mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1901268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AONZO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 mars 2019, le 19 février 2021 et le 12 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Le Goff, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le règlement intérieur relatif à la mise en place d'une consultation de médecine générale au sein du centre hospitalier universitaire de Lenval à Nice, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'association SOS Médecins la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le règlement intérieur attaqué revêt le caractère d'acte administratif dès lors qu'il porte sur l'organisation de la permanence de soins qui constitue une mission de service public ;
- il est entaché d'erreurs de droit dès lors qu'il méconnaît les dispositions des articles L. 6111-1-1, L. 6314-1, R. 6315-1, R. 6315-2 et R. 6315-6 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'un détournement de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 juillet 2019 et le 15 octobre 2021, l'association SOS Médecins, représentée par Me Hentz, conclut à l'incompétence du juge administratif, au non-lieu à statuer, à l'irrecevabilité de la requête et à son rejet. Elle demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est portée devant une juridiction incompétente pour en connaître dès lors qu'elle porte sur une convention de droit privée conclue entre deux personnes privées ;
- la requête ne présente plus d'objet à statuer ;
- la requérante n'a pas produit l'intégralité de la décision attaquée et n'a pas saisi la fondation Lenval d'une demande préalable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 janvier 2023, l'instruction a été immédiatement clôturée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère,
- les conclusions de M. Soli, rapporteur public,
- et les observations de Me Hentz, représentant SOS Médecins.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er janvier 2015, une convention est conclue entre SOS Médecins et la fondation Lenval pour la mise en place d'une consultation de médecine générale au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Lenval à Nice. Conformément à l'article 3 de cette convention, un règlement intérieur définit les modalités d'organisation de cette consultation. Estimant que ce règlement intérieur ne respecte pas le cadre juridique de la mission de service public d'organisation de la permanence de soins, Mme B a demandé à SOS Médecins, par courrier du 18 novembre 2018 reçu le 21 novembre suivant, l'abrogation des dispositions qu'elle estime irrégulières. Aucune réponse ne lui a été apportée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler le règlement intérieur relatif à la mise en place d'une consultation de médecine généraliste au CHU de Lenval à Nice, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur l'incompétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article R. 6141-53 du code de la santé publique : " Les fondations hospitalières sont des personnes morales de droit privé à but non lucratif. () ".
3. Sauf si la loi en dispose autrement, les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l'une des parties agit pour le compte d'une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l'accessoire d'un contrat de droit public.
4. Il résulte de l'instruction que le règlement intérieur attaqué a été pris conformément à l'article 3 de la convention pour la mise en place d'une consultation de médecine générale au sein du CHU de Lenval à Nice conclue, le 1er janvier 2015, entre SOS Médecins et la fondation Lenval. Il résulte également de l'instruction que, d'une part, SOS Médecins est une association de droit privé, soumise à la loi du 1er juillet 1901, et donc une personne morale de droit privé, et d'autre part, que la fondation Lenval est également une personne morale de droit privé à but non lucratif au sens de l'article R. 6141-53 du code de santé publique précité. Par ailleurs, le CHU de Lenval à Nice, qui doit accueillir la consultation de médecine générale, est un établissement de santé privé d'intérêt collectif (ESPIC) et donc une personne morale de droit privé. Dans ces conditions, il est constant que la convention, sur le fondement de laquelle a été pris le règlement intérieur attaqué, a été conclue entre deux personnes privées. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette convention a été conclue au nom et pour le compte d'une personne publique. Il s'ensuit que le litige relatif au règlement intérieur, qui est un accessoire de la convention de droit privé, relève de la compétence du juge judiciaire.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le non-lieu à statuer et les fins de non-recevoir opposés par SOS Médecins, que la présente requête est présentée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de SOS Médecins, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
7. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 000 euros à verser à SOS Médecins au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Mme B versera à SOS Médecins la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la fondation Lenval et à SOS Médecins.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Soler, conseillère,
assistés de Mme Gialis, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F. PASCALLa greffière,
signé
E. GIALIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
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