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AccueilJurisprudence administrativeN° 473476

Conseil d'État — Décision N° 473476

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier473476
ECLIECLI:FR:CECHS:2023:473476.20231110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre jugeant seule
Avocat requérantSCP ZRIBI, TEXIER;SARL LE PRADO – GILBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

La société anonyme à responsabilité limitée Armement Frezal et la société d'assurance mutuelle des armateurs et professionnels de la pêche ont demandé au tribunal administratif de Nîmes de condamner la commune du Grau-du-Roi (Gard) et la société mutuelle d'assurances des collectivités locales (SMACL) à leur verser respectivement les sommes de 10 227,15 euros et de 6 865,82 euros en réparation de l'avarie subie par le navire de pêche " Marinette Guy " en avril 2017 dans le chenal d'accès au port du Grau-du-Roi.

Par un jugement n° 1900006 du 30 avril 2020, le tribunal administratif de Nîmes a condamné la commune du Grau-du-Roi et la SMACL à verser à la société Armement Frezal la somme de 10 050,02 euros, et celle de 6 865,82 euros à la société d'assurance mutuelle des armateurs et professionnels de la pêche, et a rejeté l'appel en garantie présenté par la commune du Grau-du-Roi à l'encontre de la région Occitanie.

Par un arrêt n° 21TL02499 du 21 février 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse a, d'une part, sur appel de la commune du Grau du Roi et de la SMACL, condamné la région Occitanie à les garantir à hauteur de 50 % des sommes que le tribunal administratif de Nice les a condamnés à verser à la société Armement Frezal et son assureur, et rejeté le surplus de leurs conclusions, d'autre part, rejeté les conclusions de la région Occitanie et, enfin, rejeté l'appel incident de la société Armement Frezal et son assureur.

1° Sous le n° 473476, par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 avril et 24 juillet 2023 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la commune du Grau du Roi et la SMACL demandent au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) de mettre à la charge de la société Armement Frezal, de la société d'assurance mutuelle des armateurs et professionnels de la pêche et de la région Occitanie le versement à la commune du Grau-du-Roi et à la société mutuelle d'assurances des collectivités locales de la somme globale de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2° Sous le n° 473561, par un pourvoi sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 avril et 25 juillet 2023 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la région Occitanie demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler cet arrêt ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la commune du Grau-du-Roi et de la société mutuelle d'assurances des collectivités locales la somme globale de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Julien Eche, maître des requêtes,

- les conclusions de Mme Dorothée Pradines, rapporteure publique,

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à Me Haas, avocat de la commune du Grau-du-Roi et de la société Mutuelle d'assurances des collectivités locales, et à la SCP Zribi, Texier, avocat de la région Occitanie ;

Considérant ce qui suit :

1. Les deux pourvois susvisés sont dirigés contre le même arrêt. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même décision.

2. Aux termes de l'article L. 822-1 du code de justice administrative : " Le pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat fait l'objet d'une procédure préalable d'admission. L'admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n'est fondé sur aucun moyen sérieux ".

3. Pour demander l'annulation de l'arrêt qu'elles attaquent, la commune du Grau-du-Roi et la SMACL soutiennent que la cour administrative d'appel de Toulouse a :

- commis une erreur de droit en faisant application de l'arrêté du préfet du Gard du 17 septembre 1982 concédant à la commune la charge de l'entretien des ouvrages du port alors, d'une part, qu'il était devenu caduc au moment du transfert de la propriété du port au département du Gard et, d'autre part, que l'entretien et la gestion des ports relèvent désormais, en application de l'article 22 de la loi du 7 août 2015, de la région Occitanie ;

- commis une erreur de droit et dénaturé les faits pour juger que la commune ne justifiait pas de l'entretien normal de l'ouvrage public portuaire alors qu'elle justifiait avoir procédé à son dragage moins d'un moins avant la date du sinistre ;

- dénaturé les faits en limitant à 50 % la condamnation de la région Occitanie à la garantir des sommes versées à la société Freezal et son assureur alors que la carence de celle-ci à faire respecter l'interdiction de pêche à la ligne dans le port constitue la cause prépondérante, si ce n'est exclusive, du dommage.

4. Pour demander l'annulation du même arrêt, la région Occitanie soutient que la cour administrative d'appel de Toulouse a :

- dénaturé les faits de l'espèce pour retenir l'existence d'un lien de causalité entre la présence de fils de pêche dans le port du Grau-du-Roi et l'avarie subie par le navire de pêche " Marinette Guy " ;

- commis une erreur de droit, à tout le moins insuffisamment motivé sa décision, en retenant la responsabilité du gestionnaire du port sans rechercher si le lien de causalité entre l'avarie et le défaut d'entretien des ouvrages portuaires était direct et certain, à tout le moins inexactement qualifié les faits en retenant l'existence d'un tel lien de causalité alors que rien n'indique que l'entretien des ouvrages portuaires aurait permis d'éviter la réalisation du dommage ;

- commis une erreur de droit en retenant sa responsabilité du fait de l'absence de mesures suffisantes visant à garantir le respect de son arrêté interdisant la pêche à la ligne dans le port sans exiger de faute lourde, à tout le moins, d'une part, inexactement qualifié les faits dès lors que les mesures prises pour faire respecter son arrêté de police excluait de retenir l'existence d'une faute lourde et, d'autre part, commis une erreur de droit ou insuffisamment motivé sa décision en ne caractérisant pas sa carence à faire respecter l'interdiction édictée ;

- commis une erreur de droit en faisant peser sur elle une obligation de résultat quant au respect par les tiers du règlement prévu par les dispositions de l'article L. 5331-10 du code des transports et inexactement qualifié les faits en retenant qu'elle avait commis une faute ;

- inexactement qualifié et dénaturé les faits en retenant l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre sa faute et le préjudice subi par la société Frezal et son assureur ;

- commis une erreur de droit, à tout le moins insuffisamment motivé sa décision, en retenant sa responsabilité sans rechercher si le lien de causalité entre l'avarie et sa supposée carence à faire exécuter l'interdiction de pêcher dans le port était direct et certain, à tout le moins inexactement qualifié les faits en retenant l'existence d'un tel lien de causalité alors que rien n'indique que la mesure en œuvre d'autres mesures pour faire respecter l'interdiction aurait permis d'éviter la réalisation du dommage ;

- dénaturé les faits en évaluant à 50 % sa responsabilité dans la survenance du dommage alors que la faute imputable à la commune du Grau-du-Roi constitue la cause prépondérante, si ce n'est exclusive, du dommage.

5. Ces moyens ne sont pas de nature à permettre l'admission des pourvois.

D E C I D E :

--------------

Article 1er : Les pourvois de la commune du Grau-du-roi et de la SMACL et de la région Occitanie ne sont pas admis.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la commune du Grau-du-Roi, à la société mutuelle d'assurances des collectivités locales et à la région Occitanie.

Copie en sera adressée à la société Armement Frezal et la société d'assurance mutuelle des armateurs et professionnels de la pêche.

Délibéré à l'issue de la séance du 19 octobre 2023 où siégeaient : M. Nicolas Boulouis, président de chambre, présidant ; M. Jean-Yves Ollier, conseiller d'Etat et M. Julien Eche, maître des requêtes-rapporteur.

Rendu le 10 novembre 2023.

Le président :

Signé : M. Nicolas Boulouis

Le rapporteur :

Signé : M. Julien Eche

La secrétaire :

Signé : Mme Eliane Evrard

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