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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904636

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904636

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFURIO-FRISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 septembre 2019, 15 décembre 2020 et 10 mai 2021, la société civile immobilière Les Grands Logis, représentée par Me Furio-Frisch, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme révisé, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Antibes de procéder à une nouvelle enquête publique dans un délai de 4 mois à compter de la notification du jugement à intervenir sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 29 mars 2019 par laquelle le conseil municipal d'Antibes a approuvé son plan local d'urbanisme révisé en tant qu'elle instaure une unité de paysage n°47 sur la parcelle cadastrée section DM n° 108 ;

4°) d'enjoindre au maire d'Antibes d'inscrire à l'ordre du jour la modification de la délibération du 29 mars 2019 en vue de supprimer l'unité de paysage n°47 ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune d'Antibes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est entachée de vices de procédure en méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- l'enquête publique est irrégulière en méconnaissance des dispositions des articles R. 123-19 du code de l'environnement et L. 123-10 du code de l'urbanisme ;

- l'institution d'une unité de paysage n° 47 sur la parcelle cadastrée section DM n°108 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2020, 26 février et 7 juin 2021, la commune d'Antibes, représentée par Me Ducroux, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au prononcé d'un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que cette dernière soit condamnée aux entiers dépens.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 9 juillet 2021.

Un mémoire présenté pour la SCI Les Grands Logis a été enregistré le 9 juillet 2021.

Par une lettre du 10 octobre 2022, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête, en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, afin de permettre la régularisation éventuelle du vice tiré de l'insuffisante motivation de l'avis du commissaire-enquêteur en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement.

Par un courrier, enregistré le 14 octobre 2022, la commune d'Antibes a présenté des observations.

Par un courrier, enregistré le 21 octobre 2022, la société requérante a présenté des observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 janvier 2023 :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Furio-Frisch, représentant la société requérante, et de Me Mouakil, représentant la commune d'Antibes.

Considérant ce qui suit :

1. Le plan local d'urbanisme de la commune d'Antibes a été approuvé par une délibération du 13 mai 2011. Par une délibération du 12 juillet 2012, le conseil municipal a prescrit sa révision générale. Le projet de plan révisé a été arrêté par une délibération du 6 juillet 2018 et soumis à enquête publique du 22 octobre au 23 novembre 2018. Par une délibération du 29 mars 2019, le conseil municipal a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. La société requérante demande l'annulation de cette délibération, ensemble de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la méconnaissance des dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales dans sa rédaction applicable au litige : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, au domicile des conseillers municipaux ou, s'ils en font la demande, envoyée à une autre adresse ou transmise de manière dématérialisée ".

3. Il résulte de ces dispositions que les convocations aux réunions du conseil municipal doivent être envoyées aux conseillers municipaux à leur domicile personnel, sauf s'ils ont expressément fait le choix d'une transmission par voie dématérialisée. La méconnaissance de cette règle est de nature à entacher d'illégalité les délibérations prises par le conseil municipal. Il en va ainsi alors même que les conseillers municipaux concernés auraient été présents ou représentés lors de la séance. Il ne pourrait en aller différemment que dans le cas où il serait établi que les convocations irrégulièrement adressées ou distribuées sont effectivement parvenues à leurs destinataires.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la convocation à la réunion du conseil municipal du vendredi 29 mars 2019 a été adressée par courrier électronique aux conseillers municipaux le 22 mars 2019. Il ressort toutefois des pièces du dossier que plusieurs conseillers municipaux ont expressément refusé l'envoi de la convocation par voie dématérialisée tandis que d'autres n'ont pas complété le cadre correspondant ou l'imprimé prévu à cet effet, en méconnaissance de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales. A cet égard, si par délibération du 7 avril 2014, le conseil municipal avait, sur proposition du maire, approuvé la mise à disposition de l'ensemble des élus d'une tablette électronique, en précisant que l'acceptation du matériel valait engagement à recevoir par email les convocations, ordres du jour et projets de délibération, cette seule délibération n'est pas de nature à démontrer que l'ensemble des conseillers municipaux aurait accepté d'être doté d'un tel matériel. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que la convocation des membres de l'assemblée délibérante par courrier électronique, sans que certains en aient fait la demande préalable, ait exercé une influence sur le sens de la décision attaquée ou ait privé les intéressés d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de convocation pris en cette première branche doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. / () ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent d'une part que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, les convocations aux réunions du conseil municipal doivent être envoyées dans un délai de cinq jours francs avant la réunion, d'autre part que le défaut d'envoi de la note de synthèse ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

7. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la copie du courriel adressé aux élus le 22 mars 2019, que les convocations à la séance du conseil municipal du 29 mars 2019, accompagnées de l'ordre du jour et des projets de délibération, ont été adressées dans le délai légal de cinq jours francs avant la séance. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le projet de délibération joint à la convocation, valant note de synthèse, détaillait les objectifs de la révision du plan local d'urbanisme, les étapes de son élaboration, la teneur des avis des organismes et personnes associées, le bilan général de l'enquête publique et les principales modifications apportées au projet après l'enquête publique. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales auraient été méconnues et la deuxième branche du moyen doit être écartée.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les membres du conseil municipal appelés à délibérer de l'approbation du plan local d'urbanisme doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan que la délibération a pour objet d'approuver, et que s'ils doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur l'approbation de ce plan, notamment du rapport du commissaire enquêteur, aucun texte ni aucun principe n'impose toutefois au maire de leur communiquer ces pièces et documents en l'absence d'une demande de leur part.

10. En l'espèce, il ressort de deux attestations du directeur général des services du 23 octobre 2020 et de la responsable du service du conseil municipal du 24 février 2020 que les convocations transmises aux conseillers municipaux comportaient un lien vers l'extranet de la commune permettant d'accéder à l'entier dossier du plan local d'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas non plus allégué, qu'un membre du conseil municipal aurait demandé en vain la communication d'informations ou se serait estimé insuffisamment informé. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les membres du conseil municipal auraient bénéficié d'une information insuffisante avant l'adoption du plan local d'urbanisme attaqué. Il suit de là que la troisième branche du moyen tirée de l'irrégularité de la procédure doit être écartée.

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

Sur la régularité de l'enquête publique :

12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. / () ".

13. Il résulte des dispositions citées au point précédent que si le commissaire enquêteur n'est pas, en principe, tenu de répondre à chacune des observations formulées durant l'enquête publique, il lui appartient en revanche d'analyser lesdites observations et de motiver de façon suffisante son avis.

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société requérante a déposé, dans le cadre de l'enquête publique, un dire enregistré sous les références n° E37 et E111. Il ressort par ailleurs du rapport du commissaire-enquêteur que celui-ci présente dans un chapitre 5 les observations recueillies et les réponses apportées. D'une part, il synthétise ainsi le dire présenté par la société requérante : " la SCI Les Grands Logis sollicite la rectification de la configuration de la servitude de jardin à protéger, dans ce qu'elle a d'erroné, de façon à ce qu'elle colle à la réalité des éléments patrimoniaux méritant d'être identifiés ", présente une " demande de modification des parcs et jardins pour permettre la réalisation de deux bâtiments restant à construire selon le règlement de copropriété en vigueur et pour correspondre à la réalité " et " fait une proposition de modification avec la même superficie de parcs et jardins répartie différemment ". Il suit de là que, contrairement à ce que soutient la société requérante, le commissaire-enquêteur a bien analysé les observations qu'elle avait déposées dans le cadre de l'enquête publique. D'autre part, le commissaire-enquêteur répond au dire par un avis défavorable en précisant de voir le zonage de la protection verte. Il précise ensuite avoir rendu des avis défavorables concernant les dires tendant à la suppression d'unités de paysage dès lors que ce type de servitude a fait l'objet d'une étude globale réalisée lors de l'élaboration du PLU de 2011 ou au moment de la révision du plan local d'urbanisme, s'intègre dans le contexte environnemental, paysager et écologique élargi et participe à la création d'une " ville-parc ". Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le commissaire-enquêteur n'aurait pas indiqué de manière suffisamment précise les raisons qui l'auraient conduit à écarter ses observations. Il suit de là que la première branche du moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique doit être écartée.

15. En deuxième lieu, il résulte également des dispositions précitées de l'article R. 123-19 du code de l'environnement qu'il appartient au commissaire enquêteur d'indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de ses conclusions.

16. En l'espèce, dans ses conclusions, le commissaire-enquêteur rappelle le contenu du projet, l'organisation et le déroulement de l'enquête publique, précise que celle-ci s'est déroulée conformément à la règlementation, que le projet de plan respecte les normes en vigueur et que l'ensemble des personnes publiques associées ont rendu un avis favorable. Il émet ensuite un avis favorable dès lors que " le projet présenté répond à la volonté d'un développement mesuré de la commune dans le respect du tissu urbanisé et dans le respect de la directive territoriale d'aménagement, du plan d'aménagement et de développement durable, de l'environnement, de Natura 2000, de la loi littoral et autres normes supra-communales ". Il assortit son avis de recommandations en reprenant à son compte les recommandations du conseil départemental, de la mission régionale d'autorité environnementale, de la société publique locale en charge de l'aménagement d'Antibes et du bailleur Sophia Antipolis Habitat et en proposant des recommandations qui lui sont propres. Le commissaire enquêteur a ainsi détaillé les raisons l'amenant, au regard du déroulement de l'enquête et des caractéristiques du projet de révision du plan local d'urbanisme à émettre un avis favorable assorti de recommandations. Par suite, le commissaire enquêteur a donné un avis personnel et motivé au sens des dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'environnement citées au point 12 et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté dans toutes ses branches.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. / () ".

