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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904706

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904706

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL SOPHIA LEGAL SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 :

- le rapport de M. Cherief, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Azur Développement Services est une structure spécialisée dans l'aide à domicile. A la suite d'un contrôle effectué le 12 décembre 2017 dans ses locaux, la DIRECCTE de Provence-Alpes-Côte d'Azur a, par une décision du 26 juillet 2019, mis à sa charge une amende administrative de 500 euros par manquement à la règlementation du travail relative au repos quotidien obligatoire, soit pour trente-et-un manquements une amende d'un montant total de 15 500 euros. L'association Azur Développement Services demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes, enregistrées sous les n°s 1904706 et 1905740, introduites par l'association Azur Développement Services, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à la requête n° 1904706 et n° 1905740 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant maximal de l'amende est de 2 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. / Le plafond de l'amende est porté au double en cas de nouveau manquement constaté dans un délai d'un an à compter du jour de la notification de l'amende concernant un précédent manquement. ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour fixer le montant de l'amende, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur ainsi que ses ressources et ses charges. ". Aux termes de l'article L. 8115-5 du même code : " Avant toute décision, l'autorité administrative informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée en portant à sa connaissance le manquement retenu à son encontre et en l'invitant à présenter, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, ses observations. / A l'issue de ce délai, l'autorité administrative peut, par décision motivée, prononcer l'amende et émettre le titre de perception correspondant. / Elle informe de cette décision le comité social et économique. / Le délai de prescription de l'action de l'autorité administrative pour la sanction du manquement par une amende administrative est de deux années révolues à compter du jour où le manquement a été commis. ". Aux termes de l'article R. 8115-1 du même code : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail constate l'un des manquements aux obligations mentionnées à la section 2 du présent chapitre, il transmet au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi un rapport sur le fondement duquel ce dernier peut décider de prononcer une amende administrative ". Aux termes de l'article R. 8115-2 du même code : " Lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative, il indique à l'intéressé par l'intermédiaire du représentant de l'employeur mentionné au II de l'article L. 1262-2-1 ou, à défaut, directement à l'employeur, le montant de l'amende envisagée et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. / A l'expiration du délai fixé et au vu des observations éventuelles de l'intéressé, il notifie sa décision et émet le titre de perception correspondant. / L'indication de l'amende envisagée et la notification de la décision infligeant l'amende sont effectuées par tout moyen permettant de leur conférer date certaine. ".

5. En premier lieu, l'association requérante fait valoir que l'administration ne lui a pas, lors de la phase contradictoire, communiqué le montant précis de la sanction envisagée. Toutefois, il résulte de l'instruction que le courrier adressé à l'association le 13 juin 2019 précisait le montant maximal de l'amende susceptible d'être infligée et le fait que le nombre de salariés concernés par chaque manquement serait pris en compte pour la fixation du montant de l'amende ainsi que le nombre de " journée infractionnelle ". Ce montant maximal correspond à celui prévu par les dispositions de l'article L. 8115-3 du code du travail, dans sa version en vigueur à la date à laquelle les manquements ont été constatés. De telles informations étaient suffisantes pour permettre à l'association concernée de présenter des observations utiles à sa défense, ce qu'elle a au demeurant fait dans son courrier du 11 juillet 2019. Dans ces circonstances, elle n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article R. 8115-2 du code du travail auraient été méconnues, nonobstant la circonstance que l'autorité administrative n'ait pas chiffré précisément le montant de l'amende envisagée.

