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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1904923

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1904923

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1904923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 octobre 2019, enregistrée le 8 octobre 2019 au greffe du tribunal, le vice-président du tribunal administratif de Caen a transmis au tribunal la requête présentée par Mme C B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Caen le 24 septembre 2019, et un mémoire, enregistré le 18 décembre 2020, Mme B, représentée par Me Herin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université de Caen-Normandie portant avis défavorable à sa mutation sur le poste de maître de conférences n°0482/4426, ensemble la décision du 24 juillet 2019 portant refus de son recours gracieux daté du 25 mai 2019 ainsi que les délibérations successives prises par le comité de sélection, le conseil académique et le conseil d'administration de l'université des 9 avril, 7, 20 mai et 7 juin 2019 intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement pour ce poste de maitre de conférences et, en tant que de besoin, la décision portant nomination de Mme D sur ce poste ;

2°) d'enjoindre à l'université de Caen-Normandie, à son président, au conseil académique, le cas échéant, au comité de sélection et au conseil d'administration de statuer à nouveau sur sa demande de mutation, ou à défaut, sur sa demande de recrutement sur le poste de maître de conférences n°0482/4426 ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Caen-Normandie la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université de Caen-Normandie portant avis défavorable à sa mutation :

- elle a été signée par une autorité incompétente faute de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de son signataire ;

- l'université de Caen-Normandie ne justifie pas de la régularité de la composition du conseil académique qui a émis un avis défavorable à sa mutation ;

- la délibération litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le conseil académique a entaché la délibération litigieuse d'une incompétence négative en n'examinant pas et ne retenant pas les éléments relatifs à sa vie privée et familiale ;

- il a modifié à tort et sans en avoir la compétence le profil et la stratégie de l'université relatif au poste de maitre de conférence n°0482/4426 pour justifier de son inadéquation avec ce poste ;

- il a méconnu l'article 9-3 du décret du 6 juin 1984 et l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 en ne tenant pas compte des critères de mutation prioritaire pour rapprochement de conjoint ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère prioritaire de sa demande et a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions subséquentes intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement :

- elles sont entachées d'illégalité au regard de l'illégalité entachant la délibération du 2 avril 2019 ;

- en modifiant à tort et sans en avoir la compétence le profil et la stratégie de l'université relatif au poste de maitre de conférence n°0482/4426, l'université de Caen-Normandie a entaché d'illégalité les décisions subséquentes.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet 2020 et 6 juillet 2022, l'université de Caen-Normandie, représentée par Me Bouthors-Neveu, conclut, d'une part, au rejet au fond des conclusions à fin d'annulation de la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université de Caen-Normandie et, d'autre part, au rejet pour irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions subséquentes prises par le comité de sélection, le conseil académique et le conseil d'administration et, enfin, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les actes pris par le comité de sélection, le conseil académique et le conseil d'administration qui n'étaient pas visés par le recours gracieux de la requête n'étaient plus contestables à la date de l'introduction de la requête de telle sorte que les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont tardives et par suite irrecevables alors, qu'en tout état de cause, les actes tel que l'avis du comité de sélection sont insusceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir eu égard à leur caractère préparatoire ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'université de Caen-Normandie a ouvert au recrutement, sous le n°0482/4426, un poste de maitre de conférences en littérature comparée. Mme B, maitre de conférences affectée à l'université de Nice-Sophia Antipolis, devenue l'université Côte d'Azur, depuis le 1er septembre 2015, a transmis sa candidature par voie de mutation pour rapprochement de conjoint. Par une délibération du 2 avril 2019, le conseil académique de l'université siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs a refusé de transmettre sa candidature au conseil d'administration. Par un courrier daté du 25 mai 2019, Mme B a formé un recours gracieux contre cette délibération, lequel a été rejeté par l'université par une décision du 24 juillet 2019. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université, ensemble la décision du 24 juillet 2019 portant refus de son recours gracieux ainsi que les décisions subséquentes prises par l'université en vue de pourvoir ce poste.

