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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1902187

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1902187

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1902187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSBAI BAALBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 et 15 mai 2019 et le 17 août 2020 sous le numéro 1902187, Mme E B, représentée par Me Baalbaki, demande au tribunal :

- d'annuler la décision en date du 13 mars 2019 par laquelle le maire de la commune de Nice a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé le 25 janvier 2019 à l'encontre de la décision en date du 19 décembre 2017 de non-opposition à la déclaration préalable n° DP 06088 17 S1297, déposée les 30 novembre et 13 décembre 2017 par M. C A pour la construction d'un muret sur la toiture-terrasse d'une maison sise 157 Route de Saint-Pierre-de-Féric à Nice, ensemble cette décision du 19 décembre 2017 ;

- d'enjoindre au maire de la commune de Nice de procéder sans délai au retrait de la décision de non-opposition à la déclaration préalable en cause ;

- et de mettre à la charge de la commune de Nice et de M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, les fins de non-recevoir soulevées et tirées des articles R. 421-17 et R. 600-3 du code de l'urbanisme n'étant pas fondées ;

- la décision litigieuse du 13 mars 2019 est entachée d'incompétence de son signataire et est par ailleurs insuffisamment motivée ;

- l'autorisation d'urbanisme en cause a été obtenue par fraude, dès lors, premièrement, que le pétitionnaire n'avait pas qualité pour solliciter cette autorisation, n'étant pas le propriétaire de la totalité du terrain d'assiette objet de la déclaration préalable, deuxièmement, qu'aucune nouvelle autorisation d'urbanisme ne pouvait être délivrée sur sa propriété, sauf à régulariser les non-conformités à la réglementation d'urbanisme affectant déjà cette propriété ;

- la décision litigieuse du 13 mars 2019 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2020, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête, dès lors que les moyens soulevés ne sont pas fondés, dès lors, en particulier, que le pétitionnaire, en vertu d'une servitude d'usage et de jouissance exclusive et perpétuelle, avait tout à fait qualité pour solliciter l'autorisation d'urbanisme en cause.

Par mémoires en défense, enregistrés les 10 août et 23 septembre 2020, M. C A, représenté par Me Orlandini, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet au fond, et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- à titre principal : d'une part, que la décision attaquée de non-opposition à déclaration préalable était superfétatoire, et donc ne constituait pas un acte faisant grief, dès lors que le projet objet de ladite déclaration consistait en l'exécution de travaux d'entretien sur une construction existante ; d'autre part, que la requête est tardive sur le fondement de l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme, dès lors que les travaux objet de la déclaration préalable litigieuse ont été achevés (nonobstant la circonstance que cet achèvement n'aurait pas été déclaré) ;

- à titre subsidiaire : que les moyens soulevés ne sont pas fondés, dès lors, en particulier, que son autorisation d'urbanisme n'a nullement été obtenue par fraude, ayant apporté à la commune les éclaircissements nécessaires de nature à démontrer sa qualité pour solliciter l'autorisation d'urbanisme en cause, et n'ayant pas eu connaissance des non-conformités affectant la propriété de Mme B, lesquelles ne concernaient en tout état de cause pas la terrasse concernée par le projet objet de la déclaration préalable litigieuse.

Par ordonnance en date du 20 octobre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée à cette même date.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 février 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Baalbaki, pour la requérante, et de Me Gadd substituant Me Orlandini, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a déposé les 30 novembre et 13 décembre 2017 auprès de la commune de Nice une déclaration préalable n°DP 06088 17 S1297, pour la construction d'un muret sur la toiture-terrasse d'une maison sise 157 Route de Saint-Pierre-de-Féric à Nice, toiture-terrasse faisant partie de la propriété de Mme E B. La commune de Nice a pris, le 19 décembre 2017, une décision de non-opposition à cette déclaration préalable. Mme B a formé le 25 janvier 2019 un recours gracieux à l'encontre de cette décision, recours qui a été rejeté par une décision en date du 13 mars 2019 de la commune de Nice. Mme B demande au tribunal, d'une part, d'annuler cette dernière décision ainsi que la décision antérieure du 19 décembre 2017 et, d'autre part, d'enjoindre au maire de la commune de Nice de procéder sans délai au retrait de la décision de non-opposition à la déclaration préalable en cause.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. D F, directeur général adjoint de l'aménagement, du logement et de la mobilité au sein de la commune de Nice, qui a reçu une délégation en matière d'aménagement et d'urbanisme par un arrêté du maire de la commune de Nice en date du 10 juillet 2017, qui a fait l'objet d'une publication régulière au recueil des actes administratifs du mois de juillet 2017, ainsi que d'une transmission au représentant de l'Etat dans le département, comme en atteste la mention figurant sur cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. La motivation n'est pas nécessaire lorsque la dérogation est accordée en application des 1° à 6° de l'article L. 152-6 ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " En cas d'autorisation ou de non-opposition à déclaration préalable, la décision mentionne la date d'affichage en mairie de l'avis de dépôt prévu à l'article R. 423-6. / Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée ()". Il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire ou d'aucun principe général du droit, qu'une décision de non opposition à déclaration préalable doive être motivée. En tout état de cause, les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée une décision rejetant un recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions d'une requête également dirigée contre la décision initiale prise par l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse du 13 mars 2019 est inopérant et doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R.423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) () par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / () ". Il résulte de ces dispositions que les déclarations préalables doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Les tiers ne sauraient donc utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

5. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que les pétitionnaires ont déposé la déclaration préalable litigieuse aux fins d'ériger un muret faisant office de parapet au bord de la toiture-terrasse de la maison de la requérante, dont ils ont la jouissance exclusive et perpétuelle au titre d'une servitude grevant la propriété de la requérante, fond servant, afin de remplacer le garde-corps qui ceinturait précédemment ladite terrasse sur la majorité de son pourtour, excepté sur l'angle sud, et donc y compris à cet endroit, ceci pour des raisons de sécurité dès lors que le garde­corps existant présentait un danger, notamment pour des enfants jouant sur la terrasse, et qu'il n'existait au demeurant aucun garde-corps à l'angle sud de la terrasse. Suite au recours gracieux formé par la requérante à l'encontre de la décision de non-opposition à la déclaration préalable litigieuse, M. A soutient sans être sérieusement contesté qu'il a apporté à la commune de Nice les éclaircissements nécessaires de nature à démontrer sa qualité pour solliciter l'autorisation d'urbanisme en cause, concernant en particulier le bénéfice de sa servitude d'usage et de jouissance exclusive et perpétuelle de la terrasse constituant le toit de la propriété de la requérante. La circonstance que les travaux objet de la déclaration préalable litigieuse excéderaient l'étendue du droit dont bénéficie M. A au titre de la servitude susmentionnée est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme accordée à M. A sur la base des déclarations de ce dernier, qui a attesté avoir qualité pour déposer la déclaration préalable en cause, ce qui est suffisant au regard des principes rappelés au point précédent. D'autre part, M. A soutient à bon droit qu'il n'avait pas connaissance, au moment du dépôt de la déclaration préalable litigieuse, des non-conformités affectant la propriété de Mme B, lesquelles ne concernaient en tout état de cause pas la toiture-terrasse concernée par le projet objet de la déclaration préalable, dont il n'a, ainsi qu'il a été rappelé, pas la propriété mais l'usage et la jouissance exclusive et perpétuelle. Par suite, le moyen soulevé et tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions précitées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la commune de Nice et à M. C A.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 2 mars 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Le Guennec

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Albu

N°1902187

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