mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1904136 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 août 2019 et 20 avril 2021, la société par actions simplifiée Presence et M. C B, représentés par Me Lavisse, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 juin 2019 par laquelle le maire de Vence a retiré le permis de construire qu'il avait accordé à M. B le 11 avril 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vence la somme de 3 750 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme ;
- le recours gracieux sur lequel se fonde la décision de retrait n'a pas été notifié au pétitionnaire en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les auteurs du recours gracieux n'ont pas d'intérêt pour agir en méconnaissance des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- le motif de retrait tiré de la méconnaissance d'une servitude de passage est illégal dès lors qu'il s'agit d'une question de droit privé ;
- le motif de retrait tiré de l'absence de déclaration préalable de la division foncière méconnait les dispositions de l'article R. 442-2 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 février, 12 février et 20 avril 2021, la commune de Vence, représentée par Me Orlandini, conclut dans le dernier état de ses écritures à l'irrecevabilité de la requête de la société Presence, au rejet de la requête de M. B et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société Presence n'a pas d'intérêt pour agir en qualité de partie dès lors qu'elle n'est pas la pétitionnaire du permis de construire sollicité ;
- la décision est légalement justifiée par un motif autre que ceux initialement indiqués et fondé sur la situation existant à la date de cette décision ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Orlandini, représentant la commune de Vence.
Considérant ce qui suit :
1. La société Presence est propriétaire des parcelles cadastrées section AV n° 516, 517, 518 et 519 situées sur le territoire de la commune de Vence et issues de la division de la parcelle cadastrée section AV n°70. Elle a habilité M. B à déposer une demande de permis de construire une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AV n° 519. Par un arrêté du 11 avril 2019, le maire de Vence a accordé le permis de construire sollicité puis par un arrêté du 27 juin 2019, il a retiré sa décision du 11 avril 2019. La société Presence et M. B demandent l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir tirée de ce que la société Presence n'a pas d'intérêt pour agir en qualité de partie dès lors qu'elle n'est pas la pétitionnaire du permis de construire sollicité :
2. La société Presence, propriétaire du terrain d'assiette du projet litigieux, liée à M. B par un compromis de vente et ayant habilité ce dernier à solliciter un permis de construire une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AV n°519, justifie en cette qualité d'un intérêt pour agir à l'encontre du retrait du permis de construire initialement délivré à M. B. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité donnant intérêt pour agir à la société Presence doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire / () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " et aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, elle doit être précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 de ce code. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant le courrier de la commune invitant M. B à présenter ses observations sur le retrait envisagé a été présenté le 14 juin 2019, à l'adresse indiquée par celui-ci dans sa demande de permis de construire, et qu'en son absence un avis de passage indiquant le point de retrait dans lequel ce courrier était disponible pendant une durée de 15 jours a été déposé. M. B pouvait ainsi retirer ledit pli jusqu'au 29 juin 2019 inclus. Alors que la légalité de la décision attaquée ne saurait s'apprécier à une date postérieure à sa signature, la circonstance qu'en l'absence de retrait du pli, sa notification est réputée avoir été accomplie à la date du 14 juin 2019 ne saurait être invoquée par la commune pour faire valoir que la procédure contradictoire aurait été respectée dès lors que M. B aurait disposé d'un délai expirant le 22 juin 2019 pour présenter ses observations. En effet, à la date de la décision attaquée, la commune de Vence n'était pas en mesure d'affirmer que la procédure contradictoire avait été respectée dès lors qu'il était encore loisible à M. B de retirer le pli contenant le courrier l'invitant à présenter ses observations sur le retrait envisagé. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Vence a méconnu les règles de procédure contradictoire préalable prévues par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. En n'étant pas en mesure de présenter des observations, M. B a été privé d'une garantie. Les requérants sont fondés, par suite, à soutenir que la décision du 27 juin 2019 est entachée d'illégalité.
7. En deuxième lieu, le permis de construire, accordé sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la législation et la réglementation d'urbanisme. Par suite, le maire de Vence ne pouvait se fonder, pour retirer la décision du 11 avril 2019 accordant à M. B un permis de construire, sur la circonstance que ce dernier méconnaitrait une servitude de passage accordée le 25 mai 2018 aux propriétaires des parcelles cadastrées section AV n° 62, 67 et 68. Il suit de là que ce motif est entaché d'illégalité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R.*442-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est édifiée sur une partie d'une unité foncière qui a fait l'objet d'une division, la demande de permis de construire tient lieu de déclaration préalable de lotissement dès lors que la demande indique que le terrain est issu d'une division ".
9. Il résulte de ces dispositions que, si tout lotissement doit être précédé soit d'un permis d'aménager, soit d'une déclaration préalable, une demande de permis de construire doit être regardée comme valant déclaration préalable lorsqu'elle précise que le terrain d'assiette du projet est issue d'une division.
10. En l'espèce, il ressort du dossier de demande de permis de construire présenté par M. B que son projet porte sur la construction d'une maison à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section AV n° 519 dont il projetait de faire l'acquisition auprès de la société Presence. S'il est constant que la parcelle cadastrée section AV n°70 dont est issu le terrain d'assiette du projet n'avait, préalablement à la demande, pas fait l'objet d'une division, le dossier de demande de permis de construire comporte une attestation notariale précisant que le terrain d'assiette du projet était issu d'une division parcellaire actée devant notaire le 25 mai 2018, indiquant avec précision les dimensions des parcelles AV n° 516, 517, 518 et 519 issues de la division de la parcelle AV n°70 et visant les dispositions de l'article R.*442-2 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, quand bien même M. B a omis de cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire de demande de permis de construire, sa demande devait être regardée, en application des dispositions précitées de l'article R.*442-2 du code de l'urbanisme, comme valant déclaration préalable de lotissement de la parcelle incluant le périmètre du terrain d'assiette de son projet. Il suit de là que le motif tiré de ce que la parcelle objet de la demande n'aurait pas fait l'objet d'une déclaration préalable de division foncière est entaché d'illégalité.
11. En quatrième lieu, si la commune sollicite la substitution du motif tiré de ce que le projet méconnaitrait les dispositions de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune issu de la modification n°1 approuvée le 27 janvier 2017, dès lors que le coefficient de végétalisation s'élèverait en réalité à 62,21 % et non à 70,18 %, elle ne fournit aucun détail permettant de vérifier le calcul allégué. Au surplus, même si la substitution de motifs avait été accueillie, elle n'aurait pas été de nature à régulariser le vice mentionné au point 6 du présent jugement et tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 27 juin 2019 par laquelle le maire de la commune de Vence a retiré le permis de construire qu'il avait accordé à M. B le 11 avril 2019 doit être annulée. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Presence et de M. B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Vence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Presence et M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 juin 2019 par laquelle le maire de Vence a retiré le permis de construire qu'il avait accordé à M. B le 11 avril 2019 est annulée.
Article 2 : La commune de Vence versera à la société Presence et à M. B une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Vence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Presence, à M. C B et à la commune de Vence.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 202La rapporteure,
Signé
N. A
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026