18. En l'espèce, le rapport du commissaire enquêteur précise que le dossier soumis à enquête publique comportait les avis de la mission régionale de l'autorité environnementale, de la commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, de la FPA ainsi que de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Il ressort par ailleurs du même rapport que le conseil départemental, la communauté d'agglomération Sophia Antipolis (CASA), la chambre de commerce et d'industrie (CCI) et la chambre d'agriculture ont rendu un avis favorable expresse sur le projet de plan. Or, le rapport du commissaire-enquêteur ne liste pas, parmi les pièces composant le dossier d'enquête publique, ces avis, qui ne sont pas non plus répertoriées dans l'annexe. Et la commune n'apporte aucun élément tendant à démontrer que ces avis auraient bien été joints au dossier. Par suite, il n'est pas établi que le dossier d'enquête publique comportait l'ensemble des avis des personnes publiques associées, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent.

19. Toutefois, une telle irrégularité n'est de nature à vicier la procédure et à entacher d'illégalité la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information du public ou si elle a été de nature à exercer une influence sur cette décision. Or, d'une part, il ressort des pièces du dossier que ces quatre avis étaient tous favorables et que seuls le conseil départemental et la CCI avaient assorti leur avis de recommandations. D'autre part, si la société requérante allègue que l'absence de ces avis au dossier a eu une influence sur la décision prise en matière de création de logements et sur ses droits à bâtir, il ressort de la lecture de ces avis que les recommandations de la CCI portent sur les volets zone d'activités et foncier économique, commerce, urbanisme commercial et tourisme-loisirs, et sur l'orientation d'aménagement et de programmation du secteur de la gare Pétroliers tandis que les recommandations du conseil départemental portent sur l'actualisation des emplacements réservés au bénéfice du département, la création d'emplacements réservés au bénéfice de la commune ou de la CASA pour l'élargissement de la voirie, les routes départementales traversant la commune, le déclassement d'une section de la route départementale 35, les aménagements cyclables, l'intégration des sports de nature dans le projet d'aménagement et de développement durable et la mise à jour de certaines données du rapport de présentation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'irrégularité tirée de l'absence d'intégration des avis des personnes publiques associées au dossier d'enquête publique ait, dans les circonstances de l'espèce, exercé d'influence sur la création de logements ou les droits à bâtir de la société requérante ou privé les administrés d'une garantie. Il suit de là que la troisième branche du moyen doit être écartée.

Sur l'unité de paysage n° 47 :

20. Aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. () ".

21. Les dispositions citées au point précédent permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un élément en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de la protection instituée, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.

22. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 151-8 de ce code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". L'article L. 101-2 du même code précise dans sa rédaction applicable au litige : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / () / 2° La qualité urbaine, architecturale et paysagère, notamment des entrées de ville ; / () / 5° La prévention des risques naturels prévisibles, des risques miniers, des risques technologiques, des pollutions et des nuisances de toute nature ; / () ". Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du PLU entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont défini dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

23. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le règlement identifie la parcelle des requérants, classée en secteur UCb2, au titre d'une unité de paysage à protéger n°47, d'une surface de 7 006 mètres carrés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme citées au point 20 et prescrit sa préservation de tout aménagement et de toute construction. La société requérante fait valoir que l'institution de cette unité de paysage est contradictoire avec les objectifs du rapport de présentation et les orientations du projet d'aménagement et de développement durables qui promeuvent l'augmentation de l'offre de logement et plus particulièrement de logements sociaux notamment dans le secteur des âmes du purgatoire.

