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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904247

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904247

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantIROISE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi en date du 28 août 2019, le tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Nice, en application de l'article du R. 312-12 code de justice administrative, la requête présentée pour M. C.

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 28 août 2019, 14 janvier 2020 et 13 mars 2020, M. B C, représenté par Me Le Doré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a décidé de ne pas lui verser ses traitements sur la période du 6 avril au 26 juin 2018 ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 22 juillet 2019 portant refus de versement des sommes dues au titre de la période litigieuse ;

3°) de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui verser la somme de 9 036,85 euros au titre des traitements dus pour la période du 6 avril au 26 juin 2018 ainsi que la somme de 707,48 euros au titre de la régularisation de la somme due au titre du treizième mois de l'année 2018 ;

A titre subsidiaire :

4°) de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui verser la somme de 4 909,80 euros en réparation du préjudice subi résultant de la faute commise en ne le licenciant pas dans la foulée du constat d'inaptitude totale et définitive ;

5°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut de notification ;

- elles sont entachées d'un défaut de base légale ;

- il a droit à percevoir ses traitements en sa qualité d'agent public jusqu'au 27 juin 2018 ;

- la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne procédant pas à son licenciement à la suite du constat d'inaptitude totale et définitive ;

- il a subi un préjudice financier dès lors qu'il n'a perçu aucun revenu du 6 avril au 26 juin 2018 ;

- le préjudice financier subi, tiré du non versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, se chiffre à 4 909,80 euros.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2019, 18 février 2020 et 24 avril 2020, la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, représentée par Me Mas, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de procédure.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de motivation et du défaut de notification est inopérant ;

- les autres moyens de légalité soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le délai pris pour prononcer le licenciement de M. C n'est pas excessif ;

- à titre subsidiaire elle ne pourra être condamnée qu'au versement de la somme de 3 039,40 euros.

Un mémoire présenté pour M. C, enregistré le 4 juin 2020, n'a pas été communiqué en vertu des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 24 mars 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2020.

Les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions présentées à titre subsidiaire pour la 1ère fois dans le mémoire du 13 mars 2020, tendant à la condamnation de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur à lui verser la somme de 4 909,80 euros en réparation du préjudice subi résultant de la faute commise par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ne le licenciant pas à la suite du constat d'inaptitude totale et définitive, constituent des conclusions nouvelles qui ne présentent pas de lien suffisant avec les conclusions principales formulées dans la demande initiale et qui ont été présentées au-delà du délai de recours contentieux.

Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 9 janvier 2023 pour la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Une réponse à cette demande d'observations a été enregistrée le 9 janvier 2023 pour M. C.

Les parties ont été informées, par un avis d'audience envoyé le 16 décembre 2022, de ce que l'affaire est inscrite au rôle de l'audience publique du 10 janvier 2023.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 13 janvier 2023 et communiquée aux parties.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de M. C, et de Me Mas, représentant la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Une note en délibéré, présentée pour M. C, a été enregistrée le 8 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, employé par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (CMAR PACA) depuis le 2 février 1981, a été placé en arrêt de travail à partir du 10 avril 2017. M. C a été déclaré inapte à tout reclassement en raison de son état de santé par la médecine du travail le 5 février 2018. A compter du 6 avril 2018, date de fin de son dernier arrêt de travail, M. C a cessé de percevoir les indemnités journalières équivalentes à son traitement. La CMAR PACA a licencié M. C par décision du 11 juin 2018, notifiée le 27 juin suivant. M. C a alors reçu le 16 juillet 2018 son reçu pour solde de tout compte d'un montant net de 35 311,58 euros, qu'il a contesté par courrier du 15 septembre 2018 en ce qu'il n'intègre pas les salaires non perçus sur la période du 6 avril au 26 juin 2018. Cette demande a été rejetée par courrier électronique de la CMAR PACA le 12 novembre 2018. Par courrier du 22 mai 2019, M. C a contesté l'argumentation de la CMAR PACA et a demandé le versement des sommes qu'il estime lui être dues sur le fondement du statut du personnel de la chambre des métiers et de l'artisanat. A la suite du silence gardé sur cette demande pendant plus de deux mois, une décision implicite de rejet est née. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision du 16 juillet 2018 de notification de son reçu pour solde de tout compte en tant qu'elle n'intègre pas les traitements dus pour la période du 6 avril au 26 juin 2018 ni ne prend en compte le prorata de son 13ème mois ainsi que des décisions rejetant ses recours gracieux formés par courriers du 15 septembre 2018 et du 22 mai 2019, d'autre part, la condamnation de la CMAR PACA à lui verser la somme de 9 036,85 euros au titre des traitements dus pour la période du 6 avril au 26 juin 2018, la somme de 707,48 euros au titre de la régularisation de la somme due pour le 13ème mois ainsi que, à titre subsidiaire, la somme de 4 909,80 euros en réparation du préjudice financier subi, résultant de la faute commise en ne le licenciant pas à la suite du constat d'inaptitude totale et définitive.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. En l'espèce, M. C a, par courrier du 15 septembre 2018, contesté le solde de tout compte notifié, selon ses écritures, le 16 juillet 2018 et demandé à la CMAR PACA le versement de la somme de 9 229,85 euros correspondant aux traitements non perçus sur la période du 6 avril au 27 juin 2018 et la proratisation de son treizième mois. Cette demande a été rejetée par la CMAR PACA par courrier électronique le 12 novembre 2018. Par un second courrier daté du 22 mai 2019, M. C a contesté le refus opposé le 12 novembre 2018 et demandé à la CMAR PACA de bien vouloir reconsidérer sa position et de faire droit à sa demande de versement des salaires au titre de la période du 6 avril au 26 juin 2018. La CMAR PACA n'a pas répondu explicitement à une telle demande.

