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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1901506

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1901506

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1901506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBIANCOTTO ARNAUBEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er avril 2019 et le 19 septembre 2019, l'association Groupement pour la Responsabilisation Environnementale et l'Education à la Nature (GREEN), représentée par Me Arnaubec, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2019 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a temporairement renouvelé les autorisations d'agrainage de dissuasion des sangliers à certaines sociétés de chasse.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt et d'une capacité à agir ;

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission départementale de chasse et faune sauvage n'a pas été consultée ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 120-1 du code de l'environnement ;

- il méconnaît les dispositions des articles 11, 14 et 16 de la directive du conseil de l'Europe du 21 mai 1992 relative à la conservation des habitats naturels et les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'environnement ;

- il est illégal dès lors qu'il se fonde sur l'arrêté n° 2015-1178 du 23 décembre 2015 approuvant le schéma départemental de gestion cynégétique des Alpes-Maritimes qui est lui-même illégal ; l'arrêté du 23 décembre 2015 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il autorise l'agrainage comme mode de dissuasion alors qu'il a pour conséquence d'aider au surpeuplement en favorisant la reproduction de ces animaux ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'agrainage favorise l'augmentation de la population de sanglier ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il a pour objectif d'augmenter la population de sanglier au profit des chasseurs.

Par des mémoires, enregistrés le 26 juin 2019 et le 27 avril 2020, la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association GREEN une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle dispose d'un intérêt à agir ;

- l'association GREEN n'a pas d'intérêt à agir ; elle ne démontre pas en quoi l'arrêté attaqué lui fait grief ;

- elle n'a pas la qualité d'association agréée au sens de l'article L. 141-1 du code de l'environnement ;

- la requête est irrecevable ; elle ne satisfait pas aux obligations de l'article 5 de la loi du 1er juillet 1901 dès lors qu'elle n'a pas modifié son adresse ;

- elle ne dispose pas de la capacité d'ester en justice ;

- la commission de chasse et de faune sauvage n'avait pas à être consultée dès lors que l'arrêté attaqué est un arrêté d'application du schéma départemental de gestion cynégétique, lequel a été approuvé par un arrêté du 23 décembre 2015 ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 120-1 du code de l'environnement est inopérant dès lors que la mise en œuvre de cet arrêté n'a aucune incidence sur l'environnement ;

- l'arrêté n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;

-l'arrêté du 23 décembre 2015 n'est entaché d'aucune illégalité et l'association requérante ne l'a pas contesté en temps utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'association n'établit pas que la décision qu'elle conteste porterait atteinte aux buts qu'elle s'est fixée à l'article 2 de ses statuts ;

- l'arrêté n'est entaché d'aucun vice de procédure ;

- il ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 120-1 du code de l'environnement ;

- il ne méconnait pas les dispositions de la directive du 21 mai 1992 ;

- il ne méconnaît pas l'arrêté approuvant le schéma départemental de gestion cynégétique ;

- il n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'est entaché d'aucun détournement de pouvoir.

Par ordonnance du 2 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté préfectoral du 23 décembre 2015 approuvant le schéma départemental de gestion cynégétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, représentant la préfecture des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 février 2019, le préfet des Alpes-Maritimes a renouvelé les autorisations d'agrainage de dissuasion des sangliers à certaines sociétés de chasse pour la période allant du 1er mars 2019 au 30 avril 2019. Par la présente requête, l'association Groupement pour la Responsabilisation Environnementale et l'Education à la Nature (GREEN) demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aucune disposition législative ou règlementaire n'imposait la consultation de la commission départementale de chasse et faune sauvage avant que le préfet des Alpes-Maritimes ne prenne l'arrêté attaqué, ni la consultation du public en vertu des dispositions de l'article L 120-1 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'association requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de la directive de l'Union européenne du 21 mai 1992, celle-ci ayant été intégralement transposée en droit interne, notamment par la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement, par le décret n° 95-631 du 5 mai 1995 relatif à la conservation des habitats naturels et des habitats d'espèces sauvages d'intérêt communautaire et par le décret n° 2001-1031 du 8 novembre 2001 relatif à la procédure de désignation des sites Natura 2000 et modifiant le code rural.

4. En troisième lieu, l'association requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'environnement, l'arrêté attaqué n'ayant pas pour objet l'approbation du schéma départemental de gestion cynégétique.

5. En quatrième lieu, l'association GREEN soutient, par la voie de l'exception d'illégalité, que l'arrêté du 23 décembre 2015 portant approbation du schéma départemental de gestion cynégétique est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'agrainage dissuasif des sangliers entraine l'augmentation de la population de sangliers. Toutefois, il ressort du schéma départemental de gestion cynégétique des Alpes-Maritimes pour la période 2016-2021 que le développement des ongulés sauvages et particulièrement du sanglier a eu pour effet d'accroitre les dégâts agricoles et que, afin d'en limiter les conséquences, s'il est possible, dans certains cas, de proposer du matériel de protection aux agriculteurs, l'agrainage peut également contribuer à réduire les dégâts agricoles et les dégâts aux biens des personnes en éloignant les sangliers des zones sensibles. Par ailleurs, le schéma départemental de gestion cynégétique, qui fixe les principales conditions d'agrainage, prévoit également que l'agrainage dissuasif est subordonné à une autorisation individuelle, qu'il est interdit dans certaines zones précisément délimitées et que l'autorisation individuelle d'agrainage ne peut être délivrée que sur la période du 1er mars au 31 octobre de l'année en cours. Egalement, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'agrainage des sangliers aurait pour effet d'entrainer une augmentation de la population des sangliers. La fédération départementale des chasseurs produit notamment un article de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage dont il ressort que l'agrainage de dissuasion n'est pas le responsable, d'un point de vue biologique, du problème démographique des populations de sangliers et que l'arrêt de l'agrainage n'entrainera pas de réduction significative de la reproduction ou de la mortalité massive puisque les sangliers auront la possibilité de trouver de la nourriture directement dans les cultures. Ces constats sont confirmés par les autres pièces du dossier, notamment les données chiffrées produites en défense. En effet, il ressort des tableaux de données que bien avant l'instauration de la pratique de l'agrainage, le nombre de sangliers était déjà en augmentation avec un nombre de 1 406 sangliers abattus en 1989 et 5 803 sangliers abattus en 2004. Ainsi, la population animale des sangliers était déjà en augmentation constante, que l'agrainage soit ou non pratiqué. Aussi, par ses allégations générales, et en soutenant principalement que l'agrainage ne vise en réalité qu'à satisfaire l'intérêt des chasseurs, l'association GREEN ne démontre pas que l'autorisation d'agrainage prévue par le schéma départemental de gestion cynégétique aurait pour effet d'augmenter la population des sangliers. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception d'illégalité, de ce que l'arrêté du 23 décembre 2015 portant approbation du schéma départemental de gestion cynégétique est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En cinquième lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées au point précédent, et alors que l'arrêté attaqué autorise l'agrainage de manière temporaire, l'association requérante, qui ne démontre pas qu'il a conduit à une concentration de sangliers et à l'augmentation des dégâts, n'est pas fondée à soutenir que cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué aurait été pris dans le seul et unique but de satisfaire l'intérêt des chasseurs. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit précédemment, l'agrainage peut contribuer à limiter les dégâts agricoles et les dégâts causés aux biens. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de l'association GREEN doit être rejetée.

Sur les frais de procédure :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée à ce titre par la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association GREEN est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Groupement pour la responsabilisation environnementale et l'éducation à la nature ", au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes.

Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A-C. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCAL La greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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