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AccueilJurisprudence administrativeN° 496084

Conseil d'État — Décision N° 496084

mercredi 8 avril 2026

JuridictionConseil d'État
SectionSection du Contentieux
N° Dossier496084
ECLIECLI:FR:CECHS:2026:496084.20260408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre jugeant seule
Avocat requérantSCP SPINOSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Grenoble d’annuler pour excès de pouvoir, d’une part, la délibération du 23 juillet 2018 par laquelle le conseil municipal de Val-d’Isère (Savoie) a décidé de céder à la société à responsabilité limitée (SARL) Holdispan, ou à toute société qui s’y substituerait, le lot n° 2 résultant de la division en volumes de parcelles situées rue de la Legettaz, ainsi que les décisions implicite et expresse de rejet de son recours gracieux contre cette délibération et, d’autre part, la délibération du 4 février 2019 approuvant la modification de l’état descriptif de division de ces parcelles, ainsi que le plan de division en découlant, et décidant de la vente à cette même société, ou à toute autre qui s’y substituerait, des lots en volume n° 4 et 6 résultant de cette nouvelle division. Par un jugement n°s 1900352, 1902466 du 19 octobre 2021, ce tribunal, après avoir admis les interventions en défense des sociétés Holdispan et Chalet Izia, a annulé les délibérations du 23 juillet 2018 et du 4 février 2019, ainsi que la décision du 7 décembre 2018 rejetant le recours gracieux de M. A... contre cette première délibération, et enjoint à la commune de Val-d’Isère, à défaut de résolution amiable, de saisir le juge du contrat pour tirer les conséquences de l’annulation de ces délibérations, dans le délai de six mois à compter de la notification de ce jugement.

Par un arrêt nos 21LY04155, 21 LY04255, 21LY04256, la cour administrative d’appel de Lyon a, sur appel des sociétés Holdispan et Chalet Izia et de la commune de Val-d’Isère, annulé ce jugement, dit qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la commune à fin de sursis à exécution de ce jugement et rejeté la demande présentée par M. A....

Par une décision n° 470192 du 18 octobre 2023, le Conseil d’Etat, statuant au contentieux a annulé cet arrêt et renvoyé l’affaire à la cour administrative d’appel de Lyon.

Par un arrêt n° 23LY03246 du 16 mai 2024, la cour administrative d’appel de Lyon a annulé le jugement du tribunal administratif, dit qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la commune à fin de sursis à exécution de ce jugement et rejeté la demande présentée par M. A....

Par un pourvoi sommaire, un mémoire complémentaire et deux mémoires en réplique, enregistrés les 17 juillet 2024, 8 octobre 2024, 13 novembre 2025 et 5 février 2026 au secrétariat du Conseil d’Etat, M. A... demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler les articles 2 et 3 de cet arrêt ;

2°) réglant l’affaire au fond, de rejeter l’appel des sociétés Holdispan et Chalet Izia et de la commune de Val-d’Isère et d’enjoindre à cette commune, d’une part, d’ordonner la remise en état des lieux dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard durant un an, puis de 1 500 euros par jour de retard pour la période postérieure, et d’autre part, de faire reprendre les travaux pour que les charges de l’immeuble à construire ne soient plus supportées par les lots en volume nos 4 et 6, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard durant un an, puis de 1 500 euros par jour de retard pour la période postérieure ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Val-d’Isère la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative ;




Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Juliette Amar-Cid, maîtresse des requêtes,


- les conclusions de M. Romain Victor, rapporteur public ;

La parole ayant été donnée, après les conclusions, à la SCP Spinosi, avocat de M. A..., à la SCP Rocheteau, Uzan-Sarano & Goulet, avocat de la commune de Val-d'Isère et à la SAS Boucard, Capron, Maman, avocat de la société Holdispan et de la société Chalet Izia ;

Vu la note en délibéré, enregistrée le 2 mars 2026, présentée par la commune de Val-d’Isère ;





Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que le conseil municipal de Val-d’Isère (Savoie) a, par deux délibérations des 23 juillet 2018 et 4 février 2019 et après établissement d’un état descriptif de division en volumes, autorisé la cession à la société à responsabilité limitée (SARL) Holdispan, ou à toute société qui s’y substituerait, en vue de la construction d’un hôtel et d’un bâtiment à usage d’habitation, de lots de volumes situés sur les parcelles AI n° 1, AH n° 290, AH n° 291 et AH n° 292 dont cette commune était propriétaire. Par un jugement du 19 octobre 2021, le tribunal administratif de Grenoble, saisi par M. A..., contribuable de la commune, a annulé ces délibérations, ainsi que la décision du 7 décembre 2018 du maire de Val-d’Isère rejetant le recours gracieux de M. A... tendant au retrait de la délibération du 23 juillet 2018. M. A... se pourvoit en cassation contre l’arrêt du 16 mai 2024 par lequel la cour administrative d’appel de Lyon, statuant sur renvoi après annulation de son arrêt du 3 novembre 2022 par la décision n° 470192 du 18 octobre 2023 du Conseil d’Etat, a annulé ce jugement, dit qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête présentée par la commune à fin de sursis à exécution de ce jugement et rejeté sa demande.

2. D’une part, si une collectivité publique ne peut céder un élément de son patrimoine à un prix inférieur à sa valeur à une personne poursuivant des fins d’intérêt privé, la cession par une commune d'un bien à une entreprise pour un prix inférieur à sa valeur ne saurait être regardée comme méconnaissant ce principe lorsque la cession est justifiée par des motifs d'intérêt général et comporte des contreparties suffisantes.

3. D’autre part, il appartient au juge de l’excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S’il peut écarter des allégations qu’il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l’auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu’il avance. Il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d’allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l’administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d’instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l’administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

4. En jugeant, au seul motif que les sujétions techniques qui se seraient imposées sur l’ensemble des parcelles en litige auraient différé de celles auxquelles étaient soumis les terrains dont M. A..., qui avait produit plusieurs exemples de transactions récentes dans lesquelles le mètre carré de terrain constructible en front de neige, à proximité des parcelles en litige, avait été valorisé entre 4 000 et 5 000 euros, faisait état pour demander l’annulation des délibérations contestées, que M. A... ne pouvait être regardé comme apportant des éléments de comparaison pertinents probants concernant un projet similaire de nature à établir que la cession des lots en litige aurait été autorisée pour un prix inférieur à leur valeur, la cour administrative d’appel a dénaturé les pièces du dossier qui lui était soumis et méconnu les règles rappelées au point 3.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de son pourvoi, M. A... est fondé à demander l’annulation des articles 2 et 3 de l’arrêt qu’il attaque.

6. Aux termes du second alinéa de l’article L. 821-2 du code de justice administrative : « Lorsque l’affaire fait l’objet d’un second pourvoi en cassation, le Conseil d’Etat statue définitivement sur cette affaire ». Le Conseil d’Etat étant saisi, en l’espèce, d’un second pourvoi en cassation, il lui incombe de régler l’affaire au fond dans la mesure de la cassation prononcée.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

7. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération devenue définitive du 19 décembre 2017, le conseil municipal de Val-d’Isère a autorisé la cession à la société Holdispan de lots de volumes assis sur la parcelle AI n° 1 pour un prix de 5 177 400 euros, à parfaire si la surface de planchers de la construction édifiée dépassait 4 981 mètres carrés. Si les délibérations du 23 juillet 2018 et du 4 février 2019 se réfèrent à la vente de lots de volumes assis sur les parcelles AI n° 1, AH n° 290 et, pour la dernière, AH nos 291 et 292, en autorisant des cessions dans les conditions décrites dans la délibération du 19 décembre 2017, les délibérations de 2018 et 2019 doivent, nonobstant la circonstance qu’elles auraient seulement permis la construction d’un ensemble immobilier dont la surface globale de planchers aurait atteint celle de 4 981 mètres carrés mentionnée dans la délibération de décembre 2017, être regardées, d’une part, comme étant seulement confirmatives de cette dernière délibération en tant qu’elles portent, de manière divisible, sur la parcelle AI n° 1 et, d’autre part, comme autorisant, s’agissant de la délibération du 23 juillet 2018, la cession de la parcelle AH n° 290, d’une consistance de 557 mètres carrés et, s’agissant de la délibération du 4 février 2019, la cession de volumes assis sur les parcelles AH nos 291 et 292, dont la consistance totale est de 44 mètres carrés.

