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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1902683

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1902683

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1902683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantO2 AVOCAT - PERRINEAU BENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 juin 2019 et 8 juillet 2021 sous le numéro 1902683, le Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes (06400), pris en la personne de son Syndic en exercice, représenté par Me Perrineau, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté en date du 5 avril 2019 par lequel le maire de la commune de Cannes s'est opposé à la déclaration préalable de travaux n°DP 06029 18 0696 qu'il a déposée le 31 décembre 2018 en vue de la création d'une clôture, de la pose de deux portillons et d'un portail sur un terrain (rampe d'accès desservant la parcelle BL 102) sis en face du 12 avenue du Petit Juas à Cannes ;

- d'enjoindre au maire de la commune de Cannes de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable en cause, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- et de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le Syndicat requérant soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que la décision attaquée n'est nullement confirmative mais s'analyse en un retrait de la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux n°DP 06029 18 0696 qu'il a déposée le 31 décembre 2018, intervenue le 1er mars 2019 ;

- la décision litigieuse est entachée :

* d'une incompétence de son signataire ;

* d'une insuffisance de motivation ;

* d'une méconnaissance du principe du contradictoire ;

* d'une erreur de droit en application combinée des dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il remplissait les conditions de l'article R. 423-1 précité et qu'il avait donc qualité pour déposer une déclaration préalable de travaux ;

* et d'une erreur de fait (sur la propriété du terrain d'assiette de la déclaration préalable en cause).

Par mémoires en défense, enregistrés les 17 juin et 16 juillet 2021, la commune de Cannes, prise en la personne de son maire en exercice, conclut principalement à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet au fond.

La commune soutient :

- à titre principal : d'une part, que la requête est irrecevable, dès lors que la décision attaquée est purement confirmative et, d'autre part, qu'aucune décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable litigieuse n'est intervenue, dès lors qu'une demande de pièce complémentaires est intervenue dans le délai d'intervention d'une telle décision ;

- à titre subsidiaire : que les moyens soulevés à l'appui de la requête manquent en fait (incompétence) ou ne sont pas fondés (les autres moyens).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Boitel, pour le Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes, et de Mme A, pour la commune de Cannes.

Une note en délibéré produite pour le Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes (06400) le 21 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes (06400) a déposé le 31 décembre 2018 une déclaration préalable de travaux n°DP 06029 18 0696 en vue de la création d'une clôture en panneaux maillés, de la pose de deux portillons et d'un portail sur un terrain (rampe d'accès desservant la parcelle BL 102) sis en face du 12 avenue du Petit Juas à Cannes. Par un arrêté en date du 5 avril 2019, le maire de la commune de Cannes s'est opposé à la déclaration préalable susmentionnée. Le Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ". Aux termes de l'article R. 424-1 dudit code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". En vertu de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-39 dudit code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision de non-opposition à déclaration préalable naît un mois après le dépôt de celle-ci, en l'absence de notification expresse de l'administration ou d'une demande de pièces complémentaires. En cas de demande de pièces complémentaires, ce délai est interrompu, à la condition toutefois que cette demande intervienne dans le délai d'un mois et qu'elle porte sur l'une des pièces limitativement énumérées par le code de l'urbanisme. Si cette demande de pièces complémentaires tend à la production d'une pièce qui ne peut être requise, elle est de nature à entacher d'illégalité la décision tacite d'opposition prise en application de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme, sans que cette illégalité ait pour effet de rendre le pétitionnaire titulaire d'une décision implicite de non-opposition.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 11 janvier 2019, le maire de la commune de Cannes a sollicité du Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes, en application des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme, la production de pièces complémentaires. Nonobstant la circonstance, alléguée par le Syndicat requérant, que certains éléments demandés (plans de coupe) ne seraient pas au nombre des pièces, limitativement énumérées par le code de l'urbanisme, pouvant faire l'objet d'une demande de pièces complémentaires et que d'autres éléments (parcelles d'implantation du projet) étaient déjà mentionnés dans le formulaire Cerfa, cette circonstance n'a en tout état de cause pas pour effet, ainsi qu'il a été dit, de rendre le Syndicat titulaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Par suite, le Syndicat requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué d'opposition à déclaration préalable attaqué aurait implicitement et illégalement retiré une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable.

4. En second lieu, lorsque l'administration réitère les termes d'une décision déjà intervenue, cette nouvelle décision statuant sur une demande ayant le même objet, le cas échéant au terme d'une nouvelle instruction, constitue une décision confirmative de la précédente. La notification d'une telle décision confirmative d'une décision initiale devenue définitive ne peut en toute hypothèse faire courir un nouveau délai de recours. En outre, une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

5. En l'espèce, il est constant que le Syndicat requérant a déposé une première déclaration préalable le 16 mai 2017, qui a fait l'objet d'une décision d'opposition à déclaration préalable le 28 juillet 2017, puis a déposé une seconde déclaration préalable 20 septembre 2017, qui a fait l'objet d'une décision d'opposition à déclaration préalable le 5 décembre 2017, concernant la création d'une clôture en panneaux maillés, la pose de deux portillons et d'une barrière (déclaration préalable du 16 mai 2017) puis d'un portail (déclaration préalable du 20 septembre 2017) sur un terrain sis en face du 12 avenue du Petit Juas à Cannes. Les décisions susmentionnées d'opposition n'ont pas fait l'objet de recours contentieux. Ainsi qu'il a été dit, le Syndicat requérant a déposé le 31 décembre 2018 une nouvelle déclaration préalable en vue de la création d'une clôture en panneaux maillés, de la pose de deux portillons et d'un portail sur un terrain (rampe d'accès desservant la parcelle BL 102) sis en face du 12 avenue du Petit Juas à Cannes. Il ressort des pièces du dossier que si, comme le soutient le Syndicat requérant, la teinte du portail différait par rapport à la déclaration préalable déposée le 20 septembre 2017, d'une part, la nature du projet objet de ces déclarations préalables était cependant la même et, d'autre part, la modification en cause caractérisant la déclaration préalable litigieuse n'a pas eu pour effet, eu égard à sa nature et à sa portée, de modifier les circonstances de droit et de fait au vu desquelles l'administration après instruction a pris la décision attaquée. En effet, il est constant que la commune de Cannes s'est opposée aux trois déclarations préalables déposées par le Syndicat requérant au motif principal que le projet concernerait une dépendance du domaine public communal, et donc qu'il ne disposait d'aucun droit à déposer les déclarations préalables en cause. En effet, lorsque l'autorité saisie d'une déclaration préalable vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration pour ce motif. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué a ainsi, comme le soutient la commune défenderesse, le caractère d'une décision purement confirmative de la décision du 5 décembre 2017, en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune de Cannes et de rejeter les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation comme étant irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Cannes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions formées à ce titre par le Syndicat requérant doivent dès lors être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête du Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat des copropriétaires du 2, avenue Jean de Lattre de Tassigny à Cannes et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Le Guennec

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

C. Sussen

1902683

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