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AccueilJurisprudence administrativeN° 446809

Conseil d'État — Décision N° 446809

vendredi 22 avril 2022

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier446809
ECLIECLI:FR:CECHS:2022:446809.20220422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre jugeant seule
Avocat requérantCABINET COLIN - STOCLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

La société par actions simplifiée Pioneer Semences a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler, d'une part, la décision du 19 février 2015 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a déclaré non conformes 900 sacs de semences de maïs de la variété P9213 devant être en conséquence détruits ou expédiées dans un pays tiers de l'Union européenne et la décision du 20 avril 2015 par lesquelles il a rejeté son recours gracieux et, d'autre part, la décision du 3 mars 2016 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a déclaré non conformes 180 sacs de semences de maïs et la décision du 30 mai 2016 par laquelle il a confirmé le caractère non conforme de ces sacs de semences et suspendu la mesure de destruction tout en interdisant leur mise sur le marché. La société à responsabilité limitée Pioneer Génétiques a demandé au même tribunal d'annuler l'arrêté du 16 mars 2017 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a ordonné de procéder à la réexportation de 864 sacs de semences de maïs à destination d'un pays tiers de l'Union européenne autorisant leur culture. Par un jugement nos 1503428, 1601932, 1602603, 1702258 du 6 mars 2018, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté leurs demandes.

Par un arrêt n° 18BX01910 du 22 septembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel formé par les sociétés Pioneer Semences et Pioneer Génétiques contre ce jugement.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 novembre 2020 et 23 février 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la société Pioneer Semences et la société Pioneer Génétiques demandent au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer et de saisir la Cour de justice de l'Union européenne de la question préjudicielle suivante : " Les dispositions de la directive 2001/18/CE et du règlement (CE) n° 1829/2003 permettent-elles l'interdiction de la dissémination dans l'environnement et de la mise sur le marché de semences conventionnelles contenant des traces fortuites et en quantité infime (soit inférieure à 0,1 %, soit en deçà du seul de quantification) d'OGM autorisés pour l'alimentation humaine et animale mais ne bénéficiant pas d'une autorisation de mise sur le marché pour la culture' " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 ;

- le règlement (CE) n° 1829/2003 du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2003 ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Rose-Marie Abel, maître des requêtes en service extraordinaire,

- les conclusions de Mme Marie-Gabrielle Merloz, rapporteure publique ;

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SAS Boulloche, Colin, Stoclet et Associés, avocat des sociétés Pioneer Semences et Pioneer Génétiques ;

Vu la note en délibéré, enregistrée le 25 mars 2022, présentée par les sociétés Pioneer Semences et Pioneer Génétiques.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ".

2. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'elles attaquent, les sociétés Pioneer Semences et Pioneer Génétiques soutiennent que la cour administrative d'appel de Bordeaux :

- a commis une erreur de droit en jugeant qu'une autorisation de mise sur le marché d'OGM obtenue au titre du règlement (CE) n° 1829/2003 pour les produits destinés à l'alimentation humaine ou animale ne peut être regardée comme valant autorisation de dissémination dans l'environnement lors de la mise en culture ;

- a commis une erreur de droit en jugeant que le caractère intentionnel de l'introduction d'une substance OGM n'est pas une condition d'application du régime d'autorisation prévu par le règlement (CE) n° 1829/2003 et la directive 2001/18/CE ;

- a commis une erreur de droit en regardant le régime d'autorisation prévu par la directive 2001/18/CE et par le règlement (CE) 1829/2003 comme ayant établi un cadre juridique complet pleinement applicable à tous les OGM destinés à la culture dans l'ensemble de l'Union européenne en tant que semences ou autres matériels de multiplication végétale ;

- a commis une erreur de droit en jugeant qu'il ne résulte ni de la directive 2001/18/CE ni des dispositions du règlement no 1829/2003 que le législateur européen aurait fixé un seuil minimal en dessous duquel la dissémination, même fortuite, dans l'environnement de quantités même infimes d'OGM présents dans des semences destinées à la mise en culture dans l'Union européenne serait néanmoins admissible en vertu d'une dérogation instituée par le droit européen ou par le droit des Etats membres sous le contrôle préalable des autorités européennes compétentes, et en ce qu'il a considéré que la directive et le règlement imposent le respect d'une règle de " tolérance zéro ".

3. Aucun de ces moyens n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Le pourvoi des sociétés Pioneer Semences et Pioneer Génétiques n'est pas admis.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Pioneer Semences et la société à responsabilité limitée Pioneer Génétiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la relance et au ministre de l'agriculture et de l'alimentation.

Délibéré à l'issue de la séance du 24 mars 2022 où siégeaient : M. Guillaume Goulard, président de chambre, présidant ; M. Stéphane Verclytte, conseiller d'Etat et Mme Rose-Marie Abel, maître des requêtes en service extraordinaire-rapporteure.

Rendu le 22 avril 2022.

Le président :

Signé : M. Guillaume Goulard

La rapporteure :

Signé : Mme Rose-Marie Abel

La secrétaire :

Signé : Mme A B

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