8. En décidant la cession de la parcelle AH n° 290, terrain appartenant à son domaine privé et dont il ressort des pièces du dossier que la valeur au mètre carré n’était pas inférieure à 3 870 euros par mètre carré au sol, et, accessoirement, celle des volumes assis sur les parcelles AH nos 291 et 292 faisant également partie de son domaine privé, sans autre supplément de prix que celui qui pouvait, le cas échéant, résulter du dépassement du seuil, n’ayant d’ailleurs vocation à jouer que de manière marginale, de 4 981 mètres carrés de plancher construits, et alors qu’il n’est ni soutenu que le prix fixé initialement aurait été surévalué ni fait état de motifs d’intérêt général ou de contreparties qui justifieraient une cession du terrain à un prix inférieur à sa valeur, la commune a méconnu le principe rappelé au point 2. Est sans incidence à cet égard la circonstance qu’après achèvement des travaux par la société substituée à la société Holdispan, il s’est avéré que, par rapport au seuil de 4 981 mètres carrés, une surface supplémentaire de plancher de 197,20 mètres carrés a été construite et qu’un complément de prix de 277 730 euros a été versé à ce titre à la commune.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par M. A..., la commune de Val-d’Isère et les sociétés Holdispan et Chalet Izia ne sont pas fondées à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a annulé pour le motif qu’il a retenu les délibérations du 23 juillet 2018 et du 4 février 2019, ainsi que la décision du 7 décembre 2018 rejetant le recours gracieux formé par M. A.... La commune de Val-d’Isère et les sociétés Holdispan et Chalet Izia ne sont pas davantage fondées à demander l’annulation de l’injonction prononcée par le tribunal administratif, dont elles ne critiquent le bien-fondé que par voie de conséquence.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

10. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure ».

11. Les conclusions de M. A... tendant à ce qu’il soit enjoint à la commune de Val-d’Isère d’ordonner la remise en état des lieux et d’exécuter des travaux pour que les charges de l’immeuble ne soient plus supportées par les volumes nos 4 et 6 ne peuvent qu’être rejetées, eu égard aux effets qui continuent en l’état à s’attacher à l’acte de vente du 15 mars 2019.

Sur les frais d’instance :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que des sommes soient mises à ce titre à la charge de M. A..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Val-d’Isère la somme de 3 000 euros à verser à M. A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :
--------------

Article 1er : Les articles 2 et 3 de l’arrêt du 16 mai 2024 de la cour administrative d’appel de Lyon sont annulés.

Article 2 : Les conclusions d’appel de la commune de Val-d’Isère et des sociétés Holdispan et Chalet d’Izia, ainsi que leurs conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La commune de Val-d’Isère versera à M. A... la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B... A..., à la commune de Val-d’Isère, à la société à responsabilité limitée Holdispan et à la société à responsabilité limitée Chalet Izia.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Délibéré à l'issue de la séance du 26 février 2026 où siégeaient : Mme Emilie Bokdam-Tognetti, présidente de chambre, présidant ; M. Jonathan Bosredon, conseiller d'Etat et Mme Juliette Amar-Cid, maîtresse des requêtes-rapporteure.

Rendu le 8 avril 2026.

La présidente :
Signé : Mme Emilie Bokdam-Tognetti


La rapporteure :
Signé : Mme Juliette Amar-Cid

Le secrétaire :
Signé : M. Aurélien Engasser




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