Sur le cadre du litige :

2. Aux termes de l'article 33 du décret du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences : " Les mutations des maîtres de conférences d'un établissement à l'autre s'effectuent conformément à la procédure définie aux articles 9,9-1 et 9-2 ainsi qu'à celle définie à l'article 9-3. Elles sont prononcées par le président ou le directeur de l'établissement d'accueil () / ". Aux termes de l'article 9-3 de ce même décret : " Par dérogation à l'article 9-2, le conseil académique () en formation restreinte, examine les candidatures à la mutation et au détachement des personnes qui remplissent les conditions prévues aux articles 60 et 62 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, sans examen par le comité de sélection. Si le conseil académique retient une candidature, il transmet le nom du candidat sélectionné au conseil d'administration. Lorsque l'examen de la candidature ainsi transmise conduit le conseil d'administration à émettre un avis favorable sur cette candidature, le nom du candidat retenu est communiqué au ministre chargé de l'enseignement supérieur. L'avis défavorable du conseil d'administration est motivé / Lorsque la procédure prévue au premier alinéa n'a pas permis de communiquer un nom au ministre chargé de l'enseignement supérieur, les candidatures qui n'ont pas été retenues par le conseil académique ou qui ont fait l'objet d'un avis défavorable du conseil d'administration sont examinées avec les autres candidatures par le comité de sélection selon la procédure prévue à l'article 9-2 ".

3. La procédure de recrutement prévue par les dispositions précitées de l'article 9-3 du décret du 6 juin 1984 déroge à la procédure habituelle de recrutement régie par l'article 9-2 de ce même décret qui fait intervenir d'emblée le comité de sélection constitué au sein de l'université. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au conseil académique, lorsqu'il examine les candidatures à la mutation et au détachement des personnes qui remplissent les conditions prévues aux articles 60 et 62 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat qui ont été repris aux articles L. 512-18 et suivants du code général de la fonction publique, de procéder à une appréciation individuelle de l'adéquation de chaque candidature au profil du poste offert à la mutation puis, lorsqu'il constate une telle adéquation, de transmettre au conseil d'administration le nom de chacun des candidats ainsi sélectionnés. L'article 9-3 prévoit toutefois que lorsqu'aucun nom n'a pu être transmis au ministre, du fait de l'avis défavorable du conseil académique ou du conseil d'administration, la candidature présentée par voie de mutation pour rapprochement de conjoint est examinée avec les autres candidatures par le comité de sélection dans les conditions de droit commun fixées par l'article 9-2.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique portant avis défavorable à la mutation de la requérante :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 712-1 du code de l'éducation : " Le président de l'université par ses décisions, le conseil d'administration par ses délibérations et le conseil académique, par ses délibérations et avis, assurent l'administration de l'université ". Aux termes de l'article L. 712-2 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " () Le président peut déléguer sa signature aux vice-présidents du conseil d'administration () ". En outre, il ressort des dispositions de l'article 23 des statuts de l'université de Caen-Normandie lesquels sont accessibles tant aux juges qu'aux parties, que : " Le président de l'université préside le conseil académique () ".

5. En l'espèce, M. Zabiala, vice-président du conseil d'administration de l'université de Caen-Normandie, a signé la décision en litige en vertu d'une délégation de signature qui lui a été consentie par un arrêté du 1er avril 2016 du président de l'université à l'effet de signer tous les actes et décisions relevant de sa compétence " à l'exclusion des marchés publics et des actes de saisine de la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université ". Cet arrêté a été publié sur le site internet de l'université à compter du 4 avril 2016 tel qu'en atteste, dans cette instance, le président de l'université. Par suite, et alors que la requérante qui se borne à contester la réalité de cette délégation sans assortir son allégation d'aucun élément de nature à contredire ni la régularité ni la publicité de cet arrêté portant délégation de signature, l'université de Caen-Normandie doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que le signataire de la décision attaquée disposait bien d'une délégation de signature régulière. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la délibération litigieuse doit, dès lors, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du IV de l'article L.712-6-1 du code de l'éducation relative à la composition du conseil académique des universités, dans sa version applicable au litige : " En formation restreinte aux enseignants-chercheurs, il est l'organe compétent, mentionné à l'article L. 952-6 du présent code, pour l'examen des questions individuelles relatives au recrutement, à l'affectation et à la carrière des enseignants-chercheurs. Il délibère sur l'intégration des fonctionnaires des autres corps dans le corps des enseignants-chercheurs et sur le recrutement ou le renouvellement des attachés temporaires d'enseignement et de recherche. Lorsqu'il examine en formation restreinte des questions individuelles relatives aux enseignants-chercheurs, autres que les professeurs des universités, il est composé à parité d'hommes et de femmes et à parité de représentants des professeurs des universités et des autres enseignants-chercheurs, dans des conditions précisées par décret ".