6. En deuxième lieu, l'association requérante fait valoir qu'elle n'a pas eu connaissance des documents établis par l'inspecteur pour justifier son contrôle. Toutefois il résulte de l'instruction que la lettre du 13 juin 2019 qui marque l'ouverture de la procédure contradictoire rappelle les constatations effectuées par l'inspecteur du travail à l'occasion de son contrôle effectué le 12 décembre 2017. Ce même courrier précise, d'une part, que la consultation des plannings ainsi que des justificatifs de travail a permis à l'inspecteur du travail de constater des infractions multiples aux dispositions du code du travail relatives au repos quotidien pour certains salariés affectés à une équipe en particulier et sur une période allant de septembre 2017 à novembre 2017. A cet égard, un tableau figure dans ce courrier identifiant les salariés concernés, leur emploi, et le nombre d'heures de repos constatés par dates. Enfin, ce courrier mentionne les dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration et informe l'association de la possibilité de lui communiquer le rapport de l'inspecteur du travail sur demande. A cet égard, l'association Azur Développement Services n'établit ni même n'allègue, qu'elle aurait sollicité de l'administration la communication de son dossier. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que par un courrier du 12 novembre 2019, notifié le 13 novembre 2019, la DIRECCTE de Provence-Alpes-Côte d'Azur a informé le comité social et économique de l'association requérante de la sanction prononcée à l'encontre de l'association Azur Développement Services. Par suite, les moyens tirés de ce que la matérialité des faits n'est pas établie et ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 8115-5 du code du travail doivent être écartés.

7. En troisième lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration a prononcé une amende sanctionnant la méconnaissance des dispositions relatives aux durées maximales quotidienne et hebdomadaire de travail, à la durée quotidienne de repos minimal et au repos hebdomadaire, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur le bien-fondé et le montant de l'amende fixée par l'administration. S'il estime que l'amende a été illégalement infligée, dans son principe ou son montant, il lui revient, dans la première hypothèse, de l'annuler et, dans la seconde, de la réformer en fixant lui-même un nouveau quantum proportionné aux manquements constatés et aux autres critères prescrits par les textes en vigueur.

8. Pour justifier le montant de 500 euros appliqué pour chaque manquement concernant trois salariés, soit un total de 15 500 euros pour trente et un manquements, le directeur régional de la DIRECCTE de Provence-Alpes-Côte d'Azur a notamment pris en compte l'absence d'explication fournie par l'association requérante quant à la persistance des manquements constatés par l'inspection du travail ainsi que l'absence de régularisation de la situation par l'association. Si cette dernière conteste la proportionnalité de la sanction, il résulte de l'instruction que l'association requérante a méconnu de manière grave et répétée la durée de repos minimum obligatoire de ses salariés, y compris pour ceux exerçant un emploi physique, cette durée oscillant entre 7 heures et 10 heures 15 et la majorité se situant entre 8 et 9 heures, soit une différence d'environ 20 % par rapport aux 11 heures imposées. En outre, ces manquements se sont étalés sur plusieurs mois et ont concerné plusieurs salariés de l'association, dont l'un a rédigé une plainte qui a été adressée à l'inspection du travail. L'association Azur Développement Services ne saurait pas davantage faire valoir qu'elle était de bonne foi, dès lors qu'elle avait connaissance des faits qui lui sont reprochés et qu'il est constant qu'elle n'y a pas remédié, et ce alors même que l'association requérante existe depuis plusieurs années. Cette sanction est par ailleurs adaptée à ses capacités financières dès lors qu'elle dispose, au mois de mai 2019, d'un solde positif de 12 389, 09 euros et que l'administration a fixé le montant de la sanction au quart du montant maximal encouru. Dès lors, le moyen tiré de ce que la sanction est disproportionnée doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la requête n° 1905740 :

9. Si l'association Azur Développement Service fait valoir qu'elle a fait l'objet d'une seconde sanction pour les mêmes faits, il résulte de l'instruction que la décision du 26 juillet 2019 litigieuse dont elle demande d'annulation est en réalité une copie de la décision attaquée dans la requête n° 1904706 notifiée à son conseil social et économique. Par suite, le moyen tiré d'une double sanction doit être écarté comme manquant en fait, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête dirigée contre la décision du 26 juillet 2019.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes nos 1904706 et 1905740 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Par suite les conclusions présentées sur ce fondement par l'association Azur Développement Services doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les nos 1904706 et 1905740 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Azur Développement Services et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR La greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

N°s 1904706 - 1905740

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