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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1903378

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1903378

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1903378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantGIRARD-GIDEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2019 et le 25 mai 2020, Mme A C, représentée par Me Girard-Gidel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 mai 2019 par laquelle la commune de Mouans-Sartoux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 30 août 2018 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Mouans-Sartoux de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mouans-Sartoux la une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- en se fondant sur l'avis de la commission, le maire de la commune a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- en se prononçant après réception d'un courrier venu la discréditer, la commission départementale de réforme a méconnu son droit à ce que sa cause soit entendue équitablement;

- la commune de Mouans-Sartoux a méconnu les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en ne reconnaissant pas l'imputabilité au service de l'accident invoqué par manque de preuve, de témoignage concordant et d'élément médical ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, les circonstances de l'accident étant parfaitement établies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2020, la commune de Mouans-Sartoux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Almairac, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjoint technique territorial, occupe les fonctions d'agent polyvalent " entretien et festivités ". Le 30 août 2018, elle a effectué une déclaration d'accident du travail, indiquant avoir trébuché sur les marches extérieures de la maison bleue alors qu'elle sortait les poubelles et être tombée sur le genou gauche. Le 22 octobre 2018, la commission départementale de réforme des Alpes-Maritimes a ajourné son dossier et sollicité que soit diligentée une enquête administrative. Le 18 mars 2019, la commission a émis un avis défavorable sur l'imputabilité de l'accident invoqué au service, par manque de preuve, de témoignage et d'élément médical. Par une décision du 13 mai 2019, notifiée le 16 mai 2019, la commune de Mouans-Sartoux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme C. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions applicables à la demande de Mme C, les certificats médicaux produits au soutien de cette demande, ainsi que l'avis de la commission de réforme, qui fait état d'un manque de preuve, de témoignages et d'éléments médicaux discordants, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de cette décision que le maire se soit cru lié par l'avis de la commission de réforme.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires en vigueur à la date de l'avis du 18 mars 2019 : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. /Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme./ L'avis formulé en application du premier alinéa de l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être accompagné de ses motifs. / Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire :/ -de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ;/ -de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi ".

5. En l'espèce, la requérante soutient qu'elle n'a pu bénéficier d'un traitement équitable de son dossier dans la mesure où l'un des témoignages recueillis dans le cadre de l'instruction de sa demande a été modifié. Cependant, la commission départementale de réforme ne présente pas le caractère d'une juridiction ou d'un tribunal au sens des dispositions de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été dûment informée des deux séances tenues par la commission, de ses droits à cette occasion, a pu y être présente et y faire valoir ses observations. Elle ne saurait dès lors soutenir qu'elle aurait été privée du droit à un procès équitable ou même d'une garantie.

6. En quatrième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, dont les dispositions ne sont pas applicables au cas d'espèce.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident des service les arrêts de travail et les frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial y compris, le cas échéant, s'ils interviennent postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

8. En l'espèce, Mme C soutient avoir chuté par deux fois au cours de la journée du 30 août 2018, vers 7h30, alors qu'elle sortait les poubelles de la maison bleue, puis quelques minutes plus tard, en quittant le café terrasse situé dix mètres plus loin pour rejoindre le cabinet médical voisin. Il ressort des pièces du dossier qu'elle a été vue genoux à terre vers 7h30 devant la maison bleue. Le témoin relate qu'elle se plaignait alors de douleurs au genou mais qu'elle ne présentait aucune boiterie. Plusieurs témoins relatent par ailleurs avoir vu la requérante chuter de sa hauteur au bar terrasse voisin, se plaignant alors de la cheville. S'il est constant que l'une et l'autre chute sont intervenues pendant les heures de service, la chute survenue au café terrasse, quand bien même la requérante aurait entendu y attendre l'ouverture du cabinet médical voisin, ne saurait être regardée comme présentant un lien quelconque avec l'exercice de ses missions ni comme étant intervenue à l'occasion d'un trajet professionnel. Si Mme C se prévaut de certificats médicaux relatifs à une chute de sa hauteur et à un hématome du genou gauche, aucun des éléments du dossier ne permet de rattacher le dommage invoqué à l'une ou l'autre de ces chutes de sorte que le lien entre son préjudice et l'exercice de ses missions ne peut être tenu pour établi. En outre, si les certificats établis consécutivement aux chutes précédemment mentionnées font état d'un hématome du genou gauche, Mme C se prévaut dans le cadre de ses écritures d'une affection de longue durée nécessitant l'adaptation de son poste de travail, le certificat de son rhumatologue faisant état d'une polyarthrite rhumatoïde, affection de longue durée sans lien avec l'accident de travail invoqué. Dans ces conditions, en rejetant sa demande de reconnaissance d'accident de service, la commune de Mouans-Sartoux n'a pas méconnu les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

9. En sixième lieu, si Mme C soutient que la commune de Mouans-Sartoux a commis une erreur de fait, la commission ayant fondé son avis sur des faits inexacts, elle ne fait état d'aucune erreur de cette nature. A supposer qu'elle ait entendu se prévaloir d'une erreur d'appréciation du lien de causalité entre l'exercice de ses fonctions et la pathologie invoquée, ce moyen, doit, compte-tenu de ce qui a été dit au point qui précède, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Mouans-Sartoux.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

L. B

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert

La greffière,

signé

C. Ravera

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière.

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