7. En l'espèce, Mme B soutient que la délibération litigieuse est entachée d'un vice de procédure en l'absence de toute indication sur la composition du conseil académique restreint du 2 avril 2019. Toutefois, alors que dans son premier mémoire en défense, l'université de Caen-Normandie a versé au débat la liste d'émargement de ce conseil académique, la requérante n'apporte, dans le cadre de son mémoire en réplique du 18 décembre 2020, aucun élément de nature à démontrer que le conseil académique restreint était irrégulièrement composé au regard des exigences imposées par les dispositions précitées de l'article L. 712-6-1 du code de l'éducation, alors, qu'en tout état de cause, il ressort de cette liste d'émargement qu'étaient présents 14 représentants des professeurs des universités et le même nombre de représentants des autres enseignants-chercheurs. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du conseil académique ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, la délibération par laquelle un conseil académique émet un avis défavorable, en vertu de l'article 9-3 du décret précité du 6 juin 1984, sur la candidature d'une personne qui remplit les conditions prévues aux articles 60 et 62 de la loi du 11 janvier 1984 alors en vigueur doit être motivée. En l'espèce, le conseil académique restreint de l'université de Caen-Normandie a indiqué, dans sa délibération du 2 avril 2019, qu'indépendamment de la qualité des travaux de la requérante, " ils n'apportent pas autant que souhaité " l'ouverture thématique voulue par l'université et portent " sur des problématiques déjà bien couvertes ", " des périodes [] bien représentées " et " sur des interactions transnationales [] qui font l'objet de nombreuses recherches " au sein du laboratoire de recherche en lettres, arts du spectacles et langues romanes (LASLAR). Ces mentions ont ainsi permis à Mme B de comprendre utilement les motifs pour lesquels sa candidature n'avait pas été transmise au conseil d'administration par le conseil académique. La circonstance que la délibération litigieuse ne fasse pas état d'éléments relatifs à la vie privée et familiale de la requérante est sans incidence sur la légalité de la décision contestée laquelle n'est en effet pas fondée sur ces critères mais uniquement sur l'appréciation individuelle de l'adéquation de sa candidature au profil du poste offert à la mutation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette délibération doit être écarté.

9. En quatrième et cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le fait pour un enseignant-chercheur de remplir les conditions prévues notamment à l'article 60 de la loi précitée du 11 janvier 1984 permet seulement à celui-ci de voir sa candidature examinée par le conseil académique selon la procédure prévue à l'article 9-3 du décret du 6 juin 1984 mais ne conduit pas le conseil académique à prendre en compte ces conditions dans le cadre de son examen au fond, lequel consiste à apprécier l'adéquation de la candidature au profil du poste et à la stratégie de l'établissement, sans remettre en cause l'appréciation des mérites scientifiques du candidat. Ainsi, si la requérante soutient que le conseil académique n'a pas tenu compte de sa situation familiale qui, pourtant, remplit les critères énoncés par les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, la seule circonstance que sa candidature ait été directement examinée par le conseil académique dans le cadre de la procédure dérogatoire que prévoit l'article 9-3 précité du décret du 6 juin 1984 démontre que l'université a admis le caractère prioritaire de sa candidature au titre du rapprochement de conjoint. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir, d'une part, que le conseil académique a entaché la délibération en litige d'une incompétence négative au motif qu'il n'a pas pris en compte les critères tenant à sa situation personnelle tels que prévus à l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 avant de rendre son avis, ni, d'autre part, que le conseil académique a entaché cet avis d'une erreur de droit en ne tenant pas compte de ces mêmes critères. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, il résulte de ce qui a été précédemment que la seule circonstance que la candidature de la requérante ait été directement examinée par le conseil académique dans le cadre de la procédure dérogatoire que prévoit l'article 9-3 précité du décret du 6 juin 1984 démontre que l'université a admis le caractère prioritaire de sa candidature au titre du rapprochement de conjoint et donc de sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, et compte tenu notamment du statut d'enseignante-chercheuse de la requérante et des conditions de service propres à l'exercice d'une telle fonction, le refus de la mutation sollicitée ne peut être regardé, eu égard tant à son objet qu'à ses effets, comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'emploi concerné par sa demande de mutation à l'université de Caen-Normandie permettrait le rapprochement effectif de la requérante de la région parisienne au sein de laquelle se trouve sa cellule familiale. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. En septième lieu, la requérante soutient que le conseil académique a modifié à tort et sans en avoir la compétence, le profil et la stratégie du poste de maitre de conférence n° 0482/4426 pour justifier de l'inadéquation de sa candidature avec ce poste.

