffisamment motivée, alors même qu’elle ne fait pas état des attaches familiales précises dont dispose le requérant en France, ainsi que de l’emploi qu’il occupe depuis le mois de novembre 2023.
En deuxième lieu, il ressort des motifs de l’arrêté contesté que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B....
En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet du Val-d’Oise a entaché sa décision de refus de titre de séjour d’une erreur de fait, dès lors qu’il y est mentionné, à tort, qu’il n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. A cet égard, si M. B... justifie de la présence régulière sur le territoire français de ses parents, titulaires d’une carte de résident, de quatre sœurs de nationalité française ainsi que d’un frère, en possession d’une carte de résident, il n’est cependant pas établi qu’il est dépourvu de toute attache familiale dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de fait dont serait entachée la décision contestée doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. Lorsqu’elle envisage de refuser la demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l’autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l’article L. 432-14. (…) ».
D’une part, le requérant soutient que l’arrêté contesté a été pris au terme d’une procédure irrégulière, en ce que le préfet du Val-d’Oise aurait dû consulter la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il réside habituellement en France depuis plus de dix ans. Toutefois, M. B... ne justifie pas de sa présence habituelle sur le territoire national au cours des années 2020 à 2022 en se bornant à produire, premièrement, au titre de l’année 2020, des relevés bancaires datés des mois de janvier, février, mars et mai puis septembre et décembre, deuxièmement, au titre de l’année 2021, un avis d’imposition faisant état d’une absence de revenus déclarés, un courrier faisant droit à sa demande tendant au bénéfice de l’aide médicale d’État, des relevés bancaires datés des mois de janvier à avril ainsi que juillet et septembre, lesquels font au demeurant état d’un très faible nombre d’opérations réalisées, et, enfin, au titre de l’année 2022, un avis d’imposition faisant également état d’une absence de revenus déclarés, un courrier faisant droit à sa demande tendant au bénéfice de l’aide médicale d’Etat, une carte d’aide médicale d’Etat valable d’avril 2022 à avril 2023 ainsi qu’une promesse d’embauche datée du mois de décembre 2022. Dans ces conditions, à la date de l’arrêté litigieux, M. B... ne justifiait pas d’une durée de résidence habituelle sur le territoire français supérieure à dix années. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d’un vice de procédure faute pour le préfet du Val-d’Oise d’avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour, ne peut qu’être écarté.
D’autre part, l’appelant se prévaut de sa présence en France depuis février 2011, de ses attaches familiales sur le territoire, sa présence étant notamment nécessaire auprès de ses parents, ainsi que de son intégration professionnelle depuis le mois de novembre 2023. Toutefois, M. B... ne justifie pas, ainsi qu’il a été dit au point précédent, du caractère habituel de sa présence en France depuis 2011, et s’y est en tout état de cause maintenu irrégulièrement suite à l’expiration de son visa le 19 février 2011. Par ailleurs, si le requérant, célibataire et sans charge de famille, justifie de la présence régulière en France de ses parents, de quatre sœurs ainsi que d’un frère, il n’établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d’origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. En outre, si M. B... fait valoir que l’état de santé de ses parents nécessite sa présence à leurs côtés, il n’établit ni même n’allègue que l’aide qu’il apporte aux intéressés ne pourrait pas être assurée par sa fratrie. Enfin, si le requérant se prévaut de son emploi d’aide électricien depuis le mois de novembre 2023, cette activité, exercée depuis moins d’une année à la date de la décision litigieuse, n’est pas de nature à caractériser une insertion professionnelle suffisamment ancienne et stable. Dans ces conditions, en considérant que l’admission au séjour de M. B... ne relevait pas de considérations humanitaires et ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet du Val-d’Oise n’a pas entaché sa décision de refus de séjour d’une erreur manifeste d’appréciation.
En cinquième lieu, dans les circonstances de fait énoncées au point précédent, en refusant de délivrer un titre de séjour et en faisant obligation de quitter le territoire français à M. B..., le préfet du Val-d’Oise n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B... doit être écarté.
En sixième lieu, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, le requérant n’établit pas l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé à l’appui de la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
Enfin, lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu’il puisse légalement faire l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Tel n’est pas le cas de la mise en œuvre de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d’un titre de plein droit mais laisse à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Le législateur n’a ainsi pas entendu imposer à l’administration d’examiner d’office si l’étranger remplit les conditions prévues par cet article. Par suite, si M. B... soutient que sa situation relève de circonstances humanitaires et de motifs exceptionnels d’admission au séjour, au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ce moyen est inopérant à l’encontre de la décision décidant son éloignement. En tout état de cause, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, c’est sans entacher sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation que le préfet du Val-d’Oise a estimé que la situation du requérant ne relevait pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels d’admission au séjour.
Il résulte de ce qui précède que la requête d’appel de M. B... est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Versailles, le 14 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
G. Camenen
La République mande et ordonne au ministre d’État, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.