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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1903471

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1903471

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1903471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 juillet 2019 et le 11 août 2021, M. E B, représenté par Me Orlandini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 31 janvier 2019 refusant le défrichement d'un bois particulier et d'un bois d'une collectivité et de certaines personnes morales, ensemble la décision du 16 mai 2019 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'instruire à nouveau la demande de défrichement dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du29 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- de l'irrecevabilité pour tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 janvier 2019, ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 16 mai 2019, compte tenu de la tardiveté du recours gracieux ;

- du défaut d'intérêt à agir de M. B concernent le refus de défrichement concernant la parcelle cadastrée n° 193 appartenant à la commune de Gourdon.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré le 12 septembre 2022 pour M. B.

Par ordonnance du 22 juillet 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022 :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Orlandini, représentant M. B, et de M. D'Amico, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 novembre 2018, les agents assermentés de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes ont constaté que M. B avait procédé au défrichement sans autorisation d'une surface de 2540 m² sur les parcelles cadastrées section B n°s 194 et 195 situées sur la commune de Gourdon dont il est propriétaire ainsi que d'une surface de 200 m² sur la parcelle n° 193 appartenant à la commune de Gourdon, afin d'y créer un champ de plantation de lavande. Un procès-verbal d'infraction a été adressé à son encontre le 3 décembre 2018. Le 29 janvier 2019, M. B a adressé une demande d'autorisation de défrichement pour une surface totale de 4 510 m² intégrant notamment les parcelles ayant fait l'objet d'un défrichement sans autorisation. Par une décision du 31 janvier 2019, le préfet a rejeté sa demande. M. B a formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 16 mai 2019. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 31 janvier 2019 refusant l'autorisation de défrichement, ensemble la décision du 16 mai 2019 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté préfectoral n° 2018-616 du 12 septembre 2018 portant subdélégation de signature et de représentation aux cadres de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes et par un arrêté préfectoral n° 2018-600 du 3 septembre 2018 portant délégation de signature à M. C D, régulièrement publiés respectivement au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes n° 161.2018 du 13 septembre 2018 et n° 155.2018 du 4 septembre 2018, M. F A, directeur adjoint, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives à " toute procédure des défrichements ". Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait et doit donc être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 341-5 du code forestier : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : / () / 8° A l'équilibre biologique d'une région ou d'un territoire présentant un intérêt remarquable et motivé du point de vue de la préservation des espèces animales ou végétales et de l'écosystème ou au bien-être de la population ; / () ".

4. Pour refuser l'autorisation sollicitée, le préfet des Alpes-Maritimes a motivé sa décision en retenant que " la conservation de l'ensemble du massif dont fait partie la parcelle boisée qui fait l'objet de la demande est nécessaire. " à la fonction prévue au 8° de l'article 341-5 du code forestier précité. La décision du 16 mai 2019 précise que " l'autorisation de défrichement que vous avez sollicitée est située au cœur d'un massif forestier au sein duquel elle créerait une rupture ".

5. Si la décision en litige mentionne, dans ses considérants, que le terrain à défricher est situé en zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique, dans le parc naturel régional des Préalpes d'Azur et sur les sites de Natura 2000 " Zone de protection spéciale-Préalpes de Grasse-, aucune précision n'est, toutefois, apportée par le préfet en vue de démontrer que l'espace à défricher est nécessaire à la préservation des espèces animales ou végétales et de l'écosystème ou au bien-être de la population alors que la décision du 31 janvier 2019 précise que l'évaluation des incidences Natura 2000 a conclu à l'absence d'incidence significative sur les habitats ou espèces Natura 2000. Il ressort des pièces du dossier que si la zone pour laquelle l'autorisation de défrichement était demandée est constitutive d'une surface de 4 510 m², elle constitue une partie infime du massif forestier. Par ailleurs, si le préfet fait valoir que le refus de défrichement se justifie par la nécessité de pas créer de trouée dans le massif portant atteinte à l'équilibre biologique de la région, il n'apporte aucune précision de nature à permettre d'identifier l'équilibre biologique concerné. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni même des écritures en défense du préfet des Alpes-Maritimes que le territoire présenterait un intérêt remarquable au sens des dispositions l'article L. 341-5 du code forestier précitées. Dans ces conditions, en refusant l'autorisation de défrichement demandé, le préfet des Alpes-Maritimes a commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 31 janvier 2019 refusant le défrichement d'un bois particulier et d'un bois d'une collectivité et de certaines personnes morales, ensemble la décision du 16 mai 2019 rejetant le recours gracieux de M. B, doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 31 janvier 2019 refusant le défrichement d'un bois particulier et d'un bois d'une collectivité et de certaines personnes morales, ensemble la décision du 16 mai 2019 rejetant le recours gracieux de M. B, sont annulées.

Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Gourdon.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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