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AccueilJurisprudence administrativeN° 459274

Conseil d'État — Décision N° 459274

mercredi 2 mars 2022

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier459274
ECLIECLI:FR:CECHR:2022:459274.20220302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationB
Formation5ème et 6ème chambres réunies
Avocat requérantSCP MELKA-PRIGENT-DRUSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. D C a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lyon d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne l'a suspendu de ses fonctions et d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de lui verser sa rémunération. Par une ordonnance n° 2108951 du 24 novembre 2021, le juge des référés a fait droit à sa demande.

Par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 22 décembre 2021 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de M. C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Ségolène Cavaliere, maître des requêtes en service extraordinaire,

- les conclusions de Mme Cécile Barrois de Sarigny, rapporteure publique.

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Melka-Prigent-Drusch, avocat du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne et à la SCP Ricard, Bendel-Vasseur, Ghnassia, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Il ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés du tribunal administratif de Lyon que, par une décision en date du 15 septembre 2021, le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne a suspendu de ses fonctions M. C, adjoint administratif hospitalier principal de deuxième classe, jusqu'à ce qu'il satisfasse à l'obligation de vaccination contre la covid-19 prévue par l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Le CHU de Saint-Etienne se pourvoit en cassation contre l'ordonnance du 24 novembre 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lyon a suspendu l'exécution de cette décision, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus de l'article L.521-1 du code de justice administrative.

3. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ".

4. En adoptant, pour l'ensemble des personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, à l'exception de celles y effectuant une tâche ponctuelle, le principe d'une obligation vaccinale à compter du 15 septembre 2021, le législateur a entendu, dans un contexte de progression rapide de l'épidémie de covid-19 accompagné de l'émergence de nouveaux variants et compte tenu d'un niveau encore incomplet de la couverture vaccinale de certains professionnels de santé, garantir le bon fonctionnement des services hospitaliers publics grâce à la protection offerte par les vaccins disponibles et protéger, par l'effet de la moindre transmission du virus par les personnes vaccinées, la santé des personnes qui y étaient hospitalisés. Il en résulte que l'obligation vaccinale prévue par les dispositions législatives citées au point précédent s'impose à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé mentionné à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes malades ou des professionnels de santé.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en se fondant, pour juger qu'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée le moyen tiré de ce que M. C est soustrait à l'obligation vaccinale, sur la circonstance que le magasin central du CHU de Saint Etienne dans lequel il travaille se trouve sur un site distinct de celui des autres locaux de cet établissement de santé, le juge des référés a commis une erreur de droit.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens du pourvoi, le CHU de Saint-Etienne est fondé à demander l'annulation de l'ordonnance qu'il attaque.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 821-2 du code de justice administrative et de régler l'affaire au titre de la procédure de référé.

8. Pour demander la suspension de la décision contestée, M. C soutient qu'elle est signée par une autorité qui n'avait pas compétence pour prendre une telle décision, qu'elle revêt le caractère d'une sanction déguisée, qu'elle est, par suite, insuffisamment motivée et que la localisation de son lieu d'exercice professionnel le dispense de toute obligation vaccinale.

9. Aucun de ces moyens n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, la demande de M. C tendant à la suspension de cette décision doit être rejetée.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du CHU de Saint-Etienne qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme que demande la CHU de Saint-Etienne au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : L'ordonnance du 24 novembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Lyon est annulée.

Article 2 : La demande présentée par M. C devant le juge des référés du tribunal administratif de Lyon est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne et à M. D C.

Copie en sera adressée au ministre des solidarités et de la santé.

Délibéré à l'issue de la séance du 14 février 2022 où siégeaient : Mme Christine Maugüé, présidente adjointe de la section du contentieux, présidant ; M. A H, M. Fabien Raynaud, présidents de chambre ; M. M B, Mme F L, Mme J N, M. E K, M. Cyril Roger-Lacan, conseillers d'Etat et Mme Ségolène Cavaliere, maître des requêtes en service extraordinaire-rapporteure.

Rendu le 2 mars 2022.

La présidente :

Signé : Mme Christine Maugüé

La rapporteure :

Signé : Mme Ségolène Cavaliere

La secrétaire :

Signé : Mme I G459274XQE5ZPA0

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