mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-1905266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LESTRADE-CAPIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2019, Mme B A, représentée par Me Lambert, demande au tribunal :
1°) de condamner la ville de Nice à lui verser la somme de 9 000 euros au titre du préjudice subi du fait de l'illégalité de l'arrêté municipal du 7 avril 2016 portant fermeture du restaurant " Tangaouissi " situé au n° 16 rue Miron à Nice ;
2°) de mettre à la charge de ville de Nice la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la ville de Nice est engagée du fait de l'illégalité de l'arrêté municipal du 7 avril 2016 portant fermeture du restaurant " Tangaouissi " situé au n° 16 rue Miron à Nice ;
- elle est fondée à demander la somme de 9 000 euros au titre du préjudice causé par l'illégalité de l'arrêté du 7 avril 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2020, la ville de Nice, représentée par Me Capia, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2022.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en vertu de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Craecker, représentant la ville de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 8 janvier 2019, le tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté du maire de la ville de Nice du 7 avril 2016 portant fermeture du restaurant " Tangaouissi " situé au n° 16 rue Miron à Nice, exploité par Mme A. Par un courrier reçu le 26 août 2019, Mme A a présenté une demande préalable indemnitaire auprès de la ville de Nice qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la ville de Nice à l'indemniser du préjudice subi du fait de l'illégalité de l'arrêté du 7 avril 2016.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, de la décision de fermeture administrative, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la fermeture que de sa durée, dans le cadre d'une procédure régulière.
3. Il résulte de l'instruction que pour prendre l'arrêté du 7 avril 2016 portant fermeture du restaurant " Tangaouissi ", situé au n° 16 rue Miron à Nice, le maire de Nice s'est fondé sur l'existence de manquements graves et multiples aux règles d'hygiène pouvant entraîner un risque pour la santé des consommateurs relevés lors de la visite du service communal d'hygiène et de santé effectuée le 1er avril 2016. Il résulte également de l'instruction que cet arrêté du 7 avril 2016 a été annulé par un jugement le tribunal administratif de Nice, devenu définitif, pour méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, devenu l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, au motif que Mme A n'a pas été mise à même de présenter des observations avant l'intervention de l'arrêté du 7 avril 2016 et que le rapport de la visite du service communal d'hygiène et de santé du 1er avril 2016 ne lui a pas été communiqué.
4. Si une telle illégalité constitue une faute, Mme A, en se bornant à solliciter une indemnité à hauteur de 9 000 euros, ne fait état d'aucun élément circonstancié qu'elle aurait pu utilement porter à la connaissance de la ville avant que ne soit pris l'arrêté litigieux et qui, s'il avait été communiqué à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision ou d'avoir une influence sur le choix, par le maire, de l'édicter. Par ailleurs, Mme A ne conteste pas l'existence des graves manquements aux règles d'hygiènes qui ont été constatés dans son établissement et qui ont motivé la décision de fermeture administrative jugée illégale uniquement pour vice de procédure. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la même décision aurait pu être légalement prise par le maire de Nice dans le cadre d'une procédure régulière.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la ville de Nice, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 000 euros à verser à la ville de Nice au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la ville de Nice la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ville de Nice.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F.PASCALLa greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
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