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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904370

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904370

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBONACORSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 septembre 2019 et 22 avril 2020, Mme G H et M. F C, représentés par Me Bonacorsi, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2019 par lequel le maire de La Gaude a délivré à Mme A un permis de construire modificatif, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Gaude la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le maire aurait dû rejeter la demande de Mme A dès lors qu'en raison de son ampleur, le projet ne rentre pas dans le champ d'application du permis de construire modificatif ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article A 7 du plan local d'urbanisme métropolitain ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d'incendie de forêt ;

- il méconnaît les dispositions de l'article A 11 du plan local d'urbanisme métropolitain ;

- le permis en litige a été délivré à l'exclusion de toute considération relative à une exploitation agricole mais en vue d'échapper à l'application des dispositions de l'article 682 du code civil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2020, la commune de La Gaude conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des époux C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2020, Mme E A, représentée par Me Piasecki, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des époux C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le litige relève du juge judiciaire ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 février 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 28 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Piasecki, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme H sont propriétaires de la parcelle cadastrée section AW n°61 située sur le territoire de la commune de La Gaude. Mme A est propriétaire des parcelles cadastrées section AW n° 62, 63 et 64. Par un arrêté du 7 janvier 2016, le maire de La Gaude a délivré au précédent propriétaire des parcelles détenues par Mme A un permis de construire valant permis de démolir pour la réalisation d'une rampe d'accès avec plateforme de retournement et la démolition d'un abri voiture. Mme A a déposé, le 26 février 2019, une demande de permis modificatif au titre de la modification de la rampe d'accès. Par un arrêté du 12 mars 2019, le maire de La Gaude lui a délivré le permis sollicité. Par un courrier, reçu le 13 mai 2019 par la commune, les époux C ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'a été apportée à leur demande. Par la présente requête, M. C et Mme H demandent l'annulation de l'arrêté du 12 mars 2019, ensemble de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article R. 312-7 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux déclarations d'utilité publique, au domaine public, aux affectations d'immeubles, au remembrement, à l'urbanisme et à l'habitation, au permis de construire, d'aménager ou de démolir, au classement des monuments et des sites et, de manière générale, aux décisions concernant des immeubles relèvent de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouvent les immeubles faisant l'objet du litige. / () ".

3. En l'espèce, le litige porté devant le tribunal porte sur la contestation d'un permis de construire. En application des dispositions citées au point précédent, celui-ci relève bien de la compétence de la juridiction administrative. A cet égard, la circonstance que les moyens invoqués à l'appui du recours relèveraient du droit privé et ne pourraient aboutir devant le tribunal est inopérante pour apprécier la compétence du juge administratif. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la pétitionnaire doit également être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2018-086 du 5 avril 2018 transmis au préfet le 9 avril suivant et affiché en mairie le même jour, le maire de La Gaude a accordé une délégation de fonctions et de signature à Mme D I, 3e adjointe, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer tous actes règlementaires et individuels en matière d'urbanisme règlementaire Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

6. En l'espèce, les modifications envisagées par le permis de construire en litige, et qui consistent dans la prolongation de la rampe d'accès ayant fait l'objet du permis de construire initial, n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de La Gaude aurait entaché l'arrêté en litige d'une erreur de droit dès lors que le projet ne relevait pas du champ d'application du permis de construire modificatif.

7. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article A 7 du plan local d'urbanisme métropolitain relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Les constructions doivent s'implanter à une distance au moins égale à 5 mètres des limites séparatives. / () ". D'autre part, dès lors que le permis délivré le 12 mars 2019 présente le caractère d'un permis modificatif, seuls sont susceptibles d'être invoqués à son encontre les vices propres dont il serait entaché.

8. En l'espèce, d'une part, dès lors que le permis modificatif n'entraîne aucune modification de l'implantation de la partie de la rampe d'accès située en amont de la plateforme de retournement, la circonstance tirée de ce que cette partie de la rampe s'implanterait à moins de 5 mètres de la propriété des requérants est inopérante. D'autre part, il ressort du plan de masse joint à la demande de permis de construire en litige que la prolongation de la rampe d'accès faisant l'objet du permis modificatif s'implante à plus de 5 mètres des limites séparatives. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A7 du plan local d'urbanisme métropolitain doit être écarté.

