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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1902129

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1902129

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1902129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mai 2019 et 30 mars 2021 et un mémoire récapitulatif enregistré le 24 juin 2021, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2019 par lequel le président du syndicat intercommunal des collectivités et territoires innovants des Alpes-Méditerranée (SICTIAM) l'a déchargée de ses fonctions de directrice générale de ce syndicat à compter de sa notification ;

2°) d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 19 mars 2019 par lequel le président du SICTIAM a mis fin à ses fonctions de directrice générale adjointe de ce syndicat ;

3°) d'enjoindre au président du SICTIAM de procéder à sa réintégration dans les fonctions de directrice générale du syndicat avec effet rétroactif au 5 mars 2019 et à la reconstitution de sa carrière à cette date dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de condamner le SICTIAM au paiement de la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;

5°) de mettre à la charge du SICTIAM une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est irrégulier faute d'avoir été rétablie, par le biais d'un procès-verbal, dans ses fonctions en méconnaissance des dispositions des articles 30 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 1er du décret du 24 août 2016 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 dès lors qu'il ne prévoit pas que sa fin de fonctions en qualité de directrice générale prendra effet le premier jour du troisième mois suivant l'information de l'assemblée délibérante ;

- il repose sur des faits matériellement inexacts ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut procéder à l'abrogation de la décision l'autorisant à occuper les fonctions de directrice générale qui est une décision pécuniaire sans avoir préalablement mis fin au détachement de l'emploi fonctionnel de directrice générale adjointe ;

- il constitue une sanction déguisée ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- l'arrêté du 19 mars 2019 mettant fin à ses fonctions de directrice générale adjointe doit être annulé par voie de conséquence.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 février et 18 mai 2021 et un mémoire récapitulatif enregistré le 28 juin 2021, le président du syndicat intercommunal des collectivités et territoires innovants des Alpes-Méditerranée, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable aux motifs, d'une part, que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours, d'autre part, que la numérotation des pièces jointes figurant dans ses différents mémoires n'est pas cohérente et, enfin, que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 17 mars 2019 sont irrecevables car ont été présentées pour la première fois dans le mémoire récapitulatif alors que ces conclusions aurait dû faire l'objet d'une requête distincte et que le délai de recours contentieux était expiré. Il fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 24 novembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-683 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2016-1155 du 24 août 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère ;

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;

- et les observations de Mme B et de Me Bazin représentant le SICTIAM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, fonctionnaire territoriale relevant du cadre d'emploi des ingénieurs territoriaux, occupe les fonctions de directrice générale du syndicat intercommunal des collectivités et territoire innovants des Alpes-Méditerranée (SICTIAM) depuis le

1er février 2017. Par un arrêté du 4 mars 2019, le président du SICTIAM l'a déchargée de ses fonctions et l'a replacée aux fonctions de directrice générale adjointe du SICTIAM, emploi fonctionnel sur lequel elle a été détachée par un arrêté du 29 mars 2016. Il a ensuite, par un arrêté du 19 mars 2019, mis fin à ses fonctions de directrice générale adjointe. Mme B demande l'annulation pour excès de pouvoir de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 4 mars 2019 :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction alors applicable : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / () Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. S'il fait l'objet de poursuites pénales et que les mesures décidées par l'autorité judicaire ou l'intérêt du service n'y font pas obstacle, il est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai. Lorsque, sur décision motivée, il n'est pas rétabli dans ses fonctions, il peut être affecté provisoirement par l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous réserve de l'intérêt du service, dans un emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il est, le cas échéant, soumis. A défaut, il peut être détaché d'office, à titre provisoire, dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations. L'affectation provisoire ou le détachement provisoire prend fin lorsque la situation du fonctionnaire est définitivement réglée par l'administration ou lorsque l'évolution des poursuites pénales rend impossible sa prolongation () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 24 août 2016 relatif à la publicité du procès-verbal de rétablissement dans les fonctions pris en application de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires : " Lorsque le fonctionnaire qui a été suspendu en application de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée est réintégré dans ses fonctions à la suite d'une décision judiciaire de non-lieu, de relaxe, d'acquittement ou de mise hors de cause, l'autorité hiérarchique établit un procès-verbal visant le dernier alinéa de cet article et indiquant la date de rétablissement de l'intéressé dans ses fonctions. ".

3. Mme B soutient que l'arrêté attaqué est irrégulier faute d'avoir été préalablement rétablie, par le biais d'un procès-verbal, dans ses fonctions en méconnaissance des dispositions des articles 30 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 1er du décret du

24 août 2016 alors que le délai de quatre mois prévu par ces dispositions était expiré.

