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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904230

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904230

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBERTOZZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et piècescomplémentaires, enregistrés les 30 août 2019, 18 septembre 2019, 14 novembre 2019, 12 juillet 2021, 10 août 2021 et 4 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Grech, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2019 par lequel le maire de la commune de Nice a accordé à M. D E un permis de construire n° PC 06 088 18 S0251 pour la modification de façades, le changement de destination d'un local commercial en habitation (pour une surface de 275 m²), la réfection de la toiture et la création de surface de plancher (extension mezzanine) sur la parcelle cadastrée section CR n° 282, située au 227, boulevard de la Madeleine à Nice, ensemble la décision du 1er juillet 2019 par laquelle le maire de la commune de Nice a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nice et de M. D E la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 6 mars 2019 et la décision du 1er juillet 2019 ont été prises par des autorités incompétentes ;

- l'arrêté du 6 mars 2019 a été obtenu par fraude ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nice ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB12 du règlement dudit plan ;

- et il méconnaît les dispositions de l'article UB13 du règlement dudit plan.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 octobre 2019 et 16 juillet 2020, M. D E, représenté par Me Bertozzi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête de Mme B est irrecevable comme tardive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir que :

- la requête de Mme B est irrecevable comme tardive ;

- Mme B ne présente pas d'intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté du 6 mars 2019 ;

- aucun des moyens soulevés n'est par ailleurs fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Combot ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me E, représentant Mme B, et de Me Bertozzi, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 6 mars 2019, le maire de la commune de Nice a accordé à M. D E un permis de construire n° PC 06 088 18 S0251 pour la modification de façades, le changement de destination d'un local commercial en habitation (pour une surface de 275 m²), la réfection de la toiture et la création de surface de plancher (extension mezzanine) sur la parcelle cadastrée section CR n° 282, située au 227, boulevard de la Madeleine à Nice. Mme A B a introduit, par courrier du 19 mai 2019 notifié le 21 mai 2019, un recours gracieux auprès du maire de la commune de Nice, qui l'a rejeté par courrier du 1er juillet 2019. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mars 2019 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 1er juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". L'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2122-19 du même code : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : / 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; / 2° Au directeur général et au directeur des services techniques ; / 3° Aux responsables de services communaux. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, tout d'abord, que M. G C, adjoint au maire, délégué à l'économie l'industrie, l'innovation, le foncier, les autorisations d'urbanisme, l'architecture, l'aménagement urbain et l'aménagement du territoire, disposait d'une délégation de fonctions et de signature prise par arrêté municipal 2017 CAB n° 21 du maire de Nice du 24 mai 2017 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes du 6 juillet 2017, pour signer les " autorisations d'urbanisme ". Il ressort également des pièces du dossier que M. F H, directeur général adjoint de l'aménagement, du logement et de la mobilité, disposait d'une délégation de signature par arrêté municipal 2017 ADM n° 92 du maire de Nice du 13 juillet 2017 publié au recueil des actes administratifs des Alpes-Maritimes du 7 août 2017, pour signer les " autorisations d'urbanisme " et les " courriers faisant grief et emportant décisions défavorables ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de chacun des signataires de l'arrêté du 6 mars 2019 accordant le permis de construire, et de la décision du 1er juillet 2019 rejetant le recours gracieux de Mme B, n'est pas fondé et doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, un permis ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis. La fraude suppose, pour pouvoir être caractérisée, que le pétitionnaire ait procédé à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet.

5. En l'espèce, la requérante soutient que la demande de permis de construire aurait été présentée de manière à tromper l'administration, d'une part, en présentant l'état des espaces verts tel qu'ils résulteraient après des changements significatifs intervenus, selon elle, illégalement et du fait du pétitionnaire sur la parcelle appartenant à Mme B et, d'autre part, en ne mentionnant pas la création d'ouvertures sur les façades Ouest et Nord. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive de la demande de permis de construire et de la photographie aérienne annexée au procès-verbal d'huissier de justice du 23 avril 2019 dressé à la demande de la requérante, que l'état des espaces verts est présenté comme offrant " un couvert paysagé peu remarquable en partie Nord " précisant ensuite que cet espace vert " reste inchangé ". La circonstance que des travaux relevant au demeurant d'un litige de voisinage et visant à retirer une partie conséquente des arbres auparavant présents sur la parcelle appartenant à Mme B et non compris dans le terrain d'assiette du projet auraient été réalisés, n'est pas de nature à modifier sensiblement la description des espaces verts situés au Nord du terrain d'assiette et, par là, l'appréciation du maire pour l'application des règles d'urbanisme applicables au projet, eu égard à son objet. Ensuite, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan des façades PCMI 05-1, que le projet présente l'état des ouvertures existantes sur les façades Ouest et Nord ainsi que les créations d'ouverture et les agrandissements d'ouvertures envisagés dans le cadre du projet. Par suite, aucun élément n'étant de nature à caractériser une fraude du pétitionnaire, le moyen tiré de ce que le permis de construire aurait été obtenu par fraude doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UB4 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Nice : " () Eaux pluviales : Tout projet soumis à permis de construire ou d'aménager doit comporter les ouvrages nécessaires pour collecter et évacuer les eaux pluviales conformément aux prescriptions règlementaires en vigueur sur la commune. / Toutefois, en vue de la limitation des débits à évacuer et de leur dépollution conformément aux prescriptions règlementaires en vigueur sur la commune, des constructions ou des aménagements particuliers peuvent être imposés. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive du dossier de demande de permis de construire que le projet prévoit de ramener les eaux pluviales au réseau existant. Par ailleurs, le 7 janvier 2019, la métropole Nice Côte d'Azur, gestionnaire du réseau, a émis un avis favorable sur le projet. Elle indique, s'agissant des eaux pluviales, que l'avis est " sans objet vu la nature du projet " et elle constate en outre que le projet ne crée pas de nouvelle surface imperméabilisée. Il n'est, au surplus, pas établi que le dispositif existant d'évacuation des eaux pluviales ne serait pas suffisant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB4 n'est pas fondé et doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 des dispositions générales du règlement du PLU de la commune de Nice : " Lorsqu'un immeuble bâti existant n'est pas conforme aux dispositions édictées par le règlement applicable à la zone concernée ne sont autorisés sur cet immeuble que les travaux qui ont pour effet de le rendre plus conforme aux dites dispositions ou qui sont sans effet à leur égard. Dans les reculs induits, des modifications de toiture de bâtiments existants peuvent être autorisées si elles n'augmentent pas le volume du bâtiment après travaux. " Par ailleurs, l'article 11 des dispositions générales du même règlement dispose : " Les constructions existantes peuvent faire l'objet, et ce, sans que le PLU ne le prévoit expressément, de travaux d'aménagement et d'entretien courant ou n'aggravant pas l'incompatibilité de la construction avec les règles du PLU. ". Enfin, aux termes de l'article UB7 du même règlement : " () 7.2 : Dans le secteur UBc, les installations, équipements et locaux techniques liés à l'entretien, la mise en sécurité et le fonctionnement des infrastructures existantes : stations d'extraction d'air, grilles de transparence aérauliques, issues de secours, peuvent s'implanter jusqu'en limite séparative. / Les constructions ayant une autre destination doivent s'implanter en recul de 5 m minimum des limites séparatives. Ce recul est ramené à 3 m minimum pour les serres agricoles. ".

