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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904026

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904026

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAITRE BARBARO ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 août 2019 et 31 août 2020, le syndicat des copropriétaires de la résidence "Le Louvre", pris en la personne de son syndic en exercice, représenté par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 février 2019 par laquelle le maire de la commune de Menton s'est opposé à la déclaration préalable de travaux portant sur la mise en place d'une barrière levante sur un terrain situé 16 avenue Boyer et 11 rue du Louvre, à Menton, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 19 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Menton de lui délivrer un arrêté de non-opposition à déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Menton une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le syndicat requérant soutient que :

-sa requête est recevable dès lors qu'il justifie d'une habilitation consentie par l'assemblée générale de la copropriété en vue d'introduire un recours contentieux à l'encontre des décisions du 19 février 2019 et 19 juin 2019 ;

-à titre principal : le maire de la commune de Menton a commis une erreur de droit en ne retirant pas l'arrêté en date du 19 février 2019 et en refusant la délivrance d'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable suite au jugement n° 1700794 rendu par le tribunal administratif de Nice en date du 11 avril 2019 ;

-à titre subsidiaire :

- la décision du 19 février 2019 a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision du 19 févier 2019 est insuffisamment motivée ;

- la décision implicite née le 19 juin 2019 est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision du 19 févier 2019 est entachée d'une erreur de droit en ce que l'existence d'un emplacement réservé sur le terrain d'assiette du projet n'est pas au nombre des motifs légaux qui peuvent justifier une opposition à déclaration préalable portant sur une barrière levante, assimilable aux clôtures ;

- la décision du 19 févier 2019 est illégale par voie de l'exception de l'illégalité du plan local d'urbanisme de Menton en ce qu'il a institué un emplacement réservé sur l'allée du Louvre ;

- la décision du 19 févier 2019 est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-3 du code de l'urbanisme ;

- la décision du 19 févier 2019 est illégale en ce qu'elle porte atteinte au " droit de se clore " ;

- le maire a commis un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 mai 2020 et 5 janvier 2023, la commune de Menton, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Barbaro, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir que, par un arrêté en date du 21 décembre 2022, le maire de Menton ne s'est pas opposé à la déclaration préalable litigieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 :

- le rapport de Mme A B,

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique,

-les observations de Me Fonkoue, substituant Me Richard, représentant le syndicat requérant ;

- et les observations de Me Barbaro, représentant la commune.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 novembre 2016, le cabinet Trabaud Acquarone a déposé, en sa qualité de syndic représentant le syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Louvre ", sise 16 avenue Boyer et 11 rue du Louvre à Menton, une déclaration préalable auprès des services municipaux de la commune de Menton aux fins d'installation d'une barrière levante à l'entrée de la copropriété située allée du Louvre. Par un arrêté du 23 décembre 2016, le maire de la commune de Menton a opposé à cette déclaration préalable un sursis à statuer de deux années. Le syndic des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " a confirmé sa demande le 5 février 2019. Par un arrêté du 19 février 2019, le maire de la commune de Menton s'est opposé à ladite déclaration préalable de travaux. Par un jugement n° 1700794 du 11 avril 2019 du tribunal administratif de Nice, confirmé par un arrêt n° 19MA05057 de la cour administrative d'appel de Marseille du 28 octobre 2021, a été prononcée l'annulation de l'arrêté en date du 23 décembre 2016 opposant un sursis à statuer et a été enjoint à la commune de Menton de délivrer au syndic de copropriété de la résidence " Le Louvre " un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du jugement. Par un courrier en date du 17 avril 2019, reçu le 19 avril 2019, le syndic des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté en date du 19 février 2019, lequel a été implicitement rejeté. Par la présente requête, le syndic des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 février 2019 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. La commune de Menton fait valoir que, par un arrêté en date du 21 décembre 2022, le maire de Menton ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux portant sur la mise en place d'une barrière levante sur un terrain situé 16 avenue Boyer et 11 rue du Louvre, à Menton. Si cet arrêté du 21 décembre 2022 peut être regardé comme abrogeant la décision du 19 février 2019, cette dernière a produit des effets pour la période antérieure à son abrogation. De plus, l'arrêté du 21 décembre 2022 n'a pas acquis un caractère définitif. Par suite, le litige conserve son objet et l'exception de non-lieu ainsi opposée par la commune de Menton doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 23 décembre 2016, le maire de la commune de Menton a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur la déclaration préalable déposée par le syndic des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " en vue de l'installation d'une barrière levante. A la suite de la confirmation de sa demande le 5 février 2019 par le syndic, le maire s'est opposé à ladite déclaration préalable de travaux par un arrêté du 19 février 2019. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit précédemment, par un jugement n° 1700794 du 11 avril 2019, confirmé par un arrêt n° 19MA05057 de la cour administrative d'appel de Marseille du 28 octobre 2021, le tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté en date du 23 décembre 2016 opposant un sursis à statuer et a enjoint à la commune de Menton de délivrer au syndic de copropriété de la résidence " Le Louvre " un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du jugement. Eu égard à ces éléments, et ainsi que le fait valoir le syndicat requérant, la décision par laquelle le maire de la commune de Menton a implicitement rejeté sa demande en date du 17 avril 2019, reçue le 19 avril 2019, de retirer l'arrêté en date du 19 février 2019 portant opposition à ladite déclaration préalable et de lui délivrer un arrêté de non-opposition en application dudit jugement, est illégale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés à titre subsidiaire, que l'arrêté du 19 février 2019 ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux en date du 17 avril 2019, doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Menton, sous réserve d'une évolution des circonstances de fait ou de droit, de délivrer au syndic de copropriété de la résidence " Le Louvre " un arrêté de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Louvre ", qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Menton demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Menton une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Menton du 19 février 2019 ainsi que la décision implicite de rejet de la demande de retrait dudit arrêté, née le 19 juin 2019, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Menton, sous réserve d'une évolution des circonstances de fait ou de droit, de délivrer au syndic de copropriété de la résidence "Le Louvre" un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : La commune de Menton versera une somme de 1 500 euros au syndicat des copropriétaires de la résidence "Le Louvre" en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée au syndicat des copropriétaires de la résidence " Le Louvre " et à la commune de Menton.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.

La rapporteure,

signé

B. B

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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