vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1901048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEMES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mars 2019, la société civile immobilière La Manoupa, prise en la personne de son représentant légal en exercice, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 13 décembre 2018 par lequel le maire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin s'est opposé à la déclaration de travaux qu'elle a déposée en vue de la création d'une surface de plancher enterrée sur un terrain situé 65 avenue Winston Churchill, parcelle cadastrée AB 46, à Roquebrune-Cap-Martin.
La société requérante soutient que :
- le classement de la parcelle assiette du projet en site classé n'est pas établi ;
- la réglementation relative aux sites classés ne peut fonder l'opposition à la déclaration préalable litigieuse ;
- l'avis de l'architecte des Bâtiments de France est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet ne porte pas atteinte à la qualité du paysage et qu'il n'est pas visible depuis l'extérieur du terrain litigieux ni même de l'intérieur de la parcelle ;
- le projet de construction est conforme aux dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Roquebrune-Cap-Martin ;
- la réalisation du projet, un local à usage de bureau, permettra l'embauche de deux personnes ;
- un projet similaire a été autorisé sur le territoire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, la commune de Roquebrune-Cap-Martin, prise en la personne de son maire en exercice, conclut, à titre principal, au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des frais liés au litige.
La commune de Roquebrune-Cap-Martin fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison du défaut d'accomplissement des formalités prescrites par l'article R. 600-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société requérante sont inopérants dès lors qu'elle se trouvait en situation de compétence liée pour s'opposer aux travaux objets de la déclaration préalable en raison de l'avis conforme défavorable du préfet en date du 7 novembre 2018 ;
- à titre infiniment subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022 :
- le rapport de Mme Barbara Le Guennec, conseillère,
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lalli, représentant la commune de Roquebrune-Cap-Martin.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (ci-après, " SCI ") La Manoupa a déposé le 22 octobre 2018 une déclaration préalable en vue de la création d'une surface de plancher enterrée sur un terrain situé 65 avenue Winston Churchill, parcelle cadastrée AB 46, à Roquebrune-Cap-Martin. Par un arrêté du 13 décembre 2018, le maire de Roquebrune-Cap-Martin s'est opposé à ladite déclaration préalable. La SCI La Manoupa demande l'annulation de l'arrêté en date du 13 décembre 2018.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 425-17 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site classé ou en instance de classement, la décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable ne peut intervenir qu'avec l'accord exprès prévu par les articles L. 341-7 et L. 341-10 du code de l'environnement : a) Cet accord est donné par le préfet () après avis de l'architecte des Bâtiments de France, lorsque le projet fait l'objet d'une déclaration préalable () ". Selon l'article L. 341-10 du code de l'environnement : " Les monuments naturels ou les sites classés ne peuvent ni être détruits ni être modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale () ". De plus, l'article R. 341-10 de ce code dispose que : " L'autorisation spéciale prévue aux articles L. 341-7 et L. 341-10 du présent code est délivrée par le préfet lorsqu'elle est demandée pour les modifications à l'état des lieux ou à leur aspect résultant : () 2° des constructions, travaux ou ouvrages soumis à déclaration préalable en application des articles R. 421-9 à R. 421-12 et R. 421-17 et R. 421-23 du code de l'urbanisme ".
3. Il résulte de ces dispositions que la décision de non-opposition à déclaration préalable est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans un site classé, à l'accord du préfet, après avis de l'architecte des Bâtiments de France. En l'absence d'accord du préfet, le maire est, en principe, en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable. Si la décision du préfet ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de l'illégalité de ce refus, notamment de l'erreur d'appréciation, peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.
4. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Roquebrune-Cap-Martin, en remettant en cause le bien-fondé de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France en date du 7 novembre 2018, reprise intégralement dans l'avis conforme défavorable du préfet en date du 7 novembre 2018, la SCI La Manoupa peut être regardée comme ayant entendu se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'avis conforme défavorable du préfet des Alpes-Maritimes.
5. En premier lieu, la requérante soutient que le classement de la parcelle en site classé n'est pas établi. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le secteur, dans lequel est inclus le terrain d'assiette, se situe au Cap Martin qui, par un décret du 26 décembre 1974 a été classé parmi les sites pittoresques du département des Alpes-Maritimes. Au demeurant, il ressort de la déclaration de travaux déposée le 22 octobre 2018 que la requérante elle-même a précisé que le projet se situait en " site classé ". Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, le classement d'un site sur le fondement des dispositions figurant au code de l'environnement n'a ni pour objet ni pour effet d'interdire toute réalisation d'équipement, construction ou activité économique dans le périmètre de classement, mais seulement de soumettre à autorisation tout aménagement susceptible de modifier l'état des lieux. Pour apprécier la légalité d'une décision refusant une telle autorisation, il appartient au juge administratif d'apprécier l'impact sur le site de l'opération, eu égard à sa nature, à son ampleur et à ses caractéristiques, en tenant compte de la superficie du terrain concerné par les travaux à l'intérieur du site ainsi que, le cas échéant, de la nature des compensations apportées à l'occasion de l'opération et contribuant, à l'endroit des travaux ou ailleurs dans le site, à l'embellissement ou l'agrandissement du site.
7. Pour refuser cette autorisation, le préfet, reprenant l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, a retenu que l'extension à usage de bureau prévue, bien que recouverte d'une couche de terre, supprime de l'espace vert de pleine terre, ce qui porte atteinte à la qualité du paysage du site classé.
8. D'une part, contrairement à ce que soutient la société requérante, il résulte du principe énoncé au point 6 que la réglementation au titre des sites classés peut fonder une opposition à déclaration préalable. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. D'autre part, si, pour contester l'appréciation portée, la société requérante soutient que le projet ne serait pas visible ni depuis l'extérieur, ni depuis l'intérieur de la parcelle, elle n'apporte aucun élément susceptible de venir au soutien de cette allégation alors même qu'il ressort des pièces du dossier que le projet entrainera une extension de plus de quatre mètres de longueur en façade au sein de laquelle deux ouvertures en fenêtres seront créées. Par ailleurs, la requérante, qui se borne à affirmer que le projet ne porte pas atteinte à la qualité du paysage, n'apporte aucun élément précis de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'architecte des Bâtiments de France concernant, notamment, la suppression d'espaces verts en pleine terre et son impact sur la qualité du site. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet des Alpes-Maritimes doit être écarté.
10. Par suite et dès lors que l'illégalité de la décision du préfet en date du 7 novembre 2018 n'est pas établie, le maire était en situation de compétence liée pour s'opposer au projet.
11. En tout état de cause, la circonstance, au demeurant non démontrée, que le projet de construction serait conforme aux dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Roquebrune-Cap-Martin est sans incidence sur la légalité du motif d'opposition à la déclaration préalable, lequel est exclusivement fondé sur l'atteinte à la qualité du paysage du site classé. De même, les circonstances que la société requérante a pour projet d'embaucher deux personnes au sein de ce bureau et qu'un projet similaire a été autorisé sur le territoire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin sont également, et en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Roquebrune-Cap-Martin, que la SCI La Manoupa n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 13 décembre 2018 par lequel le maire de la commune de Roquebrune-Cap-Martin s'est opposé à la déclaration de travaux qu'elle a déposée.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI la Manoupa la somme demandée par la commune de Roquebrune-Cap-Martin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI La Manoupa est rejetée.
Article 2: Les conclusions présentées par la commune de Roquebrune-Cap-Martin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la société civile immobilière La Manoupa et à la commune de Roquebrune-Cap-Martin.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 30 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
B. Le Guennec
Le président,
signé
F. Silvestre-Toussaint-FortesaLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N°1901048
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026