9. En l'espèce, l'arrêté de permis de construire du 6 mars 2019 autorise la modification de façades, le changement de destination d'un local commercial en habitation (pour une surface de deux cent soixante-quinze mètre carré), la réfection de la toiture et la création de surface de plancher (extension mezzanine). Compte tenu de l'objet de cette autorisation d'urbanisme qui est étrangère aux règles susmentionnées du règlement du PLU de la commune de Nice relatives à l'implantation des constructions, le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant et doit donc être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 14 des dispositions générales du règlement du PLU de la commune de Nice : " 14.3 : Les modalités d'application des exigences propres à chaque zone sont les suivantes : () / - le nombre d'aire de stationnement exigée est arrondi au nombre entier le plus proche ; / - dans le cas d'augmentation de la surface de plancher d'un bâtiment existant, les aires de stationnement ne sont exigées que pour la surface de plancher supplémentaire ; () / - en cas de changement partiel ou total de destination ou de transformation ou réhabilitation d'un bâtiment existant, il n'est exigé aucune aire de stationnement voiture, 2 roues, livraison, poids lourd ou car supplémentaire ; " . Par ailleurs, l'article UB12 du même règlement dispose : " () Pour les constructions à destination d'habitation (y compris, résidences de tourisme et résidences-service), il est exigé : / Dans le secteur UBb : 1 aire par 40 m2 de surface de plancher / Dans le reste de la zone / Pour le logement social : 1 aire par 100 m2 de surface de plancher. Aucune aire n'est exigée si dans un périmètre de 300 m se trouve un parc auto ouvert au public. / Pour les autres logements : 1 aire par 40 m2 de surface de plancher. () ".

11. En l'espèce, il ressort de la demande de permis de construire que le projet prévoit la création d'une surface de plancher de quinze mètres carré et que les règles de calcul des aires de stationnement ci-dessus rappelées conduisent à ce que le nombre d'aires de stationnement à créer dans le cadre du projet pour cette nouvelle surface ramenée au nombre entier le plus proche est de zéro. Il s'ensuit que le projet n'avait pas à comporter d'aire de stationnement supplémentaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB12 du règlement du PLU de la commune de Nice doit être écarté.

12. En sixième lieu, l'article UB13 du règlement du PLU de la commune de Nice, dont il y a lieu de faire une application combinée avec les dispositions des articles 7 et 11 du règlement du PLU mentionnées au point 8, dispose : " Pour les autres destinations de construction, le pourcentage minimum d'espaces verts est fixé à : / En secteurs UBa, UBb et UBc : 50 % de l'unité foncière dont 35 % de l'unité foncière en pleine terre, ".

13. En l'espèce, s'il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet présente des espaces verts inférieurs à 50 % de l'unité foncière, les dispositions du règlement du PLU de la commune du Nice susmentionnées sont étrangères à l'objet des travaux autorisés par l'arrêté de permis de construire du 6 mars 2019 visant à la modification de façades, le changement de destination d'un local commercial en habitation (pour une surface de deux cent soixante-quinze mètre carré), la réfection de la toiture et la création de surface de plancher (extension mezzanine). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB13 est inopérant et doit donc être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par M. E et la commune de Nice, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2019 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 1er juillet 2019.

Sur les frais liés au litige :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. E au titre des dispositions susmentionnées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de M. D E présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. D E et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

Mme Le Guennec, conseillère ;

M. Combot, conseiller ;

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Combot

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière,

C. Albu

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