4. La demande du 15 septembre 2018 doit être regardée, compte tenu de ses termes, comme un recours gracieux et la demande du 22 mai 2019 comme un second recours gracieux. Or, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 et 3, que M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision initiale du 16 juillet 2018 en tant qu'elle n'intègre pas les traitements dus pour la période du 6 avril au 26 juin 2018 ni ne prend en compte le prorata de son 13ème mois. Par suite, les moyens de la requête dirigés contre les vices propres de la décision du 12 novembre 2018 rejetant le 1er recours gracieux de M. C ainsi que de la décision rejetant implicitement le 2nd recours gracieux doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-3 de ce code : " Doivent également être motivées les décisions administratives individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement ".

6. La décision litigieuse, qui a pour seul objet de fixer le solde de tout compte de M. C, n'entre pas dans la catégorie des décisions individuelles qui dérogent aux règles générales fixées par la loi ou le règlement ni dans celles des décisions individuelles défavorables dont la motivation est obligatoire en application des dispositions des articles L. 211-3 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen invoqué tiré du défaut de motivation et du défaut de notification de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté comme inopérant.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 21 bis de cette même loi : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service () ".

8. Aux termes de l'article 36 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat : " La cessation définitive des fonctions entrainant la perte de la qualité d'agent d'un des établissements mentionnés à l'article 1er résulte : () / - du licenciement dans les cas prévus à l'article 40 ; () ". Aux termes de l'article 40 du statut : " Le licenciement résulte : () / - du fait que l'agent cesse de remplir une des conditions spécifiées à l'article 7 notamment au regard de son aptitude physique () ". Aux termes de l'article 48 du statut : " I- maladie - accident : En cas de maladie ou d'accident mettant l'agent dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est de droit mis en congé. / () III - conséquence de l'inaptitude physique : () l'agent qui, avant le terme de ces droits à congé, fait l'objet d'un avis d'inaptitude définitive à tout emploi, établi par le médecin du travail, en application des dispositions de l'article D. 4624-47 du code du travail, est licencié pour inaptitude physique ou, s'il en remplit les conditions, admis à la retraite () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C était en arrêt de travail du 10 avril 2017 au 5 avril 2018 et que le 5 février 2018, le médecin du travail l'a déclaré inapte définitivement à tout emploi. A la date à laquelle le dernier arrêt de travail de M. C a pris fin, le 6 avril 2018, ce dernier ne pouvait pas être réintégré sur un emploi compte tenu de son inaptitude définitive à tout emploi déclarée le 5 février 2018 et ne se trouvait pas non plus en congé pour invalidité temporaire imputable au service. Dès lors, en vertu des dispositions des articles 20 et 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, auxquelles le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat ne déroge pas, il ne pouvait bénéficier, en dépit de sa qualité d'agent public, de son traitement à partir de la fin de son arrêt de travail jusqu'à son licenciement en l'absence de service fait ou de congé maladie pour invalidité imputable au service. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'un défaut de base légale et la CMAR PACA n'a pas commis d'erreur de droit en ne versant pas au requérant les traitements correspondants à son dernier emploi entre le 6 avril 2018 et le 26 juin 2018.

10. En troisième et dernier lieu, si, ainsi que le soutient le requérant, la CMAR PACA a mis en œuvre une procédure de reclassement inutile dès lors qu'il a été déclaré inapte définitivement à tout emploi, cette circonstance est cependant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2018 en tant qu'elle n'intègre pas dans le solde de tout compte les traitements pour la période du 6 avril au 26 juin 2018 et en tant qu'elle ne prend pas en compte le prorata du 13ème mois, ni des décisions rejetant ses recours gracieux formés par courriers du 15 septembre 2018 et du 22 mai 2019.

12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions d'annulation, M. C n'est pas fondé à demander que la CMAR PACA lui verse la somme de 9 036,85 euros au titre des traitements pour la période du 6 avril au 26 juin 2018 ainsi que la somme de 707,48 euros au titre de la régularisation du salaire correspondant au 13ème mois.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. Par un mémoire enregistré le 13 mars 2020, le requérant a demandé pour la première fois et à titre subsidiaire, la condamnation de la CMAR PACA à lui verser la somme de 4 909,80 euros en réparation du préjudice subi résultant de la faute commise par cette dernière en ne le licenciant pas à la suite du constat d'inaptitude totale et définitive. Ces conclusions ne présentent pas de lien suffisant avec les conclusions d'annulation principales formulées dans la requête introductive d'instance et ont été présentées au-delà du délai de recours contentieux, de sorte qu'elles constituent des conclusions nouvelles qui sont, par suite, irrecevables. Elles doivent donc être rejetées pour ce motif.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CMAR PACA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C la somme réclamée par la CMAR PACA au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

signé

D. A

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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