24. D'une part, il ressort de la lecture du rapport de présentation que si la zone UC a pour vocation de favoriser le renouvellement urbain, de sorte que les règles de constructibilité fixées pour cette zone offrent un potentiel de développement de logements très important, ce même rapport précise également que les gabarits proposés par le projet de révision du plan local d'urbanisme en zone UC visent un développement plus nuancé et un aspect qualitatif intensifié dans un objectif de qualité urbaine et de préservation du paysage et de l'environnement, qu'il est proposé pour la plupart des secteurs urbains du projet des règles plus adaptées à la morphologie urbaine et surtout à la préservation du cadre de vie et de la qualité paysagère et enfin que dans le secteur UCb2 n°5, localisé dans le quartier de L'Estagnol, la qualité paysagère du secteur est assurée par la protection de plusieurs parcs et jardins et notamment du jardin privé de la résidence Les Grands Logis. Dans ces conditions, la seule circonstance que la parcelle en litige serait classée en zone UC n'est pas suffisante à démontrer qu'il existerait une contradiction entre l'identification par le règlement d'une unité de paysage sur celle-ci et le rapport de présentation.

25. D'autre part, il ressort de la lecture du PADD que celui-ci fixe une orientation n°2 en vue de conforter une offre de logements équilibrée dans un environnement qualitatif durable, notamment en satisfaisant les besoins en logements libres et en logements sociaux. Toutefois, le PADD prévoit également une orientation n°1 visant au développement et à l'aménagement harmonieux du territoire notamment en promouvant la nature en ville et l'équilibre entre bâti et végétal et une orientation n°5 visant à assurer une gestion dynamique du patrimoine naturel et des risques dans le respect des équilibres du territoire notamment en luttant contre l'imperméabilisation des sols. Dans ces conditions, l'identification d'une unité de paysage sur la parcelle cadastrée section DM n° 108 n'est pas davantage incohérente avec les orientations du PADD.

26. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " A l'article L.151-19 et L.151-23 du Code de l'urbanisme, les éléments de paysage et les immeubles à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d'ordre culturel, historique ou écologique ont été inventoriés afin d'en assurer la pérennité. / Ainsi, les unités de paysage, figurant sur les documents graphiques du règlement doivent être préservées de tout aménagement et de toute construction en sur-sol (volume au-dessus du terrain naturel) et en sous- sol (volume en dessous du terrain naturel) ".

27. En l'espèce, il ressort des écritures en défense de la commune que les auteurs du plan local d'urbanisme ont fait le choix d'implanter une unité de paysage n°47 sur la parcelle cadastrée section DM n° 108 pour un motif d'ordre architectural. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le jardin en litige, composé essentiellement d'une pelouse, présenterait un intérêt architectural particulier qui justifierait la mise en place d'une telle protection. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le choix des auteurs du plan local d'urbanisme d'instaurer une unité de paysage n° 47 sur son terrain n'est pas adéquat au regard de l'objectif poursuivi.

Sur le détournement de pouvoir :

28. Le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

29. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 29 mars 2019 est illégale en tant qu'elle instaure une unité de paysage n° 47 sur la parcelle cadastrée section DM n°108.

30. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est susceptible de fonder l'annulation de la délibération attaquée.

Sur l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

31. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ; / 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. / () ".

32. Ces dispositions ont pour objet de permettre, sous le contrôle du juge, la régularisation d'un vice ayant entaché l'élaboration ou la révision d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale, sous les réserves mentionnées au 2° s'agissant d'un vice de forme ou de procédure ou au 1° s'agissant d'un autre vice, dès lors qu'aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de l'acte attaqué. Lorsque le juge estime qu'une telle régularisation est possible, il peut, de sa propre initiative ou à la demande d'une partie, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur le principe de l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, constater, par une décision avant-dire droit, que les autres moyens ne sont pas fondés et surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour permettre, selon les modalités qu'il détermine, la régularisation du vice qu'il a relevé.

33. Il résulte de ce qui a été dit au point 27 que l'instauration d'une unité de paysage n° 47 sur la parcelle cadastrée section DM n°108 est entachée d'une erreur de droit. Cette illégalité n'affecte qu'une partie divisible et réduite de la délibération. Par suite la délibération du 29 mars 2019 et la décision rejetant le recours gracieux de la société requérante doivent être annulées en tant qu'elles instaurent cette unité de paysage n° 47.

Sur les frais liés au litige :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Les Grands Logis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Antibes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Antibes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Les Grands Logis et non compris dans les dépens.

35. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par la commune d'Antibes ne peuvent donc qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 29 mars 2019 et la décision implicite rejetant le recours gracieux de la société Les Grands Logis sont annulées en tant qu'elles instaurent une unité de paysage n° 47 sur la parcelle cadastrée section DM n° 108.

Article 2 : La commune d'Antibes versera à la société Les Grands Logis une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune d'Antibes présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Les Grands Logis et à la commune d'Antibes.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

La rapporteure,

Signé

N. A

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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