9. En quatrième lieu, d'une part aux termes de l'article 27 du plan de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) en vigueur sur le territoire de la commune dans sa rédaction applicable au litige : "1°) Sont autorisés sans conditions / - les travaux agricoles et forestiers ; / () / 2°) Occupations et utilisations du sol autres que celles autorisées au 1°) / Les occupations et utilisations du sol autres que celles autorisées au 1°) ne sont autorisées que si elles respectent les dispositions des articles 28 à 32 ". Aux termes de l'article L. 722-2 du code rural et de la pêche maritime : " Sont considérés comme travaux agricoles : / 1° Les travaux qui entrent dans le cycle de la production animale ou végétale, les travaux d'amélioration foncière agricole ainsi que les travaux accessoires nécessaires à l'exécution des travaux précédents ; / () ".

10. D'autre part, aux termes de l'article 28 du PPRIF dans sa rédaction applicable au litige : " () / 2°) La réalisation d'une opération d'urbanisme individuelle est soumise aux prescriptions suivantes : / -la voie d'accès nouvellement créée a des rayons de courbure supérieurs à 9 mètres, une pente en long inférieure à 15 %, et une bande de roulement d'une largeur minimum de 3 mètres ; / - en cas d'accès en cul de sac nouvellement créé, celui-ci est de longueur inférieure à 60 m ou il est équipé en bout d'une aire ou d'un TE de retournement réglementaires (voir schéma en annexe 2). / () " et aux termes de l'article 29 du même plan : " Toute occupation et utilisation du sol (autres que celles autorisées aux 1°). de l'article 27 doit : / - soit être située à une distance inférieure ou égale à 200 mètres d'un point d'eau normalisé ; / - soit, s'il s'agit d'une habitation de 1"" famille, être située à une distance inférieure ou égale à 150 mètres d'une voie défendue. / Ces distances sont mesurées sur la voie utilisée par les engins d'incendie ".

11. En l'espèce, il ressort de la lecture de la notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire modificatif que Mme A souhaite développer l'activité d'élevage en renfort au poney club existant et que la prolongation de la rampe d'accès vise à lui permettre d'acheminer la poulinière et l'étalon et faire livrer le foin. Cette construction constitue ainsi des travaux agricoles au sens des dispositions de l'article L. 722-2 du code rural et de la pêche maritime citées au point 19. En application des dispositions du 1°) de l'article 27 du règlement du PPRIF, ces travaux sont autorisés sans conditions, par opposition aux travaux prévus par le 2°) de ce même article qui sont tenus de respecter les dispositions des articles 28 à 32 du plan. Par suite, les règles invoquées par les requérants, désormais reprises aux articles 28 et 29 du règlement du PPRIF dans leur rédaction applicable au litige, ne sont pas opposables aux travaux projetés. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces règles est inopérant et ne peut qu'être écarté comme tel.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article A 11 du plan local d'urbanisme métropolitain relatif à l'aspect extérieur des constructions : " Les constructions, ainsi que les clôtures et les murs de soutènement, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

13. D'une part, eu égard à la teneur de ces dispositions, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

14. D'autre part, comme il a été rappelé au point 11, dès lors que le permis délivré le 12 mars 2019 présente le caractère d'un permis modificatif, seuls sont susceptibles d'être invoqués à son encontre les vices propres dont il serait entaché.

15. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la construction projetée se situe au sein d'une zone rurale, comportant quelques maisons individuelles à usage d'habitation, qui ne présente pas d'intérêt particulier. D'autre part, la prolongation de la rampe d'accès s'implante en contrebas de la route et présente une hauteur inférieure à 3 mètres en son point le plus haut de sorte que son impact visuel reste modéré. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article A 11 du plan local d'urbanisme métropolitain. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

16. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que les travaux en litige constituent des travaux agricoles au sens des dispositions de l'article L. 722-2 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, les requérants ne peuvent soutenir que le permis de construire en litige serait entaché de détournement de pouvoir dès lors qu'il aurait été délivré à l'exclusion de toute considération relative à une exploitation agricole mais en vue d'échapper à l'application des dispositions de l'article 682 du code civil. Il suit de là que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de La Gaude, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les époux C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Gaude, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les époux C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des époux C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

19. Si la commune de La Gaude, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, demande qu'une somme soit mise à la charge de la partie adverse au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens, elle ne fait toutefois état d'aucun frais spécifiquement exposé pour assurer sa défense devant le tribunal. Ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H et M. C est rejetée.

Article 2 : Mme H et M. C verseront à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de La Gaude présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G H, à M. F C, à la commune de La Gaude et à Mme E A.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

N. B

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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