13. En l'espèce, il ressort de la fiche publiée par l'université de Caen-Normandie que le poste de maître de conférences n°0482/4426 ouvert au sein de cette université portait sur des fonctions de maitre de conférences en littérature comparée avec une spécialisation en langues romanes ou extra-européennes. Il ressort de cette même fiche que l'université avait pour objectif de recrutement " d'élargir le spectre des littératures étudiées " en langues romanes ou extra-européennes. Pour émettre l'avis défavorable à la candidature de la requérante, le conseil académique a alors retenu qu'elle n'apportait pas l'ouverture thématique voulue par l'université dès lors que ses compétences et ses travaux portent sur des problématiques et des interactions transnationales qui font déjà l'objet de nombreux travaux au sein du laboratoire de recherche en lettres, arts du spectacles et langues romanes (LASLAR) et qu'elle n'a pas effectué de travaux se rapportant à la littérature hispanique et latino-américaine. Or, d'une part, il n'est pas contesté que les travaux de la requérante portent essentiellement sur les langues allemandes, anglaises et italiennes lesquelles sont déjà largement représentées au sein du laboratoire de recherche concerné et, d'autre part, qu'elle n'a effectivement pas effectué de travaux portant sur la littérature hispanique et latino-américaine lesquelles se rapportent respectivement à une langue romane et des langues extra-européennes tel que cela a été mentionné dans la fiche de poste publiée par l'université de Caen-Normandie, sans qu'une telle énumération ne soit d'ailleurs exhaustive. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le conseil académique ait entendu modifier le profil et la stratégie du poste de maitre de conférence n°0482/4426 pour justifier de l'inadéquation de la candidature de la requérante avec ce poste alors, qu'en tout état de cause, le comité de sélection qui a examiné, par la suite, la candidature de la requérante dans le cadre de la procédure de droit commun prévue par les dispositions de l'article 9-2 du décret précité du 6 juin 1984 a retenu qu'elle " ne correspondait que partiellement aux besoins du LASLAR ". Ce moyen doit alors être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions subséquentes intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université de Caen-Normandie portant avis défavorable à la mutation de Mme B n'est pas illégale. Dès lors, cette dernière ne peut se prévaloir de son illégalité pour contester la légalité des décisions subséquentes intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été au point 13 que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le conseil académique a modifié le profil et la stratégie de l'université relatif au poste de maitre de conférence n°0482/4426 pour justifier de l'inadéquation de sa candidature avec ce poste. Par suite, elle n'est pas davantage fondée à soutenir qu'une telle irrégularité affecte la légalité des décisions subséquentes intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement organisée pour pourvoir ce poste de maitre de conférences.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation, d'une part, de la délibération du 2 avril 2019 du conseil académique de l'université de Caen-Normandie portant avis défavorable à sa mutation sur le poste de maître de conférences n°0482/4426 et de la décision du 24 juillet 2019 portant refus de son recours gracieux et, d'autre part, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'université de Caen-Normandie, celle des délibérations du comité de sélection, du conseil académique et du conseil d'administration intervenant dans le cadre de la procédure de recrutement organisée pour pourvoir ce poste de maitre de conférences ainsi que de celle portant nomination de Mme D sur ce poste. Par voie de conséquence, doivent être également être rejetées les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Caen-Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

18. Il y a lieu, en revanche, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 000 euros à verser à l'université de Caen-Normandie au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera une somme de 1 000 (mille) euros à l'université de Caen-Normandie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Mme A D et à l'université de Caen-Normandie.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°1904923

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