4. Toutefois, la suspension provisoire de Mme B ne constitue pas un acte préparatoire à l'arrêté ultérieurement établi la déchargeant de ses fonctions de directrice générale. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que la requérante n'a pas été rétablie dans ses fonctions à l'issue du délai de quatre mois contrairement à ce qu'impose l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 4 mars 2019 par lequel le président du SICTIAM l'a déchargée de ses fonctions de directrice générale. Au surplus, il est constant que Mme B a fait l'objet d'une décision de suspension le 7 novembre 2018 soit moins de quatre mois avant la décision attaquée et qu'elle n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale. Elle ne saurait, par voie de conséquence, pas plus utilement se prévaloir des dispositions de l'article 1er du décret du 24 août 2016 dès lors qu'il subordonne la publication de la réintégration à la mise en œuvre de poursuites pénales ultérieurement classées sans suite. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 53 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98. / Ces dispositions s'appliquent aux emplois : / - de directeur général des services et, lorsque l'emploi est créé, de directeur général adjoint des services des départements et des régions ". Ces dispositions régissent entièrement la procédure que doit suivre l'autorité territoriale lorsqu'elle entend mettre fin au détachement d'un agent sur un des emplois fonctionnels qu'elles mentionnent.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été détachée sur l'emploi fonctionnel de directrice générale adjointe pour une durée de cinq ans à compter du 1er avril 2016 par un arrêté du 29 mars 2016 et a été chargée, par une lettre de mission du 26 janvier 2017, d'occuper les fonctions de directrice générale tout en restant détachée sur l'emploi fonctionnel de directrice générale adjointe. L'arrêté en litige a uniquement pour objet de mettre fin à ses fonctions de directrice générale, emploi fonctionnel pour lequel elle n'a pas fait l'objet d'un détachement, et n'a pas pour objet ni pour effet de mettre fin à son détachement sur l'emploi fonctionnel de directrice générale adjointe. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

7. En premier lieu, la requérante conteste la matérialité des faits. Elle soutient tout d'abord que le président du SICTIAM était informé de la tenue de la phase contradictoire de la mission de contrôle mise en œuvre par l'inspection générale audit et évaluation de la région Provence-Alpes Côte-d'Azur et que, par volonté de ne laisser aucune trace, seuls des échanges oraux se sont tenus à ce sujet. Au soutien de ces allégations, la requérante produit des échanges de SMS intervenus le 19 janvier 2018, soit antérieurement aux opérations de contrôle, qui se sont déroulés les 22 et 29 mars 2018. Ces échanges, peu circonstanciés, ne permettent pas, à eux seuls, de saisir quel était leur objet et, par voie de conséquence, d'établir que le président était informé de la potentielle mise en cause personnelle de Mme B. S'il ressort des pièces du dossier que d'autres SMS ont été envoyés par Mme B au président le 7 juin 2018 afin de l'informer de la réception du rapport provisoire et des recommandations générales qu'il comporte, force est de constater qu'ils n'avertissent pas plus le président de la mise en cause de la requérante sur le plan pénal en raison d'une situation de conflit d'intérêts avec l'association Oswillo et de la commission possible de délit d'octroi d'avantages injustifiés lors de la passation de certains contrats et marchés publics. Si Mme B propose une réunion au président le

19 juin suivant, les pièces du dossier n'établissent pas que celle-ci s'est effectivement tenue en vue d'informer le président des éléments de réponse qui allaient être apportés à ce rapport provisoire alors qu'il est par ailleurs constant que ces éléments ont été signés par Mme B. La requérante conteste ensuite le défaut d'information du président concernant le recrutement en contrat à durée déterminée de Mme A, sa fille, en juillet 2017 et de son renouvellement en juillet 2018. Si elle produit au soutien de ces allégations des attestations, ces dernières indiquent que Mme A a été présentée au président au cours d'une réunion en juillet 2017 soit une fois que le recrutement a été réalisé. Les pièces du dossier n'établissent pas plus que le président aurait été informé du renouvellement de ce contrat. Enfin, si la requérante soutient que les fonctions qu'elle occupait au sein de l'association Ozwillo étaient connues du président, les documents qu'elle produit au soutien de cette allégation ne sont pas de nature à l'établir.

8. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les faits sur lesquels reposent la décision attaquée ne sont matériellement pas établis doit être écarté comme manquant en fait.

9. En deuxième lieu, les motifs fondant la décision attaquée et dont la matérialité est établie sont de nature, au regard des fonctions de directrice générale du SICTIAM occupées par Mme B et des responsabilités qui lui incombent à ce titre, à remettre en cause la confiance nécessaire au bon accomplissement de ses missions qui lui était accordée par le président de ce syndicat. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que ce poste soit désormais occupé par un agent contractuel est sans incidence sur sa régularité, le président du SICTIAM n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant l'arrêté en litige.

10. En troisième lieu, la décision du 26 janvier 2017 par laquelle le président du SICTIAM lui a confié les fonctions de directrice générale à compter du 1er février suivant ne constitue pas une décision pécuniaire. Par suite, la requérante ne peut pas utilement se prévaloir des règles relatives au retrait et à l'abrogation régissant ce type d'acte administratif et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en la déchargeant de ses fonctions de directrice générale dans les conditions qui ont été exposées aux points précédents, le président du SICTIAM a entendu sanctionner Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une sanction déguisée doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir, les pièces du dossier ne sont pas de nature à l'établir. Le moyen doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2019 par lequel le président du SICTIAM l'a déchargée de ses fonctions de directrice générale.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 19 mars 2019 :

14. Par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin, d'une part, de se prononcer sur la fin de non-recevoir dirigée contre ces conclusions et, d'autre part, de déterminer si la décision du 4 mars 2019 constitue effectivement la base légale de l'arrêté du 19 mars 2019, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ce dernier arrêté doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

15. En l'absence d'illégalité fautive de la part du SICTIAM, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B tendant à la condamnation de celui-ci à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis ne peuvent qu'être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SICTIAM, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme au titre des frais exposés par le SICTIAM en défense et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du syndicat mixte d'ingénierie pour les collectivités et territoires innovants des Alpes-Méditerranée présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au syndicat mixte d'ingénierie pour les collectivités et territoires innovants des Alpes-Méditerranée.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de M. Cremieux, greffier,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. CHEVALIER

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière.

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